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Les échappés du jour | AFP

Le Tour, un 14 juillet tous les jours

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Il est des victoires plus belles que d’autres, et des victoires dont on se souvient plus que d’autres. En ce 14 juillet, jour de la fête nationale, les médias s’intéressent sans doute un peu plus aux performances des Tricolores. Si les coureurs ont bien conscience que de briller ce jour-là peut donner un peu plus de retentissement à leur succès, ils estiment dans leur grande majorité qu’il n’y a pas d’incidence sur leur comportement en course, et l’important est de gagner, peu importe la date.

Raymond Poulidor résume parfaitement l’esprit de la Grande Boucle, « Le Tour de France c’est le 14 juillet tous les jours », lance l’ancien champion, qui s’était lui-même imposé un 14 juillet (en 1974 à Plat d’Adet).

Un autre ancien champion, Bernard Thévenet, voit en cette date une valeur symbolique plus forte. « Ils doivent être plus motivés que les autres jours. On a en quelques sortes le devoir de faire mieux qu’un autre jour », nous déclare le double vainqueur de la Grande Boucle. Thévenet est particulièrement sensible sur la question car il a levé les bras à deux reprises le jour de la fête nationale. « La première fois avait une certaine importance, parce que j’ai voulu passer en tête en haut dans le Toumalet (en 1970, à La Mongie). La deuxième fois c’était contre Eddy Merckx (en 1975, à Pra Loup). L’enjeu c’était alors le maillot jaune, et c’était pour moi plus important que le 14 juillet », a admis Thévenet qui remporta cette année là son premier Tour. L’ancien champion et Laurent Jalabert (1995 et 2001) sont d’ailleurs les deux seuls coureurs français à s’être imposés deux fois, un jour de la fête nationale.

Chavanel: « peu importe la date »

Selon Vincent Lavenu, « une partie des coureurs est sensible à cela. Une telle victoire apporte un peu plus de notoriété et il y a une valeur symbolique. Mais c’est vrai que cela trotte dans la tête de certains », concède le manageur d’AG2R.

Sylvain Chavanel, quant à lui n’a jamais été inspiré par ce jour. « Moi ce qui m’inspire, c’est une victoire, peu importe la date. Je n’attends pas ce jour là pour faire quelque chose, c’est plus anecdotique », assure le champion de France du contre-la-montre.

L’ancien double champion de France Didier Rous, aujourd’hui directeur sportif, chez Cofidis est du même avis. « J’ai toujours dit, que gagner une étape, que ce soit le 12, le 14 ou le 16 juillet, l’essentiel est de gagner sur le Tour. « Cela a peut-être une saveur spéciale, mais toutes les victoires sont belles », assure Rous. « Les Français sont devant depuis le début, tout le monde veut gagner. Il n’y aura pas plus d’attaques de Français aujourd’hui qu’il y en a eu les jours précédents », estime l’un des dirigeants de l’équipe Cofidis. Ce dernier doit regretter par ailleurs que le dernier vainqueur français un 14 juillet, à savoir David Moncoutié (en 2005 à Digne), a été contraint à l’abandon la veille…

Jeandesboz : « on est un peu déconnecté sur le Tour »

Si les coureurs se disent autant détachés de la portée d’une victoire un 14 juillet c’est peut-être aussi parce qu’en trois semaines de compétition, ils ont du mal à lever la tête du guidon… « On est un peu déconnecté, donc on ne se rend pas trop compte que c’est le 14 juillet » , explique le coureur Saur-Sojasun, Fabrice Jeandesboz. « Mais c’est sûr que de se retrouver devant un tel jour, ça motive », convient-il.

Ce 14 juillet est aussi peut-être un paramètre que peuvent prendre en compte les coureurs étrangers, car ils se doutent bien que les coureurs Français ont logiquement envie de se montrer.

Maxime Bouet s’amusait que l’on pose cette question, expliquant que la date importait peu, pourvu qu’il y ait un succès au bout. Le coureur AG2R-La Mondiale se rappelle toutefois qu’il avait fait partie l’an passé d’une échappée le jour de la fête nationale. « Sur les six coureurs échappés, il y avait quatre étrangers », se souvient Bouet qui avait terminé en sixième position. Et à peine une heure après cet entretien, le natif de Belley filait dans l'échappée.

Quoi qu’ils en disent, coureurs comme dirigeants, il y avait bien cinq coureurs français sur huit, lors de la longue échappée du jour…

Romain Bonte