Nairo Quintana
Nairo Quintana est la révélation de ce Tour de France. | AFP

La révélation Quintana

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Sixième au classement général à 5 minutes 47 du maillot jaune Chris Froome, Nairo Quintana est la grande révélation de ce Tour 2013. Agé de 23 ans, le Colombien de la Movistar impressionne en montagne, finissant second au sommet du mont Ventoux derrière le Britannique et s'accaparant le Maillot Blanc de meilleur jeune au passage. La relève des Herrera et autres Parra qui sévissaient dans les années 80 semble assurée...

Rien n'était gagné d'avance pour le natif de Boyaca. A peine venu au monde, il doit faire face à une maladie rare, appelée le "cancer de la mort". Les médecins ne lui donnent pas plus de trois ans à vivre. Ses parents décident alors de l'emmener voir une guérisseuse qui a déjà vaincu ce mal grâce à un élixir à base de plantes des montagnes. Il a très peu de chances de survivre, mais s'il y parvient, la légende dit qu'il sera promis à un grand avenir. Il est définitivement guéri après plusieurs semaines de soins intensifs. Accompagné par ses deux frères et deux soeurs, il va aider ses parents en travaillant dans une petite ferme située à 3000 mètres d'altitude. Issu d'une famille modeste, le petit Nairo ne peut pas aller en car à l'école, cela coûte trop cher. Il parcourt alors tous les jours une quinzaine de kilomètres qui le sépare de sa maison en VTT. Jamais il n'avait envisagé de faire du cyclisme son métier. Élève médiocre à l'école, il répare des vélos et des voitures comme mécanicien, souhaitant à terme intégrer l'armée. Pour gagner de l'argent, il conduit des taxis la nuit et s'adonne même à des courses avec son bolide.  Pourtant, ce sont ses exploits quotidiens sur son vélo qui attirent l'attention, ce qui le pousse à intégrer le petit club local d'Ediciones Mar.

La montagne, son terrain de jeu

Il signe son premier contrat pro en 2009 avec l'équipe départementale de Boyaca Es Para Vivirla, puis rejoint la Colombia Es Pasion Team qui a comme objectif d'envoyer des coureurs en Europe. Il se fait remarquer en 2010 en remportant le Tour de l'Avenir ainsi que deux étapes, dont sa victoire au sommet de Risoul, son principal fait d'arme. Il s'affirme à 20 ans comme un futur grand grimpeur. "Il était déjà très impressionnant", rappelle Anthony Delaplace (Sojasun), présent lui aussi sur cette édition du Tour de l'Avenir. "Il a toujours dégagé une aisance impressionnante dans les montées. Il a un gros braquet mais il emmène ça facilement."  En 2012, il est donc recruté par la Movistar, convaincue de son potentiel. Il s'installe à Pampelune, en Espagne, logeant chez son compatriote Sergio Henao (Team Sky). Peu connu du grand public jusqu'alors, ses performances sur ce Tour de France lui permettent de s'affirmer comme un des hommes forts du peloton. Lors de la 8e étape, il place une attaque incisive dans le port de Pailhères mais ne parvient pas pas à accompagner Froome dans la montée vers Ax 3 Domaines. "Quand ça grimpe, on a l’impression qu’il vole", déclare néanmoins le Britannique, dithyrambique à son égard. Les coureurs commencent dorénavant  à s'habituer à le voir animer la course dès les premières rampes des cols. Ce fut une nouvelle fois le cas dans l'ascension du mont Ventoux, mais une fois encore, Froome le rattrape puis le dépose pour s'envoler vers la victoire d'étape. Il finira deuxième à 40 secondes du vainqueur, devant Contador et son leader Valverde. Etonnant de la part d'un coureur qui déclarait ne pas être au mieux de sa forme avant le départ de la Grande Boucle.

Le retour au premier plan des "escarabajos" (scarabées)

Il serait pourtant inexact de limiter Quintana à ses exploits dès que la route s'élève. Il est aussi performant dans l'exercice du contre-la-montre. Il a d'ailleurs remporté l'épreuve nationale chez les Espoirs en 2009. "C’est un exercice dans lequel je ne me comporte pas trop mal", déclarait-il timidement la saison dernière. En avril dernier, il termine second du chrono sur le Tour du Pays Basque derrière Tony Martin, mais devant des références en la matière comme Richie Porte. Coureur complet, il a les capacités de monter sur le podium des Champs-Elysées dès cette année avec un maillot distinctif sur le dos. "Je pense qu’il peut être dans les trois premiers à Paris", déclare même enthousiaste Vincent Lavenu, manager d'AG2R La Mondiale.

La Colombie semble déjà avoir trouvé plusieurs successeurs à sa génération dorée des "escarabajos" qui remportait de nombreux succès dans les années 80. Outre Quintana qui rayonne sur le Tour, ses compatriotes Rigoberto Uran (2e), médaillé d'argent aux JO de Londres, et Carlos Betancur (5e) ont brillé sur le dernier Giro. Le cyclisme colombien retrouve une seconde jeunesse, trop longtemps orphelin des anciennes gloires Fabio Parra (3e du Tour 1988) et Lucho Herrera (vainqueur de la Vuelta 1987). Les nouveaux "cafeteros" suscitent un certain enthousiasme au pays, qui se classe même en deuxième position au classement par nations du World Tour derrière l'Espagne. "A chaque décennie la Colombie a sorti des coureurs, mais cette fois nous assistons à la naissance d'une nouvelle ère dorée", analyse Ramiro Valencia, président de la Fédération colombienne de cyclisme (FCC). Un jour peut-être, l'hymne de la Colombie retentira à Paris. Nairo Quintana a toutes les qualités nécessaires pour un jour devenir le premier de son pays à remporter le Tour.

Adrien Debargue