Anais Bescond
Anais Bescond | AFP - JEFF PACHOUD

Anaïs Bescond, la tête et les jambes

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Anaïs Bescond se montre enthousiaste à l’heure d’aborder ses premiers JO. Victorieuse à Antholz le mois dernier en Coupe du monde, la native du Calvados (26 ans) est une guerrière au grand cœur dotée de qualités physiques idéales pour la pratique du biathlon dont elle dispute ce dimanche l’épreuve de sprint.

Disputer les Jeux Olympiques constitue une consécration pour n’importe quel athlète. Mais si certains s’en font une montagne, la grande blonde du SC Morbier reste zen : "Bizzarement, je suis assez sereine", confirme-t-elle. "Je suis épanouie et éblouie par le fait d’être là, et je profite avec les copines. C’est juste bien", poursuit Anaïs Bescond qui avait pris ses repères l’année dernière : "On a participé à la Coupe du monde pré-olympique sur le même site. Pour moi, c’est important de savoir où je mets les pieds", explique la biathlète, décidée, comme le prouve son récent succès.

Carence en tir

"J’ai gagné il y a trois semaines sur un sprint et je pense que c’est là que j’ai le plus de chances", explique-t-elle avant la première grosse échéance. "Après, je sais que je suis capable de faire de belles choses sur une poursuite ou sur la mass start. Sauf que je dois encore aller chercher ma place pour la mass start sur les trois premières courses individuelles. Le 15 km me réussit moins bien car je ne suis pas une bonne tireuse. J’espère que ça va payer", confie cette sportive appréciée par ses pairs.

"Anaïs la menace, le bulldozer de l’équipe de France", sourit ainsi Marie Dorin-Habert, 3e en sprint aux JO 2010. "Elle a son caractère mais j’aime bien être en chambre avec elle car on a le même rythme de vie. Elle a ses gros défauts. Elle est très lunatique et peut tout casser quand elle est de mauvaise humeur. Mais comme on la connaît, on sait quand il ne faut pas aller lui parler. Après, c’est une joueuse qui adore rigoler. C’est une bonne copine et un moteur de l’équipe".

Bugs Bunny pour les copines

Autre pilier de l’équipe de France, médaillée de bronze en poursuite à Vancouver, Marie-Laure Brunet ne se prive pas de raconter une anecdote croustillante concernant son amie. "On partageait la chambre avec Anaïs et une autre fille aux Jeux Olympiques de la jeunesse 2005 en Suisse, et on s’était teint les cheveux en rouge. Elle avait fait une drôle de tête sur la photo, et le surnom de Bugs Bunny lui est resté", se marre-t-elle.

Concernant son talent sur la piste, notre consultant Vincent Jay, champion olympique 2010, se montre élogieux. "Anaïs est un très gros potentiel. Elle est première dans tous les tests physiques, la musculation, la VO2max. Après, il lui manquait jusque-là une victoire, ce qu’elle a fait à Antholz en janvier", souligne-t-il. "Elle ne se prend pas la tête, ne se restreint pas. Elle arrive à prendre un certain recul, un détachement, qui lui permettent de relativiser la victoire comme l’échec, et de rebondir. Elle sera bonne sur le sprint et j’espère qu’elle fera la mass start parce quelle est très forte à la bagarre. Si une nana passe à côté d’elle, elle saute dans les skis et elle s’accroche. On peut mettre une petite pièce dessus".

Les JO, un souvenir de jeunesse

L’intéressée abonde dans son sens en insistant sur les progrès accomplis ces derniers temps : "La victoire a changé mon image auprès des médias ou des concurrentes mais moi je n’ai pas changé. J’ai grandi petit à petit et je ne suis pas arrivée là d’un coup. C’est l’aboutissement d’un long travail", dit-elle encore. "Je vis dans une région où c’est le nordique qui domine. Mes parents m’ont mis sur des skis toute petite. Après, le côté ludique (la carabine) et médiatique du biathlon est un petit plus. Et puis on ne sait jamais qui va gagner. Et pourtant quand j’étais petite, j’étais bien plus forte en classique qu’en skate. Mais je ne regrette rien car on a un groupe super sympa et soudé".

Même si les souvenirs sont flous, Anaïs Bescond sait parfaitement dater le pourquoi de sa passion pour ce sport atypique qui revient tous les quatre ans dans la lumière. "Mes parents m’ont dit que j’avais regardé les Jeux à la télé quand j’étais petite, mais je ne m’en souviens pas (elle avait à peine 7 ans, NDLR). Je me rappelle surtout de Patrice Bailly-Salins qui était revenu médaillé dans le village où j’habitais (Morbier, dans le Jura), et j’avais dit à mes parents que je voulais faire ça plus tard, aller au jeu et gagner des médailles". La première partie de la phrase est déjà réalisée. Reste à aller chercher une victoire qui la ferait entrer dans un tourbillon médiatique qu’elle saura –à n’en pas douter- parfaitement gérer.

VIDEO : Le portrait d'Anaïs Bescond