Novak Djokovic
La glissade de Novak Djokovic, en défense | AFP - VALERY HACHE

Côté technique: Le déplacement de Djokovic

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Durant toute la quinzaine de Roland-Garros, Patrice Dominguez, consultant France Télévisions et ancien N.1 français, décortique les différentes forces des meilleurs mondiaux et leurs secrets techniques. Aujourd'hui, la couverture de terrain du N.1 mondial masculin, Novak Djokovic.

"Il est très véloce, il a un centre de gravité qui est très bas. Il arrive placé, et c'est une qualité car c'est un gain de temps. Et en défense, c'est primordial de grapiller quelques centièmes de secondes, pour lui permettre de contrer. Il est extrêmement mobile, très bas au niveau du centre de gravité dans sa course, car il a une très grande laxité au niveau des articulations, des hanches, du bassin. Il est capable de plier à droite, à gauche, et de remonter au moment de la frappe. Un peu comme un roseau: il plie beaucoup et il se redresse au moment du passage de la raquette. C'est un joueur très particulier dans ce domaine. Il a une énorme puissance. Il n'est pas "rond" comme Rafael Nadal, mais en qualité de poussée de jambes, de puissance, il est phénoménal. C'est pour cela qu'il n'est jamais battu. Il a une très bonne couverture latérale, et dans certains grands matches, sur dur, il est capable de s'étirer à la volée sur la largeur pour avoir une excellente couverture au filet. Il dispose d'un mélange très délicat et difficile à atteindre, entre souplesse et puissance. Il est très explosif, très tonique. Sur le plan physique, c'est le seul joueur à pouvoir rivaliser sur la distance avec Rafael Nadal.

Les deux hommes ont deux styles différents. Nadal recule pour lancer ses coups, alors que Djokovic a plus de force directe, il a des frappes plus sèches, plus courtes aussi dans la préparation. Nadal a plus d''amplitude, donc il cherche un peu plus de temps, comme le faisait Bjorn Borg. Le Serbe est dans une recherche permanente du contre, du coup qui fait mal. Il est très complet. Il a peut-être une faiblesse, sur certains matches importants notamment en finale de l'US Open l'an dernier contre Murray, c'est sa couverture au-dessus de la tête. Pour les smashes, il ne lit pas aussi bien qu'un Federer ou Tsonga. C'est sans doute sa faiblesse. Il est moins percutant en smash que sur les autres coups.

"Tellement de force dans les jambes et dans les abdos"

Ils ont des approches de jeu différentes. Nadal, comme Borg et Wilander dans le passé, fait jouer un coup de plus pour user. Federer est un joueur qui met la balle surtout où l'adversaire n'imagine jamais qu'il va la mettre. Djokovic est un mélange de tout ça. Il est capable, après un long échange usant, d'avoir une deuxième accélération et de surprendre à contre-pied, alors qu'on pense qu'il est battu. C'est à ce moment là, souvent, qu'il redevient dangereux. Il a tellement de force dans les jambes et des abdominaux tellement puissants qu'il se re-balance vers l'avant et regagne le terrain perdu. Nadal, lui, revient vers l'avant par un ancrage au sol très fort et un balancement du bras vers l'avant qui le rééquilibre. Ce n'est pas la même utilisation.

Aujourd'hui, sur le plan physique, sur la longueur des cinq sets, c'est le joueur capable, avec Tsonga sur un match, de développer une puissance aussi grande que Rafael Nadal. Ils incarnent ce tennis moderne fait de couverture de terrain, de capacité à épuiser l'adversaire mais aussi à changer de rythme."