Bode Miller
Le skieur américain Bode Miller | AFP - ALEXANDER KLEIN

Bode Miller, l'inoxydable

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Il y a eu des Jeux Olympiques d'hiver où Bode Miller a semblé chercher une médaille d'or dans les boîtes de nuit plus que sur les pistes. Mais avec les meilleurs temps des descentes d’entraînement, il prouve à tous ceux qui voulaient l’enterrer qu’il est encore là.

A 36 ans, marié et père de famille, le skieur américain qui a toujours suscité l'admiration autant que la critique, s'est rendu à Sotchi  avec la ferme intention de "se bouger", de mettre les dernières touches à ce qu'il laissera en héritage. "Au fur et à mesure que l'on vieillit on a l'héritage plus présent à l'esprit", dit-il. "Héritage est un mot étrange et il est difficile d'y penser en termes de rapport avec la réalité car il représente l'ensemble d'une vie et malheureusement on ne peut pas choisir ce qu'on laissera en héritage."

Nul ne doute cependant que Bode Miller, meilleur skieur américain de l'histoire, laissera une oeuvre d'une envergure exceptionnelle. Son palmarès parle de lui-même. Il est un des rares skieurs à être monté sur la plus haute marche d'un podium de Coupe du monde dans les cinq disciplines. Il a remporté deux grands globes de cristal, 33 courses de Coupe du monde, quatre titres de champion du monde, cinq médailles olympiques dont une d'or en combiné aux Jeux de Vancouver il y a quatre ans.

"Pas encore pourri"

Mais c'est aussi son personnage de trompe-la-mort, d'empêcheur de skier en rond qui a fait sa popularité dans toutes les stations où le cirque blanc a installé son chapiteau depuis une décennie. Né à Easton, dans les forêts des montagnes de Franconia dans le New Hampshire, Bode Miller a été élevé dans une cabane sans eau courante ni électricité. Il a gardé de sa jeunesse liberté d'esprit et de pensée, a toujours considéré le ski comme un voyage plus qu'une destination et jugé les résultats dérisoires sans la manière. "Je ne sous-évaluerai jamais une médaille olympique mais ce n'est pas ce qui me motive et ce n'est pas ce sur quoi je me juge moi-même à la fin de la journée", dit-il. "Si on remporte une médaille d'or et on se dit qu'on a skié de façon merdique, il manquera toujours le sucre sur le gâteau", ajoute-t-il.

Cette philosophie explique pourquoi et comment Bode Miller a repris sa quête de la descente parfaite après une saison neutralisée par les suites d'une opération à un genou. Avant même le début de la nouvelle campagne, l'Américain s'est proclamé d'humeur combattante. Allégé de dix kilos, il avait adressé un avertissement à ses adversaires au cours d'une journée média de préparation des Jeux olympiques. "Je vais bouger mon cul", a-t-il crûment lancé. "C'est tout ce que vous avez à savoir. Je suis prêt. Je me suis entraîné dur pendant un an puisque je ne pouvais pas courir. Un skieur est une donnée périssable, je pense qu'il faut continuer jusqu'à ce qu'on soit pourri et ratatiné. Je suis pas mal ratatiné mais pas encore totalement pourri." Ce dimanche lors de la dernière descente olympique de sa carrière, après avoir réalisé les meilleurs temps des entraînements, il aura envie de quitter la scène en beauté.

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