Arrestation d'un activiste
Un activiste opposé à cette loi anti gay brandit une pancarte "l'amour est plus que l'homophobie" dans le car de police qui l'embarque | .

La loi "homophobe" revient dans le débat

Publié le , modifié le

Quelques semaines avant les Mondiaux, des manifestations avaient éclaté pour protester contre une loi votée par le gouvernement russe, qui sanctionne tout acte de propagande homosexuelle, et les étrangers étaient avertis qu'ils étaient évidemment concernés par cette loi. De fait, des activistes opposés à ce texte ont profité de la vitrine des Mondiaux pour faire entendre leurs voix en appelant au boycott des prochains JO d'hiver à Sotchi. Depuis, la polémique était retombée laissant la place aux exploits sportifs, jusqu'à ce que Yelena Isinbayeva, l'athlète la plus populaire du pays ne rouvre le débat en se disant "en accord avec cette loi".

La récente championne du monde de saut à la perche a eu beau rectifier ses propos par la suite, précisant qu'elle avait été mal comprise et qu'elle était elle-même opposée à toute discrimination, elle a tout de même insisté pour dire que "les gens doivent respecter les lois des autres pays". C'est bien justement ce qui pose problème. Cette loi est jugée discriminatoire par les défenseurs des droits de l'homme. Difficile évidemment de demander aux athlètes de prendre position, car à de rares exceptions près, ils sont  loin de la controverse, les yeux plutôt rivés sur leur propres épreuves.

Malgré tout, ils sont directement concernés comme représentants du monde sportif, même s'ils ont une vision périphérique des choses. Car c'est tout le sport qui risque de pâtir des conséquences de cette polémique. Car cette loi adoptée en juin et qui a suscité outre des condamnations, de vigoureux appels à boycotter Sotchi, pourraient avoir d'autres répercussions. Le mélange entre la politique et le sport risque en effe d'être préjudiciable à la Russie d'abord, qui accueillera le championnat du monde de natation en 2015 et la coupe du monde de football en 2018. Mais aussi aux athlètes que d'aucuns accusent déjà d'indifférence voire de complaisance, ce qui n'est pas forcément bon pour eux.  Et on le voit évidemment avec Isinbayeva qui, en une phrase de soutien à son gouvernement, a gommé des années de travail sur son image. 

Bien que les athlètes aux championnats du monde d'athlétisme ne seront évidemment pas en compétition à Sotchi, la répercussion n'est pas moindre car ces Mondiaux sont la première grande manifestation sportive organisée par la Russie depuis que la loi a été adoptée. Et cette question risque d'être récurrente à chaque compétition. C'est aussi une façon de mettre en porte à faux un pays qui envisage une candidature olympique. La Russie dit en être consciente mais donne des signaux contradictoires sur la façon dont la loi sera appliquée à Sotchi. Certains affirment  que la loi serait suspendue pendant les jeux., mais le ministère de l'intérieur a déclaré qu'ellel serait appliquée. Moyennant quoi, le président du CIO Jacques Rogge, a déclaré que le gouvernement russe a fourni des assurances écrites pour éviter tout dérapage homophobe,  mais qu'une plus grande clarté était nécessaire. Par ailleurs, Sebastian Coe et Sergy Bubka, présents sur ces Mondiaux et tous deux candidats à la succession de Rogge s'étaient montrés plutôt diplomates sur la question en critiquant l'aspect discriminatoire de la loi sans se montrer trop virulents avec les autorités russes. Ménageant ainsi la chèvre et le chou en parfaits politiques qu'ils sont devenus. En outre, la FIFA alertée à son tour a aussi demandé des éclaircissements et de plus amples détails.

Des athlètes peu concernés

Pendant les Jeux Olympiques, le CIO interdit aux athlètes de faire des déclarations politiques. Aux championnats du monde, rien n'est interdit. Mais peu ont cependant parlé si ce n'est pour demander de pas être utilisés "comme des pions" et de pouvoir garder leur conscience pour eux. 

Reste que ces manifestations, ces rares déclarations d'intention et ces rebondissements ont mis le doigt sur une réalité pénale assez inquiétante pour un pays qui aspire à organiser moultes manifestations et donc à recevoir beaucoup de visiteurs venant de tous les pays qui ne peuvent pas tous se fondre dans un carcan législatif aussi précis. Sachant que les personnes visées par cette loi peuvent être emprisonnées quinze jours.  La vision nationaliste de la Russie et la façon dont elle considère les étrangers faisant déjà beaucoup parler, la loi homophobe ou "anti propagande gay" ajoute à une certaine confusion et pourraient inciter les fédérations internationales à y réfléchir à deux fois avant de confier l'organisation d'un gros événement à la Russie. 

Christian Grégoire