Ennis
Jessica Ennis célèbre son titre | OLIVIER MORIN / AFP

Brit, Brit, Brit, hourra!

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En quelques minutes, les Britanniques Jessica Ennis à l'heptathlon, Greg Rutherford à la longueur et Farah au 10 000m, tous champions olympiques, ont fait chavirer de bonheur un Stade Olympique en feu. Un pur moment de magie.

Le Stade Olympique a vécu son premier moment de légende. Les Britanniques sont bien prêts pour leur JO. Si les titres de Jessica Ennis et de Mo Farah étaient espérés, voire attendus, celui de Greg Rutherford, numéro 1 mondiale cette saison, à la longueur est un peu plus surprenant. Ce triplé historique montrent la volonté des athlètes britanniques portés par l'ambiance exceptionnelle du Stade Olympique.   

Ennis répond présente

La pression sur les épaules de la Britannique de 26 ans était énorme, alors  que son visage était sur les affiches vantant les JO de Londres. A l'athlète d'en faire une pression positive. Loin d'être inhibée, Ennis a a approché toutes ses meilleures performances dans un concours relevé.  Avec 6955 points, la belle Jessica a réalisé le sans-faute tant espéré par toute la Grande-Bretagne et elle-même, devançant  l'Allemande Lilli Schwarzkopf,  disqualifiée dans un premier temps, finalement  réintégrée à la 2e place avec 6649 pts et la  Russe Tatyana Chernova, 3e avec 6628 pts.

Dominatrice de bout en bout, Ennis championne du monde 2009, avait "chauffé" le stade d'entrée en signant 12 sec 54/100e sur 100 m haies, vendredi matin, avant d'afficher le  soir un total provisoire de 4158 pts, un "record" à mi-parcours (100 m haies, hauteur, poids, 200 m). Elle a conservé son avantage  après la longueur (6.48m) et le javelot, son point faible bien maîtrisé avec un lancer à 47,49 m, sa meilleure performance de la saison au meilleur moment, avant de mettre un point d'honneur à remporter  magistralement le 800 m final en déposant ses adversaires dans la dernière ligne droite.

Le 800 d'Ennis

La Française Ida Antoinette Nana-Djimou, championne d'Europe, échoue au pied du podium à la sixième place avec 6576 pts après un concours irrégulier et un 200 m raté (24.72). La soeur d'Audrey Tcheuméo, médaille de bronze en judo il y a quelques jours, a battu son record personnel. "Je suis à la fois satisfaite, parce que je bats trois records personnels  (haies, 800 m et javelot) et déçue parce que je fais plus de contre-performances  qu'à Helsinki et j'arrive quand même à battre mon total", déclarait la jeune  femme. "C'est l'heptathlon! On ne peut pas tout réussir". "Je me suis battue jusqu'au bout du 800 m (un de ses points faibles). Je  n'avais rien à perdre, mais j'ai craqué 250 m avant l'arrivée", reprenait-elle.

Rutherford fait le grand bond

Dans la foulée de la joie d'Ennis, Greg Rutherford est devenu  champion olympique de la longueur avec un bond à 8,31 m, provoquant une nouvelle vague d'enthousiasme dans le Stade olympique fou de joie. Numéro un mondial de la saison, le sauteur rouquin a réalisé son meilleur saut au 4e essai pour devancer finalement  l'Australien Mitchell Watt (8,16 m) en argent, et l'Américain Will Claye (8,12  m), en bronze. "J'espérais une mesure supérieure. Mais quelle nuit pour l'athlétisme  britannique, trois médailles d'or sur trois possible", a insisté de son côté  Rutherford.

Les analystes diront que ce n'est pas un grand saut pour un concours de la longueur olympique. Mais l'essentiel est l'or olympique pour le Britannique de 25 ans qui remporte ainsi le premier grand titre international de  sa carrière, lui qui n'avait jusqu'à présent décroché qu'une médaille d'argent  aux Championnats d'Europe 2006. Il avait été éliminé en qualifications lors des  précédents jeux Olympiques de Pékin. Une vrai belle surprise pour cet arrière petit-fils d'un ancienne gloire d'Arsenal qui a longtemps hésité entre football et athlétisme. Il a fait le bon choix. 

Farah en apothéose

Lui aussi,était attendu. Mo Farah, champion du monde du 5000 m, a maîtrisé la course du 10 000 de bout en bout sans paniquer. Malgré des premiers kilomètres d'observation à une allure de filles (14:05.79 au 5000 m!), malgré les coups de butoir de l'Erithréen Zersenay Tadese, malgré les Ethiopiens et les Kenyans, le Britannique venu de Somalie à 9 ans a géré tous les paramètres de la course du début jusqu'à la fin et absorbait toutes les accélérations dont sont friands les athlètes africains.

Tranquillement, il a pris la tête du peloton avant de lancer un sprint. En 27 min 30 sec 42/100e, il a  devancé la surprise américaine Galen Rupp (27:30.90) et l'Ethiopien  Tariku Bekele (27:31.43), petit frère de Kenenisa Bekele, médaille d'or sur la distance aux  Jeux d'Athènes (2004) et de Pékin (2008), seulement 4ème.  A 29 ans, il est le premier non-Africain sacré sur 10.000 m aux Jeux  depuis l'Italien Alberto Cova, lauréat en 1984 à Los Angeles. Un double exploit pour Farah. En attendant le 5000 m.

Le dernier tour du 10 000 remporté par Farah

Pour couronner cette soirée magique, Sebastian Coe, double champion olympique  du 1500 m (1980/1984) et président du comité d'organisation des Jeux de Londres, a présidé le podium de l'heptathlon, sous une standing ovation pour fêter Jessica Ennis. Et la fête va être longue.

 

Mathieu Baratas