Pinot Madiot arrivée Porrentruy
Thibaut Pinot encouragé par Marc Madiot, le patron de la FDJ-Bigmat, à l'arrivée de la 8e étape du Tour | PASCAL PAVANI / AFP

Les Français ont fait le boulot

Publié le , modifié le

Il n’y a pas eu de maillot jaune sur le dos d’un Français comme l’an passé avec Thomas Voeckler. Mais le public a pu assister à cinq victoires d’étapes tricolores (Thibaut Pinot, deux pour Voeckler, Pierre Rolland, et Pierrick Fédrigo), et deux Français se retrouvent dans le Top 10, dont le benjamin de cette édition, Thibaut Pinot.

L’an passé, seul Pierre Rolland avait permis aux Français de sauver l’honneur. Cette année avec cinq succès d’étape, les coureurs tricolores ont assuré le spectacle. C’est toujours moins qu’il y a deux ans (six succès en 2010), moins que les huit victoires sur un seul Tour de Charles Pélissier (1930), mais c’est une bonne moyenne à l’heure où la concurrence se fait de plus en plus féroce.

Pinot, la révélation

Et dire qu’il n’était pas sensé venir sur ce Tour de France… Marc Madiot l’avait jugé encore trop tendre pour le lancer dans le grand bain, et c’est suite au forfait d’Arnold Jeannesson que le coureur de 22 ans a pu prendre le départ de Liège. Huit jours plus tard, le benjamin du Tour signait la première victoire tricolore de cette édition, et son manageur était proche de la syncope.

Christian Prudhomme était aux premières loges lorsque Pinot a accompli son exploit. « On était juste derrière quand Pinot a repris Kessiakoff, c’était Le grimpeur », a expliqué le patron du Tour qui est resté admiratif. « Il avait des changements de rythme, il avait de l’allure, il était beau, il y avait une foule dense et extrêmement disciplinée, a-t-il raconté. A l’oreille, il y avait un brouhaha assourdissant, c’était extraordinaire (…). Le voir gagner comme cela, on avait juste peur que Marc Madiot nous fasse une crise cardiaque, mais c’était beau ! », a lancé Prudhomme, évoquant l’une des images marquantes de cette 99e édition. « Quand on gagne une étape du Tour à 22 ans, il n’y a pas de secret, c’est que l’on a du talent, c’est obligatoire », a assuré l’ancien journaliste.

Rolland, la confirmation

Il était attendu, Pierre Rolland a eu le mérite de confirmer ses bons résultats au classement général. Seul vainqueur français l’an passé, le natif de Gien a d’abord connu une première semaine difficile après une chute et une blessure aux côtes qui le fait toujours souffrir. Après son beau succès à l’Alpe D’Huez en 2011, le protégé de Jean-René Bernaudeau a de nouveau brillé sur un grand col, et a choisi cette fois à La Toussuire. Malgré une petite chute dans un virage mal négocié, Rolland a franchi le premier la ligne de cette 11e étape. « Cela faisait six mois que j’en rêvais », avait-il déclaré. J’ai imaginé tous les scénarios, et j’ai réussi. Je suis allé au bout du bout de moi-même. J’ai repensé à tous ces sacrifices. Je me suis conditionné pour cette victoire, et je n’ai pas lâché », avait-il expliqué. 

Devenu leader d’Europcar après l’incertitude entourant la participation de Thomas Voeckler avant le grand départ, le coureur d’à peine 26 ans a démontré qu’il était capable d’assurer la relève, sans problème. « Pierre Rolland assume son statut, c’est une très grande satisfaction pour toute l’équipe. Pierre c’est l’avenir, et je suis certain qu’il va se rapprocher du podium du classement général dans les deux ou trois ans », prédit Bernaudeau.

Une valeur sûre : Voeckler

Thomas Voeckler est passé par tous les états. Blessé à son genou droit depuis le 16 juin dernier, l’Alsacien n’avait pas repris la compétition pendant dix jours, si bien qu’avant le Grand départ de Liège, le quatrième du général l’an passé n’était pas sûr de se présenter. Et même après quelques jours passés sur la Grande Boucle, son manageur Jean-René Bernaudeau, n’était pas totalement rassuré. « On verra bien, mais il est capable de nous faire un coup à la Voeckler », avait lancé le patron de l’équipe Europcar. Ce dernier avait visé juste, car le champion français a d’abord fait mouche lors de la 10e étape à Bellegarde, puis après avoir participé à la victoire de Pierre Rolland dès le lendemain, a signé un doublé en s’imposant également à Bagnères-de-Luchon.

« Il pue le vélo », résume Bernaudeau. « C’est une histoire à la Thomas Voeckler. Il revient de loin. Une semaine avant le Tour on ne faisait pas les fiers. C’est notre leader et le fer de lance du cyclisme français », affirme le boss d’Europcar. « L’histoire de Thomas est magnifique. Et elle n’est pas finie car il a encore de belles années devant lui », prédit son plus grand fan, tout content de le voir endosser le maillot à pois du meilleur grimpeur.

Au rayon des valeurs sûres, il serait de bon ton de placer Pierrick Fédrigo. Après une année 2011 gâchée par sa maladie de Lyme, le coureur de la FDJ a retrouvé toutes ses jambes. Fédrigo avait sans doute cultivé le souvenir de son dernier succès d’étape à Pau il y a deux ans. Et comme en 2010, le natif de Marmande a choisi sa terre natale d’Aquitaine pour enlever une quatrième victoire sur la Grande Boucle, effaçant d'un coup de pédale ses mauvais souvenirs.

Ils ont montré le maillot : Dumoulin, Riblon, Gautier...

Il n’y a que le résultat qui compte pourrait ont dire, mais bon nombre de coureurs français ont eu le mérite d’essayer cette année. Si Jérémy Roy s’est montré plus timide que l’an passé, d’autres ont eu la possibilité de s’illustrer à l’instar de Samuel Dumoulin qui a terminé quatrième au sprint à Saint-Quentin, lors de la cinquième étape remportée au sprint par l’Allemand André Greipel. D’autres ont pris des échappées, et plutôt deux fois qu’une comme Christophe Riblon, méritant dans la Planche-des-Belles-Filles, mais qui n’est pas parvenu à renouer avec la victoire comme en 2010, lors de la 14e étape. Inspiré par les deux victoires d’affilée de ses coéquipiers Voeckler et Rolland, Cyril Gautier pensait bien en ajouter une troisième. Mais à Annonay, l’attaque de Jean-Christophe Péraud rejoint par David Millar (vainqueur) a eu raison de ses espoirs. Ce n’est sans doute que partie remise pour ce coureur de 24 ans.

Hinault attend toujours son successeur

On peut placer beaucoup d’espoirs devant cette talentueuse génération, mais une question demeure, la même depuis 27 ans. C’est en effet depuis 1985, et le cinquième succès de Bernard Hinault, que les supporteurs tricolores attendent la victoire finale d’un Français. La blessure de Thomas Voeckler en début d’épreuve lui a forcément compliqué la tâche, et l’Alsacien n’a donc pas pu espérer atteindre la quatrième place de l’an passé. Mais à l’exception de Voeckler, si l’on compare le classement général des Français en 2011, à celui de cette 99e édition, le camp tricolore peut avoir quelques satisfactions. Pierre Rolland (8e) et Thibaut Pinot (10e)) ont intégré le Top 10, Jérôme Coppel (21e) et Sandy Casar (22e) ne sont pas si loin.

L'affaire dont on se serait passé

Le Tour de France n’avait pas besoin de cela. Pourtant, le mardi 10 juillet au matin, le coureur de la Cofidis Rémy Di Grégorio a été interpellé et mis en examen pour "détention de procédé dopant sans justification médicale"… Placé sous écoute téléphonique, Di Gregorio a été pris en flagrant délit, au moment où une personne lui apportait un colis sur le parking de son hôtel à Bourg-en-Bresse. Cette affaire a eu le mérite de rappeler qu’il faut maintenir les efforts de lutte contre le dopage, et militer pour que les nouvelles générations comprennent que seul un cyclisme (et les autres sports en général) propre est beau et respectable.

Romain Bonte