Virenque Jalabert 1998
Virenque et Jalabert, le 12 juillet 1998, lors de la première étape du Tour de France. | AFP

La déflagration du Tour 1998

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L’échantillon mettant en cause Laurent Jalabert date du fameux Tour de France 1998. Cette édition a marqué un tournant dans le cyclisme, avec une prise de conscience générale vis-à-vis du dopage. Pour la première fois de son histoire, la Grande Boucle a bien failli ne pas se terminer.

Avant même le départ donné de Dublin, ce Tour de France ne partait pas vraiment sur de bonnes bases. L’un des soigneurs de l’équipe Festina, Willy Voet, est arrêté par les douanes françaises avec des quantités phénoménales de produits dopants dans son véhicule. Pas moins de 500 doses contenant soit de l’EPO, des amphétamines, de la testostérone, ou encore de l’hormone de croissance, sont découvertes. C’est tout un système de dopage qui est mis au jour.

Alors que la Grande Boucle a débuté, des rumeurs courent déjà au sein du peloton, et le 15 juillet, le directeur sportif de Festina Bruno Roussel est interpellé. Richard Virenque, Laurent Brochard et Alex Zülle sont aussitôt mis en cause. A l’époque, Virenque est une véritable star. Le quadruple meilleur grimpeur du Tour se serait dopé « à l’insu de son plein gré », et ses propos maladroits démontrent à quel point les coureurs sont pris dans une spirale où le dopage faisait partie du boulot. Comme ses coéquipiers, il est placé en garde à vue, mais continue de nier les faits, contrairement à d’autres. Il reviendra finalement sur ses propos lors du procès, en 2000.

96 coureurs à l’arriv​ée

 L’enquête ne s’arrête pas là et conduit les policiers à effectuer des perquisitions au sein d’autres équipes, comme la Néerlandaise TVM, dont le directeur sportif est mis en examen. Le 29 juillet, au kilomètre 32, tous les coureurs encore en lice s’arrêtent et descendent de leur vélo afin de dénoncer les méthodes des enquêteurs. Après Festina, cinq autres formations quittent alors le peloton, et l’équipe Once de Laurent Jalabert et de son manager controversé Manolo Saiz en fait partie (avec Vitalicio, Kelme, Banesto, et Riso Scotti). La dernière semaine est interminable pour les suiveurs. Chaque jour est une petite victoire pour les organisateurs qui n’ont qu’une hâte, celle de rallier les Champs-Elysées.

Au final, sur les 189 coureurs qui ont pris le départ, seulement 96 franchissent la ligne d’arrivée. Le podium laisse toutefois songeur. Marco Pantani est déclaré vainqueur, devant Jan Ullrich et Bobby Julich… Les trois coureurs ont tous été convaincus de dopage par la suite. Ce Tour de France 1998 a certes marqué les esprits, mais les pratiques tellement ancrées dans le peloton vont se poursuivre. Même si les contrôles sont renforcés, et les langues se délient peu à peu, chaque année apporte son lot de coureurs pris par la patrouille. Cela n’empêchera pas un Lance Armstrong de débuter son règne, un règne qui ne reposait que sur un tissu de mensonges et un système de dopage ultra sophistiqué. Depuis quelques années, la politique menée par les autorités a porté ses fruits, mais la leçon n’a probablement pas été retenue par tous.

Retour sur le Tour 1998
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Romain Bonte