Alexander Tretiakov
Alexander Tretiakov | LEON NEAL / AFP

Avec le skeleton, frissons garantis

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Alexander Tretiakov s'élance: 50 mètres de course brutale, chaussures à crampons plantées dans la glace, avant de s'allonger avec une fluidité féline dans la drôle de luge qu'il pousse devant lui: le skeleton ou "squelette", du nom de cette discipline de vitesse qui propulse ses adeptes à plus de 130 km/heure, visage rivé à 15 cm du sol. 17 virages, et 1500 mètres plus loin, le Russe s'impose en 55 secondes et 95 centièmes dans la première manche du concours de skeleton masculin des Jeux de Sotchi, qui se tient jeudi et vendredi en quatre manches successives.

Pour réussir sa course, il a dû d'abord courir très vite -- un sprint qui explique que la plupart des adeptes du skeleton soient issus de l'athlétisme -- puis tracer une trajectoire optimale dans le couloir de glace descendant. Une combinaison millimétrée de pression du genou et de l'épaule sur sa luge. Le corps est apparemment immobile, le mouvement guidé par l'orientation de la tête casquée, sauf quand une embardée écrase le coureur contre le rail: la fusée humaine ralentit une fraction de seconde, avant de repartir de plus belle. Puis c'est le run final vers la ligne d'arrivée, suivi de la décélération et du freinage, pieds écartés dans la glace jusqu'au tapis d'arrêt devant la tribune.

Poussée d'adrénaline

Alexander Tretiakov, 28 ans, retire son casque profilé noir, épuisé par l'effort et la poussée d'adrénaline, mais souriant, même si les supporters russes qui l'acclament sont plus bruyants que nombreux. Pas grand-monde en effet dans cette petite tribune ce jeudi, ni sur le parcours sinueux du stade Sanki, voué aux épreuves de luge, de bobsleigh et de skeleton. Cette dernière discipline est la plus spectaculaire des trois, à cause du danger perçu par le spectateur, qui est le plus souvent un téléspectateur.

Car le skeleton -- c'est paradoxal -- s'apprécie nettement mieux à la télévision qu'en vrai. Du bord du parcours, quelque soit l'endroit, on aperçoit chaque coureur au maximum deux secondes, sur une course d'environ une minute. Seules les caméras de télévision, postées aux endroits stratégiques, permettent de suivre l'action de bout en bout et de zoomer sur le compétiteur aux moments clef. Cliquez ici pour revoir les 1re et 2e manches hommes et femmes.

Risques de chute

Les images sont spectaculaires, mais le danger n'est pas plus élevé que dans les autres disciplines de glisse, affirme Bruno Thomas, consultant de France Télévisions et ancien champion de bobsleigh. "L'image est extrême mais le sport ne l'est pas, ajoute-t-il, c'est simplement un sport de vitesse, avec les risques de chute qui vont avec".
La piste est la même que pour la luge et le bobsleigh: la principale différence tient à la position du pilote, qui n'est ni assis ni sur le dos, mais couché sur le ventre, les yeux rivés au raz du sol gelé, à très grande vitesse. Frisson garanti, de part et d'autre de l'écran. 

Avec le skeleton, le spectacle est parfois aussi sur le casque
Avec le skeleton, le spectacle est parfois aussi sur le casque

Pour gagner, il faut combiner qualité athlétique, sens de la trajectoire, et expertise dans la mise au point du matériel. Et préférer la gloire à l'argent. Car si le skeleton est redevenu sport olympique en 2002 à Salt Lake City,avec une éclipse de 54 ans, il ne nourrit pas son homme. Peu de pratiquants et peu de sponsors, dans ce sport de passionnés dominé par les Américains, les Canadiens et les Européens, Français exclus. L'Hexagone, qui pour la première fois n'a envoyé aucun compétiteur aux Jeux, ne compte que quelques dizaines de pratiquants. Ils sont regroupés dans les clubs de Grenoble, Albertville, et surtout La Plagne, qui possède l'une des plus belles pistes d'Europe selon Bruno Thomas.

Une sensation fantastique​

Apparu à la fin du 19ème siècle sur des pistes naturelles en Suisse, le skeleton -- les premières luges en métal évoquaient un squelette -- a figuré aux Jeux Olympiques de 1928 et 1948 à Saint-Moritz. Son retour en grâce est largement mérité, au vu des sensations et du spectacle qu'il procure.

Leader du concours au bout de la seconde manche, devant son grand rival Letton Martin Dukurs, Alexander Tretiakov était devenu en 2013 le premier champion du monde russe, toujours à Saint-Moritz. Ses premiers mots sont allés jeudi à ses fans: "j'ai ressenti un énorme shoot d'énergie au démarrage, comme si quelqu'un me poussait. C'est une sensation fantastique". Il vient de battre le record de vitesse sur le circuit de Sotchi. 

David Botbol