Oreillette Lance Armstrong TDF 2002
L'utilisation des oreillettes s'est généralisée dans les années 90 | AFP - Joël Saget

Le débat sur l'oreillette continue

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Interdite à partir de la saison prochaine dans les courses de classe 1 et dans deux ans sur les Pro Tour, l'oreillette est considérée, chez les pros, comme un outil indispensable. Notamment pour la sécurité. Reste que, pour ses détracteurs, elle biaise la stratégie de course en lui ôtant toute spontanéité.

Redonner l'initiative aux coureurs

En 2009, les organisateurs du Tour avaient fait de la 10e étape, entre Limoges et Issoudun (puis de la 13e entre Vittel et Colmar), un terrain d'expérimentation où les oreillettes et les liaisons radios entre coureurs et directeurs sportifs étaient interdites. L’idée ? Renouer avec une course "à l'ancienne", plus spontanée et rendue à l'intelligence des coureurs. Des voix s’étaient alors élevées pour manifester leur désaccord. A l’image du manager de Saxo Bank Bjarne Riis : "Nos sponsors paient très cher. Il serait inacceptable qu'un leader perde le Tour sur crevaison parce qu'il n'a pas pu prévenir à temps sa voiture d'assistance." Un an plus tard, l’expérience n’a pas été renouvelée et l’utilisation des oreillettes divise encore au sein du peloton.

Figure de proue des anti-oreillettes, Marc Madiot, directeur sportif de la Française des Jeux, n’y va pas par quatre chemins : "Il faut redonner l’initiative de la course aux coureurs. Avant, il y avait plus de latence entre l’action des coureurs et les réactions des directeurs sportifs. Maintenant, on est en direct live, il n’y a plus de temps morts, plus de réflexion." Pour Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France en 1975 et 1977, les oreillettes "ont enlevé toute spontanéité". "Dans mon temps, quand il y avait une échappée, il fallait aller à la pêche aux infos auprès des autres coureurs pour savoir qui était devant, se souvient M. Thévenet. On prenait parfois de mauvaises décisions mais on les prenait nous-mêmes. Maintenant les coureurs savent immédiatement ce qui se passe et attendent les consignes des directeurs sportifs. L’oreillette est un outil qui récompense les mauvais élèves du peloton".

La sécurité avant tout

De leur côté, les pro-oreillettes pensent tenir là le meilleur moyen d’assurer la sécurité des coureurs. Même si, cette année, les chutes ont été nombreuses depuis le départ du Tour de France. "Ca permet de prévenir les coureurs quand la chaussée est glissante, quand il y a un virage très serré ou encore un accident", explique Patrick Lefevere, directeur sportif de la formation belge Quick Step. Un argument qui a le don d’énerver Marc Madiot : "Si l’objectif est la sécurité alors donnons une oreillette commune à tout le peloton !" Pour beaucoup, l’idée serait en effet une oreillette unique où un commissaire polyglotte de l’UCI donnerait à l’ensemble des coureurs les renseignements sur la sécurité. Le peloton a, lui, parfaitement adopté cet outil apparu au début des années 90. Comme le confirme Stéphane Augé, coureur de la Cofidis : "Au début, j’étais contre l’oreillette mais maintenant, je suis pour. Avec tous les dangers qu’il y a sur la course, c’est bien d’être averti. C’est sécurisant ".

Mais rester concentré quand quelqu’un nous parle dans l’oreillette n’est-il pas antinomique avec l’optimisation de la sécurité ? "Je suis sûr qu’il y a des directeurs sportifs italiens qui n’arrêtent pas de parler, s’amuse Patrick Lefevere. Mais nous, les Flamands, nous ne parlons pas beaucoup. On se contente de dire le nécessaire pour ne pas déranger inutilement les coureurs." Et d’ajouter : "C’est comme dans la vie. Quand on parle trop, les gens n’écoutent plus. Il faut donc être clair et bref". Dans le cas contraire, "on a parfois envie de jeter l’oreillette sur le bord de la route", confie Stéphane Augé. On se dit alors que le coup de la panne chez les coureurs doit être chose courante.

Isabelle Trancoën