Rafael Nadal et Roger Federer
Rafael Nadal et Roger Federer avant la demi-finale du Masters 1000 de Madrid en 2011 | AFP - Dani Pozzo

La rencontre des étoiles

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La finale de ce dimanche entre Rafael Nadal et Roger Federer va faire bouillir la marmite qu'est le Court Philippe-Chatrier de Roland-Garros. Ce duel entre le numéro 1 mondial actuel et son prédécesseur possède tous les ingrédients d'un grand festin et un enjeu de taille pour l'Espagnol: rejoindre au palmarès le Suédois Bjorn Borg avec six sacres à Paris. Le Suisse vise lui un 17e titre en Grand Chelem. Un vrai choc de titans !

Par où commencer ? Comment présenter ce choc de titans sans oublier une stat, une anecdote ou un élément déterminant du combat somptueux que vont se livrer deux des plus grands joueurs de l'histoire et en tous cas les deux plus grands talents du tennis mondial depuis la retraite de Pete Sampras ? Comblés par le spectacle proposé vendredi lors des demi-finales, les spectateurs de la Porte d'Auteuil s'attendent comme nombre d'observateurs à une finale de folie. Les raisons ne manquent pas pour expliquer une telle effervescence. Elles tiennent déjà en la qualité de leurs prestations face à Andy Murray (N.4) et Novak Djokovic (N.2). Nadal a confirmé face à l'Ecossais sa belle performance du tour précédent contre Robin Soderling (N.5). Le Majorquin retrouve progressivement sa forme optimale, celle qui lui a permis de triompher à cinq reprises en six ans sur cette terre ocre qu'il aime tant. Federer, de son côté, n'a perdu qu'un set depuis le début de la quinzaine. L'Helvète a surtout réussi une démonstration de force en matant le Serbe, meilleur joueur de ses six derniers mois, lors d'une rencontre à couper le souffle.

Rafael Nadal (N.1) et Roger Federer (N.3) s'affronteront dimanche à Roland pour la 8e fois dans une finale de Grand Chelem. L'Espagnol l'a emporté trois fois à Paris (2006 à 2008), une fois à Wimbledon (2008) et une fois en Australie (2009). Le Suisse s'est imposé deux fois dans son jardin anglais (2006 et 2007). Les deux hommes se sont également affrontés en demie à Paris en 2005 (succès du Majorquin). Le quintuple vainqueur part légèrement favori au regard de son pedigree sur sa surface favorite. Mais le lauréat de l'édition 2009 peut s'imposer à condition d'afficher le même niveau que face à Djokovic. 

Nadal pour égaler Borg

Autre critère important: Nadal devra gagner la finale s'il veut rester N.1 mondial au prochain classement ATP publié lundi. Si c'est Federer qui l'emporte, Novak Djokovic, actuel dauphin de Nadal, prendrait pour la première fois de sa carrière le pouvoir. Ce serait alors aussi la première fois depuis février 2004 qu'il y aurait un N.1 mondial autre que Federer ou Nadal. Djokovic aurait été assuré d'être le prochain N.1 s'il avait battu Federer en demi-finale vendredi, le jour du 25e anniversaire de Nadal. Même s'il n'y accède pas lundi, le Serbe a de bonnes chances d'y arriver dans les semaines ou mois à venir puisqu'il aura beaucoup moins de points à défendre que Nadal (qui a gagné Wimbledon en 2010). Federer restera N.3 mondial quel que soit le résultat de la finale de Roland-Garros devant le Britannique Andy Murray, dominé par Nadal en demi-finale. Mais si le Suisse parvenait à terrasser l'Espagnol dans son antre, le retentissement serait énorme. Il consacrerait vraiment "Rodgeur" comme le plus grand joueur de tous les temps ce dont certains doutent encore vu son bilan contre son grand rival.

Nadal mène en effet 16 à 8 dans leur face à face dont 11 à 2 sur terre battue. Plus problématique encore pour Federer, le Taureau de Manacor a remporté huit des dix derniers duels les ayant opposés. En 2011, Nadal mène 2-0 et la dernière victoire de l'enfant de Bâle date de la finale du Masters à Londres en novembre 2010. Ce jour-là, Federer avait servi du feu de Dieu et il avait pratiqué un tennis proche de la perfection au troisième acte (6-3, 3-6, 6-1) face à un Nadal certes un peu émoussé par ses joutes précédentes. Sur une brique pilée très sèche, l'homme aux 16 titres majeurs semble capable de pousser son adversaire dans ses retranchements. Seulement, la pluie est annoncé pour les heures d'avant match et cette configuration avantagera forcément l'immense terrien qu'est Nadal. Même s'il a joué trois heures de plus depuis le début de la quinzaine. 

Federer pour un 17e Majeur

Les deux hommes se connaissent par cœur, se respectent et s'admirent. On jurerait même qu'ils s'aiment un peu depuis le temps qu'ils rivalisent de virtuosité sur le circuit. Federer sait qu'il aurait probablement réussi un Grand Chelem sans Nadal mais ses plus grandes défaites furent contre l'Espagnol (Wimbledon 2008, le match du siècle, Melbourne 2009) et elles renforcèrent l'aura d'un génie –quasiment- invincible mais oh combien humain. Que Roger Federer ait marqué l'histoire malgré l'adversité d'un gaucher au mental (presque) infaillible n'en est que plus fort. Le Suisse ne vibre plus que pour ces moments d'exception qui lui offrent la possibilité de rappeler à tous qu'il est au moins l'égal des maîtres de l'histoire de la petite balle jaune, Rod Laver, Bjorn Borg ou Pete Sampras. Une place au Panthéon des tennismen à laquelle pourra peut-être postuler Rafel Nadal dans quelques années.

Si le détenteur de 9 Majeurs (à 25 ans !) s'offrait une sixième couronne à Roland-Garros et donc un dixième tournoi du Grand Chelem, il ne serait plus qu'à quatre longueurs de Sampras et à six de Federer, avec de bonnes chances de dépasser l'un et l'autre avant la fin de sa carrière. Le plus grand "matcheur" de tous les temps (à égalité avec Jimmy Connors) possède plus que quiconque les armes pour faire déjouer Roger Federer, pour le rendre un peu moins bon. Juste ce qu'il faut pour empêcher l'artiste de rentrer dans le court et de diriger la manœuvre à sa guise. Une défense de fer, un coup droit époustouflant et une rage de vaincre qui pourraient de nouveau perturber le bel ordonnancement de la plus belle mécanique (suisse qui plus est) de tous les temps. Même si Roger Federer sera soutenu par une grosse majorité du public, cela fait assez d'éléments qui nous permettent de dire que Rafael Nadal part avec un avantage de 51/49 sur cette finale annoncée comme grandiose et qui mérite de l'être.

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Grégory Jouin @GregoryJouin