L'équipe Europcar sur les Champs-Elysées
La formation Europcar au complet devant l'Arc de Triomphe | AFP - Pascal Pavani

Le Tour de force d'Europcar

Publié le , modifié le

Sauveur de dernière minute de la formation de Jean-René Bernaudeau en fin de saison dernière, Europcar ne peut pas regretter son engagement dans le cyclisme. Avec les 10 jours en jaune de Thomas Voeckler et le maillot blanc de meilleur jeune, la formation française a été l'une des stars de ce Tour de France 2011. "On pensait que l'équipe allait disparaître, mais les coureurs sont restés solidaires", se souvient Voeckler.

Il y a presque comme un air de revanche. Après avoir failli disparaître, faute de sponsors suite au retrait de Bouygues Télécom, Jean-René Bernaudeau a vécu le plus beau de ses Tours depuis qu'il est à la tête d'une équipe. Dépeint un peut trop tôt comme un futur vainqueur du Tour potentiel, Pierre Rolland a brillé sur les pentes françaises, pour rafler le maillot blanc. Courtisé par de nombreuses équipes mais ayant refusé de s'engager pour rester le joker de Bernaudeau jusqu'au bout dans les négociations, Thomas Voeckler a eu raison de son choix, après un début de saison déjà extraordinaire. Trois hommes pour un bilan plus que positif chez Europcar. Aurait-il été encore meilleur si Christophe Kern, l'un des plus costauds de l'équipe pour le classement général, n'avait pas dû abandonner très tôt, victime d'une tendinite ? Mais Philippe Guillemot, directeur général d'Europcar, s'en contente aisément: "C'est inespéré!", dit-il à l'AFP. "Le niveau de citations d'Europcar a explosé. Notre but était d'augmenter notre taux de pénétration et de susciter de la notoriété spontanée. C'est réussi." Et d'ajouter que la formation qu'il a reprise "a bonne réputation dans le cyclisme et est en avance sur le dopage". Avec un investissement de 15 millions d'euros sur trois ans en tant que sponsor principal, la société envisage presque déjà d'aller "au-delà" des trois années d'engagement initial.

"C’est un très bon bilan mais l’équipe n’est pas née cette année mais il y a 21 ans avec une philosophie, un esprit, une pyramide", rappelle Jean-René Bernaudeau. "Sept coureurs sur neuf du Tour 2011 sont issus de cette filière. On a changé de couleur et on remercie Europcar de nous avoir permis de continuer l’aventure humaine et sportive de la formation." Un état d'esprit qui trouve écho chez son leader: "Tout le monde est content. Le sponsor qui nous a fait confiance. On pensait que l’équipe allait disparaître mais les coureurs sont restés solidaires. Il faut en profiter car il ne faut pas rêver, ça ne marchera pas toujours aussi bien dans toute l’existence de l’équipe. Il faut apprécier. Il y a tellement de moments à retenir mais peut-être que je loupe le podium de pas grand-chose." Sept années après avoir vécu en jaune pour la première fois, Thomas Voeckler a désormais le recul pour apprécier un peu plus cet honneur.

Quant à son directeur sportif, il a l'expérience pour relativiser, sans bouder son plaisir immense: "On a gagné l’Alpe d’Huez. C’est pas juste une étape mais un monument mythique avec Pierre Rolland qui représente l’avenir. Thomas Voeckler est loin d’être fini et a réconcilié le cyclisme avec le grand public. Si le public a envie d’applaudir et de crier, comme celui de siffler, Thomas y est pour quelque chose. On peut être fier de notre bilan. Il y a un manque affectif sur le cyclisme français qui a été malmené. On savait que ceux qui seraient sur le devant de l’affiche en bénéficieraient. Aujourd’hui, Pierre Rolland a 24 ans et il est maillot blanc. Thomas Voeckler a donné envie aux gens de regarder le cyclisme. Pierre Rolland montre qu’il faut y croire. Ce n’est pas la relève, c’est la continuité." Et pour connaître son sentiment profond après ces trois semaines, ce qui lui fait le plus plaisir, il se laisse aller: "Avoir fait plaisir aux gens. Qu’il y ait plein de petit Thomas Voeckler et Pierre Rolland à faire du vélo partout. Le haut niveau du sport en général n’est pas exemplaire. Nous, on est là pour créer des vocations, de l’émotion."

Après plusieurs années de vaches maigres, et si Bernard Hinault n'a toujours pas trouvé son successeur, le cyclisme tricolore peut légitimement bomber le torse, et répondre aux critiques collectives: "Cet hiver, on nous a dit qu’on était une sous-nation, qu’on avait reculé dans la hiérarchie mondiale. On avait aussi dit que les classements n’étaient pas facile à comprendre parce qu’un seul coureur comme Andy Schleck pouvait ramener son pays au sommet. Aujourd’hui, le cyclisme français retrouve une place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Quand le cyclisme français gagne des Coupes du monde en espoir, quand le cyclisme français a des champions du monde espoirs et junior, ça veut dire qu’on est bon. Quand il y a des choses illogiques, il faut être patient. J’ai toujours cru qu’il fallait s’en sortir." Et Jean-René Bernaudeau répond également aux critiques individuelles, faites un temps à l'égard notamment de Pierre Rolland: "Tout le monde le voulait et après tout le monde l’a critiqué parce que c’est un grand coureur qui a été payé au prix du marché. On ne doit jamais parler d’argent dans le sport. Le prix est fixé par le marché. Pierre a été très bien payé et aujourd’hui, pour sa troisième année avec moi, il me rembourse au-delà de mes espérances. Le sport, c’est ça. Des joies, des drames, des confirmations qui tardent mais aujourd’hui quel bonheur. Arrêtons de parler de renouveau du cyclisme français. Il faut attendre les chiffres. Il y a une photographie qui explique tout. L’image à Luz-Ardiden, au Plateau de Beille, les grands coureurs du Tour depuis dix ans et deux types qui n’étaient jamais sur la photo, Thomas et Pierre. Les gens en déduisent ce qu’ils en veulent mais tout va bien. Quand Rolland attaque Contador et Sanchez dans l’Alpe d’Huez, ça veut tout dire. Il donne un message aux autres équipes françaises : "il faut y aller". Je ne veux pas être le meilleur en France, je veux que le vélo aille bien. Si le vélo va bien, mon équipe ira bien. Ce qu’a fait Pierre redonne de l’espoir."

Bien évidemment, un compétiteur ne peut pas se satisfaire totalement lorsqu'il n'est pas premier. Thomas Voeckler et Jean-René Bernaudeau ont longtemps claironné que ce n'était pas envisageable. Mais y a-t-il une pointe de regrets face à ces 50 secondes qui le séparent du podium ? "On ne peut pas faire de mathématique", rétorque Bernaudeau. "S’il n’y a pas le Galibier, il aurait pu faire deuxième du Tour mais Pierre Rolland ne gagne pas l’Alpe d’Huez. Alors on ne va pas faire de math. L’exploit de Pierre Rolland. Le maillot blanc. L’avenir. 10 jours en jaune. Thomas quatrième. Je ne veux pas revenir sur ce Tour qui a été exceptionnel. L’histoire a été écrite et elle est magnifique. Qu’il soit 4e ou 2e, ce n’est pas important."