Pierre Rolland
Pierre Rolland à l'attaque lors de la 8e étape | AFP - Pascal Guyot

Le cyclisme français progresse malgré les chiffres

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C’est un vrai paradoxe. Malgré un Tour de France en demie-teinte, avec seulement une victoire d’étape, le cyclisme tricolore n’a jamais semblé posséder autant de talents, la plupart jeunes ou dans la force de l’âge. Selon quelques témoins, l’avenir s’annonce même radieux.

Lorsqu’il s’agit de dresser le bilan du cyclisme français après cette Grande Boucle moins prolifique que les trois éditions précédentes, il convient d’ouvrir une double lecture. Certes, en terme de résultats, ce 100e Tour restera famélique avec un seul succès (mais quel succès, à l’Alpe d’Huez pour Christophe Riblon) contre six succès en 2010, un en 2011 (plus le maillot jaune de Voeckler) et cinq en 2012.

Des leaders décevants

Les principales chances tricolores ont déçu. Les attentes étaient très fortes après les bonnes performances des leaders ces dernières années : Pierre Rolland (10e et meilleur jeune en 2011, 8e en 2012) n’a jamais semblé en mesure de viser autre chose que le maillot à pois. Il termine 24e à 52’12 de Chris Froome. Thibaut Pinot, révélation l’été dernier (10e) n’a été que l’ombre de lui-même jusqu’à son abandon après la deuxième journée de repos. Jean-Christophe Péraud (9e en 2011) occupait encore ce rang quand il s’est fracturé la clavicule juste avant le contre-la-montre de mercredi.

Si le Toulousain (36 ans) aura du mal à viser plus haut, Rolland (26 ans) et Pinot (23 ans) possèdent les ressources et le talent pour remonter la pente lors des prochains Tours. Idem pour Thomas Voeckler qui a déjà annoncé qu’il ne s’agissait pas de son dernier Tour et qui aura à cœur de rebondir après ce mois de juillet difficile.

La révélation Bardet

En fait, seule l’équipe AG2R-La Mondiale a vraiment brillé sur les routes de France, Riblon venant ponctuer trois semaines superbes pour les hommes de Vincent Lavenu avec notamment la 15e place au général du prometteur Romain Bardet (22 ans) dont l’esprit conquérant incarne à merveille la nouvelle génération sans complexe des Bleus. : "Être le premier Français du  Tour, ça ne compte pas, c'est anecdotique." Pour lui, l'essentiel est bien de se jauger face à ses compagnons de  génération, les Nairo Quintana (2e du Tour) et Andrew Talansky (10e), avec  lesquels il bataillait sur les routes du Tour de l'Avenir 2010.

Madiot : "Le vélo en France est en progrès"

« Je pense qu’il y a des bonnes générations de coureurs qui arrivent en France », explique ainsi Marc Madiot. « On a vu sur les cinq dernières années qu’il y a chez les jeunes de très bons coureurs. Il y a un moment où ça va percer à l’échelon professionnel. Ca a déjà été le cas l’an dernier avec des coureurs comme Pinot, Demare. Cette année c’est Bardet. Donc il y a un avenir intéressant pour le cyclisme français même si on fait la fine bouche parce qu’il n’y a eu qu’une seule victoire d’étapes. Mais je vous le dis, le vélo en France est en progrès », a confié le manager de l’équipe FDJ.fr.

Méderel : "Simon presque maillot jaune"

Maxime Méderel, le coureur de la formation Sojasun, plaide lui le manque de réussite. « La victoire de Christophe Riblon a fait du bien à tout le monde, surtout que c’est arrivé à l’Alpe d’Huez. Maintenant, c’est vrai que l’année dernière a été une grande réussite et qu’on a manqué de chance cette année. Ce n’est pas faute d’avoir tenté notamment au sein de l’équipe Sojasun. Julien Simon est passé à une seconde du maillot jaune à Ajaccio et il a raté de peu la victoire à Lyon ». 

« Cette année, il y a eu davantage d’arrivées groupées. Les sprinteurs ont pu plus s’exprimer que les baroudeurs malgré de nombreuses offensives », a-t-il poursuivi. « Pour le cyclisme français, c’est bien d’avoir des jeunes qui poussent. Après, il ne faut pas leur mettre trop de pression. Et puis on a deux grands sprinteurs avec Démare et Bouhani. On a de bonnes structures en France et il faut continuer dans ce sens-là. On peut espérer de belles surprises ces prochaines saisons ».

Deloeuil : "Les étrangers plus rusés"

Des propos corroborés par Alain Deloeuil, le directeur sportif de Cofidis : « Je ne pense pas que le cyclisme français soit en régression. Il y a beaucoup de jeunes qui pointent, un avenir prometteur, c’est sûr. Je dirais même que le cyclisme français ne s’est jamais aussi bien porté. Avec une seule victoire, on est dans une fourchette basse, mais on a vu beaucoup de Français à l’attaque. Le manque de réussite vient aussi du parcours avec beaucoup d’étapes pour les sprinteurs et les grimpeurs dès le début de Tour. Des échappées sont allées au bout en dernière semaine mais avec des étrangers plus rusés, plus expérimentés que les Français. Ca s’explique peut-être un peu comme ça », a-t-il dit.

Bricaud : "S’adapter à l’internationalisation"

Jérôme Coppel, l’un des leaders du team nordiste, a lui montré un certain agacement quand la question lui a été posée : « Il n’y a pas de raisons particulières. Si tout s’expliquait dans le vélo cela serait trop facile. On fait de notre mieux », s’est-il défendu. Quant à Thierry Bricaud, le directeur sportif de la FDJ, il trouvait une autre explication : « Le Tour a été plus compliqué pour les Français. Ce n’est pas faute d’envie, ni de moyens », a-t-il souligné. « Il faut un peu de réussite, mais quand on regarde le bilan de toutes les nations, il y a beaucoup de pays qui n’auront pas d’étape sur le Tour alors qu’ils venaient également avec beaucoup d’ambition. Le vélo est de plus en plus internationalisé, il faut s’adapter », a-t-il conclu.

Vidéo: Riblon,  la seule victoire française du Tour