Agnel Yannick Bernard Alain sourire Championnats de France 2010
Alain Bernard et Yannick Agnel tout sourire | AFP - Stéphane Danna

Les Bleus à la croisée des chemins

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A un an des JO de Londres, la natation française doit franchir un cap. Les 6 médailles des JO-2008 ou des Mondiaux-2009 doivent être dépassées avec en plus un titre planétaire à Shanghaï. Avec un collectif d'où ont émergé Lacourt, Agnel et Muffat, dans l'attente d'un retour au plus haut de Manaudou, tous les espoirs sont permis, surtout après le record de 21 médailles dont 8 titres à l'Euro-2010 en Hongrie. Ne pas faire mieux qu'en 2009 serait un coup d'arrêt.

"Des championnats du monde réussis, ce serait un titre. A Rome, on avait réussi un bon bilan comptable sans titre, on doit avoir la même ambition au niveau comptable mais avec un titre". Christian Donzé, le directeur technique national a annoncé la couleur avant que ses nageurs ne plongent dans le grand bain de la course. Depuis l'avènement de Laure Manaudou à Athènes en 2004, puis des Bernard et consorts à Pékin en 2008, la France sait disposer d'un collectif prometteur. En Hongrie, l'année dernière, dans le cadre de l'Euro, les promesses avaient été tenues en ramenant 21 médailles, dont 8 d'or, avec la consécration de Camille Lacourt sur le dos. Cela s'était prolongé à Dubaï, en petit bassin, en fin d'année dernière, avec des Mondiaux marqués par 8 médailles dont 3 d'or. Mais ces compétitions n'étaient que des paliers intermédiaires menant à ces Championnats du monde à Shanghaï, puis aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, point culminant de leur ambitions.

Aux JO de Pékin en 2008, aux Mondiaux de Melbourne en 2007 et à ceux de Rome en 2009, l'équipe de France avait à chaque fois ramené six médailles. Et si les hommes courent après un titre mondial depuis 1973, les filles ont connu plus de réussite mais demeurent en rade depuis 2007 et le double sacre de Laure Manaudou. Avant de la voir peut-être réintégrer ce collectif pour Londres, ce qui semble possible après sa première sortie en compétition à Athens aux Etats-Unis, le staff tricolore veut avoir des confirmations, des certitudes avec tous les autres. La montée en puissance des jeunes (Agnel, Lacourt, Muffat...) et le léger retrait des "anciens" (Bernard, Balmy, Leveaux...) peut s'accentuer, s'inverser. Ces Mondiaux peuvent être l'occasion de redistribuer les cartes. Et les places sont très chères. Le champion olympique et vice-champion du monde du 100m nage libre, Alain Bernard, en sait quelque chose, lui qui ne sera aligné que sur 50m (et en relais) faute de qualification aux championnats de France. Idem pour Frédérik Bousquet, en bronze à Rome sur 100m. Fabien Gilot et William Meynard seront chargés de chercher le sacre sur la distance reine, comme en relais où la France rêve enfin de couronner son talent avec un titre qui lui échappe malgré les pronostics d'avant-course. En argent à Pékin, en bronze à Rome, en argent à Budapest, les sprinteurs tricolores doivent franchir un cap.

Yannick Agnel, Camille Lacourt et Camille Muffat, notamment, sont au révélateur de ces grands championnats du monde. A 19 ans, le premier sera rapidement sur le pont avec le 400m nage libre dès la première journée de compétition. Le champion d'Europe vise forcément un podium malgré la concurrence du Chinois Sun Yang, du terrible Allemand Paul Biedermann, révélation de Rome-2009, ou du Sud-Coréen Tae-Hwan Park. Après son doublé en Hongrie, la nouvelle icône de la gente féminine, Camille Lacourt, arrive à Shanghaï avec une énorme pancarte de favori. Avec les meilleures performances mondiales de l'année sur 50 et 100m dos, le Marseillais est prêt. Reste à le confirmer dans l'eau. Championne du monde de 200m nage libre en petit bassin, Camille Muffat fait figure de leader de la natation féminine tricolore. 100m, 200m, 400m, la Niçoise a un sacré programme, mais elle a les épaules pour. Moins médiatisés, Alexianne Castel (200m dos), Lara Grangeon (400m 4 nages), Jérémy Stravius (100m dos) ou Sébastien Rouault (400m nage libre, 800m nage libre, 1500m nage libre) peuvent attirer les lumières à eux, sans oublier Hugues Duboscq, toujours placé dans les championnats.

Avec un collectif homogène et déjà rompu aux joutes internationales, la France peut viser haut. Très haut. Ne pas ramener de titre, ne pas dépasser les six médailles, serait vécu probablement comme une contre-performance, un coup d'arrêt. En sport, ne pas progresser revient à régresser. Et à un an des Jeux Olympiques, tous les nageurs ont besoin de confiance et de certitudes.