Blessure coude Amaël Moinard (Cofidis) TDF 2010
Le peloton ressort esquinté après l'étape des pavés | Isabelle Trancoen

La récupération, une affaire de pros

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Les étapes Bruxelles-Spa et Wanze-Arenberg ont laissé des séquelles. Les chutes en série et l’épreuve des pavés ont malmené les organismes et l’heure est maintenant à la récupération. Une récupération impérative avant d’attaquer la montagne en fin de semaine. Jacky Maillot (Cofidis) et Serge Nianke (Garmin) nous expliquent leur recette.

Si la préparation physique est primordiale en début de saison, le cérémonial de la récupération, après chaque étape, l’est tout autant. Et encore plus quand le parcours a donné du fil à retordre aux coureurs, comme sur la route glissante qui a mené à Spa et entraîné une vingtaine de chutes, ou encore sur les pavés du Nord de la France où la casse a également été sévère. Pour Jacky Maillot, médecin de la Cofidis, "une bonne récupération commence par un bon timing". Chaque après-midi, après la course, les neuf coureurs de la formation tricolore répètent les mêmes gestes. Inlassablement. Et cela commence par une douche. "Ils enfilent ensuite des chaussettes de récupération, type bas de contention, qui améliorent le drainage veineux", explique M. Maillot. Le médecin de la Cofidis utilise également une machine d’électro-stimulation musculaire qui permet d’éliminer les toxines accumulées par les muscles.

Côté nutrition, des boissons dites "alcalinisantes" favorisent l’élimination de l’acidité du corps. Une acidité produite lors de l’effort et qui entraîne les courbatures. "Environ une heure après la fin de l’étape, on leur donne des gâteaux riches en sucres lents et en protéines", confie Jacky Maillot. Une collation indispensable pour reprendre des forces et éviter l’hypoglycémie. Dès le retour à l’hôtel, les coureurs sont pris en charge par les kinésithérapeutes de l’équipe. Au programme : des bains froids (entre 12° et 14°) aux effets anti-inflammatoires et une séance de massages d’environ 45 minutes. "C’est un moment important au cours duquel les coureurs se reposent et font retomber la pression. Du coup, on ne les dérange pas, on les laisse seuls avec les kinés". La journée se termine par un repas qui permet de reprendre des forces. "On leur propose un dîner conséquent. Lors d’une étape du Tour, les coureurs dépensent environ 5000 calories, il est donc indispensable qu’ils rechargent les batteries pour pouvoir repartir le lendemain". Des compléments nutritionnels, des antalgiques et des décontractants peuvent également être prescrits pour améliorer encore le processus de récupération.

A la Garmin, la recette est assez similaire. "A l’arrivée, leur premier geste est de se poser pour retrouver un peu de calme et de sérénité", explique Serge Nianke, médecin de la formation américaine. Après, comme chez Cofidis, les coureurs enchaînent massages, auscultation ostéopathique et bains froids. "Nos grands-mères mettaient de la glace sur les bobos, rappelle M. Nianke. Aujourd’hui, on continue à utiliser le froid mais de manière un peu différente". Certaine équipes, comme AG2R La Mondiale, possèdent en effet de petites piscines où les coureurs se baignent pendant une dizaine de minutes dans une eau à environ 10°. Une technique qui soigne les micro-déchirures parfois indétectables par le médecin. Serge Nianke met également l’accent sur le sommeil. Un sommeil qui doit être réparateur. Malheureusement, le stress de la compétition vient parfois jouer les trouble-fêtes. "Ils essayent de se coucher vers 22h30 mais ils mettent souvent du temps à se détendre et à s’endormir", affirme Jacky Maillot.

Au final, tous ces gestes quotidiens permettent de pouvoir enchaîner les étapes. Mais en cas de mauvaise récupération, c’est toute la machine qui peut dérailler. "Une mauvaise récupération est une dette qui se paie cash", confirme le médecin de la Garmin. "Et ce dès le lendemain, ajoute Jacky Maillot. Dans ce cas, les jambes restent pleines de toxines. Les coureurs sont alors diminués physiquement, ils se font lâcher en course et peuvent même parfois ne pas finir le Tour". Un risque qu’une bonne récupération peut permettre d’atténuer. Mais pas d’écarter.

Isabelle Trancoën