stade panathénaïque
Vue du stade panathénaïque lors des Jeux de 1896 lors de la cérémonie d'ouverture. | AFP

Ça s'est passé un 6 avril 1896 : les premiers Jeux Olympiques de l'ère moderne

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Mille cinq cent trois, soit le nombre d’années sans Jeux Olympiques. C’est l’écart entre la dernière épreuve antique en 393, et la première de l’ère moderne en 1896. Il aura fallu attendre l’éveil sportif du XIX° siècle, et les efforts répétés d’un certain Pierre de Coubertin pour que la grande messe olympique renaisse. C’était il y a 124 ans, un 6 avril, à Athènes.

Les rues d’Athènes sont bondées, décorées de banderoles multicolores, de fleurs et d’étendards. Elles célèbrent un triple jour de fête dans la capitale grecque. En ce lundi de Pâques, la Grèce fête aussi son indépendance acquise en 1829 face à l’empire Ottoman. Pourtant, ces deux événements sont balayés par un troisième, tout aussi historique. Dans la journée, au stade Panathénaïque d’Athènes, le roi Georges Ier proclame l’ouverture des premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne. Le rêve fou de Pierre de Coubertin prend vie. Ou plutôt reprend vie, quinze siècles après la dernière olympiade antique.

Un détour sur la route de Paris 1900

Pour en arriver là, le baron français a dû s’armer de patience. D’ailleurs, il n’a pas été le premier à tenter de relancer les Jeux. Ce sont d’abord les Lumières qui ont déterré l’Olympisme au XVII° siècle, avec les Olympiades de la République organisées en 1796 en France. Au XIX° siècle, en parallèle des fouilles à Olympie, le sport connaît un engouement nouveau. Ce qui amène aux Jeux Scandinaves de 1834, ou bien aux Jeux Olympiques de Zappas en 1859 et 1870. Impulsés par Evangelos Zappas, un riche grec, ces jeux calquent ceux de l’Antiquité. Plutôt réussie, la deuxième édition est toutefois éclipsée par la guerre franco-prussienne.

Il faut attendre 1892 pour que Pierre de Coubertin relance la machine olympique. "Pierre de Coubertin veut donner une place au sport dans l’éducation française, comme c’est alors le cas en Angleterre ou aux Etats-Unis", raconte Claude Boli, historien, directeur du Musée National du Sport. Il poursuit : "Il se dit que relancer les Jeux peut aussi montrer l’exemple, et aider au développement de la pratique sportive en France". La conviction de Coubertin : le sport aide au développement de l’esprit. Le 25 novembre 1892, lors du cinquième anniversaire de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, il appelle à la rénovation des Jeux Olympiques antiques. 

Le premier Comité International Olympique, en 1894.
Le premier Comité International Olympique, en 1894. © AFP

Deux ans plus tard, le baron de Coubertin réitère son appel le 23 juin 1894, lors du Congrès olympique de la Sorbonne, devant des personnalités politiques majeures comme le roi des Belges Léopold II ou le Prince de Galles. Cette fois, la mayonnaise olympique prend. Même un peu trop : Pierre de Coubertin imaginait les premiers Jeux de l’ère moderne en 1900 à Paris, en parallèle de l’exposition universelle. Face à l’engouement, le Comité International Olympique (créé lors de ce même congrès) désigne Athènes pour une première édition dès 1896. Edition réservée aux sportifs amateurs, masculins, et non issus de minorités. Fort heureusement, les temps ont changé.

Une organisation express

Une course contre-la-montre démarre alors pour la Grèce, dont la situation économique inquiète. "Ces JO se sont déroulés de façon très rapide. Le comité olympique n’a eu que deux ans pour les préparer. A partir de 1895, il y a eu une grande souscription organisée en Grèce pour récolter de l’argent", détaille Claude Boli. Quant au stade panathénaïque antique, il est rénové grâce au don d’un homme d’affaires grec : George Averoff. Ses 69 000 places sont toutes vendues. Le 6 avril 1896 : la capitale grecque est prête. Les délégations arrivent au stade pour la cérémonie d’ouverture.

"Comparés aux Jeux actuels, ceux de 1896 n’ont rien à voir. Il n’y avait que 14 délégations. Et encore, l’esprit d’équipe nationale n’était pas développé à cette époque", précise Claude Boli. Ainsi, les pays représentés sont le Chili, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie (à l’époque l’Autriche-Hongrie est un même état), la Bulgarie, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Suède, la Suisse, l’Australie (alors colonie britannique), et la Grèce, qui compte à elle seule la moitié des athlètes présents. En tout, 241 sportifs ont fait le déplacements pour 9 jours de compétitions. Environ cent vingt médailles sont remises à Athènes, contre plus de 5 000 prévues à Tokyo l’été prochain.

"Au programme, on retrouve dans ces Jeux des sports aristocratiques, qui font le lien entre la culture grecque antique, et celle de l’Angleterre, nation dominante de l’époque", présente Claude Boli. En tout, neuf sports sont prévus : athlétisme, gymnastique, lutte, haltérophilie, cyclisme, escrime, tir, tennis, et natation. A la fin des jeux, la délégation américaine occupe la première place du tableau des médailles - sujets à débats -, grâce à ses 11 titres, contre 10 pour la délégation grecque, deuxième avec 47 médailles contre 20 pour l'Oncle Sam. "Les étudiants des grandes universités américaines ont vraiment marqué ces Jeux de leur empreinte", confirme Claude Boli.

Spyridon, nouveau héros grec

Pour digérer cette deuxième place, la Grèce s’en remet à un homme : Louis Spyridon, vainqueur du premier marathon olympique. Claude Boli développe : "Pour les Grecs, le marathon de Louis Spyridon, c’est bien plus qu’une victoire dans une course. Le voir entrer en premier dans ce stade revêt une dimension nationale, patriotique. Il a presque restaurer la fierté nationale de son pays par ce triomphe". Comme tous les vainqueurs de cette Olympiade, Spyridon reçoit une médaille d’argent, un rameau d’olivier et un diplôme, les deuxièmes se contentant d’une médaille de cuivre, et d’une branche de laurier. 

Le Français Paul Masson, triple médaillé en cyclisme aux Jeux de 1896.
Le Français Paul Masson, triple médaillé en cyclisme aux Jeux de 1896. © AFP

Après neuf jours de compétition, et de spectacles artistiques en parallèle, les Jeux s’achèvent. "On peut dire que c’était une réussie, et le véritable premier évènement sportif international", avance Claude Boli, "L’Angleterre avait une position d’avant-garde en football, avec la FA Cup créée en 1863 et son championnat professionnel en 1888. Mais les JO ont été plus marquants de par leur dimension globale". A Athènes, une quarantaine de journalistes internationaux étaient en effet venus couvrir l’évènement. En Italie, la célèbre Gazzetta dello Sport fut même lancée pour l’occasion.

Pour la France, ces jeux sont aussi plutôt réussis, à quatre ans de ceux de Paris en 1900. Les Bleus brillent particulièrement en vélo (4 médailles d’or sur 5, dont 3 pour le seul Paul Masson. En tout, la France récolte 11 breloques et se hisse à la 4eme place au tableau des médailles. Plus d’un siècle plus tard, ces Jeux paraissent obsolètes de part leur programme et leur non-ouverture aux femmes et minorités. Ils ont toutefois lancé la grande aventure olympique, qui rythme la vie sportive tous les quatre ans. Ou cinq ans, pour cette fois. Vivement Tokyo !


Adrien Hemard @AdrienHemard