Christian Prudhomme à Porto Vecchio
Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, et les élus locaux de Porto Vecchio | AFP - PASCAL POCHARD-CASABIANCA

La Corse, terre de vélo en devenir

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L’île de beauté va constituer durant trois jours un terrain de jeu extraordinaire pour les coureurs du 100e Tour de France. Pourtant, la culture cycliste est très peu développée dans la région, les Corses préférant de loin le football. Le grand départ du Tour pourrait faire évoluer la donne. Les efforts de l'ancien pro Dominique Bozzi et des responsables politiques commencent à porter leurs fruits.

La Corse est depuis longtemps une terre de football. Ses clubs ont porté haut les couleurs locales avec une mention particulière pour le Sporting Club de Bastia, la fierté des insulaires avec une finale de Coupe de l’UEFA (en 1978) et une victoire en Coupe de France (en 1981).

L'exception Bozzi

Côté vélo, en revanche, c’est beaucoup plus faible. Hormis l’Ajaccien Dominique Bozzi dans les années 90, aucun Corse n’est passé professionnel. Un comble lorsqu’on recense les trésors offerts par l’un des territoires les plus beaux de France. Malgré son relief accidenté, ses nombreux virages, son soleil de plomb et son décor de carte postale où la mer n’est jamais très loin de la montagne, la Corse n’a pas produit de grand champion ni même de coureur au palmarès fourni. "C'est une grande tristesse pour moi de ne voir aucun coureur corse au départ du Tour cette année", a confié Bozzi, aujourd'hui Conseiller Technique Régional (CTR) . "J'aurais tant aimé y être", a-t-il expliqué avant de se pencher sur le problème .

"On a tout pour réussir, mais c'est très difficile de passer en première catégorie, et encore plus de passer pro". "Pour réussir, il faut partir", a-t-il enchaîné. "Il faut progresser sur des courses de 200 km, pas de 80 ou 90 comme ici". Motivé, positif, Bozzi espère profiter du plus grand événement sportif que l'île de beauté ait jamais accueilli. "On aura un deuxième professionnel dans les cinq ans à venir, j'en suis convaincu", a-t-il poursuivi, fier du travail accompli mais conscient de ce qu'il reste à faire. 

Un million d'euros sur quatre ans

"J'ai mis l'accent sur la jeunesse. J'ai profité de mon carnet d'adresse vu que je connais pas mal d'anciens coureurs qui organisent des courses ou qui gravitent encore dans le milieu cycliste". "Mais je cherche aussi à développer les autres secteurs, le VTT ou le BMX. Quatre à cinq pistes vont sortir de terre", souligne-t-il, très heureux de noter les généreux efforts effectués par les collectivités: "L'Assemblée de Corse a voté un plan de développement du cyclisme en Corse pour un million d'euros sur quatre ans, soit 250 000 euros par an", se réjouit l'ancien pro.

Dominique Bozzi, l’exception qui confirme la règle, a tout de même effectué un parcours honnête. Il a évolué au sein des formations Le Groupement, LCPF, Force Sud et Casino durant sa courte carrière pro (1995-1997) et il fût un excellent coureur amateur à l’US Créteil (72 sélections en équipe de France, vainqueur du Ruban granitier breton, vice-champion du monde du contre la montre par équipes -100 km- avec Jean-François Anti, Christophe Moreau et Pascal Déramé, entre autres).

"Les licences vont exploser"

Il espère que le grand départ de cette fin juin va réveiller le cyclisme insulaire : "Les retombées seront importantes. Les licences vont complètement exploser. Et ce, dans toutes les disciplines : VTT, BMX, route. On est passé de 200 licenciés il y a trois ans à 1000 aujourd’hui", a –t-il confié. "Je pense, à court terme, que nous oscillerons autour de 2000 voire 2500. Et ce n’est qu’un départ. Tous les présidents de club travaillent dans cette perspective. Il faut profiter de l’élan que va susciter la venue du Tour pour développer ce sport dans l’île", a-t-il poursuivi.

Car même les courses cyclistes disputées sur cette belle terre ont connu une histoire mouvementée. Le Tour de Corse, créé en 1920, possède un beau palmarès (Gilbert Duclos-Lassalle, Stephen Roche, Bernard Hinault) mais il a connu plusieurs interruptions après s’être ouvert aux professionnels, de 1971 à 1982. La Corse a également reçu Paris-Nice en 1964 pour trois étapes, dont une remportée par Raymond Poulidor, mais cela reste finalement très peu.

Heureusement, Porto Vecchio accueille le Critérium International depuis quatre saisons, et les stars du peloton répondent souvent présents (Pierrick Fédrigo, Franck Schleck, Cadel Evans et Christopher Froome ont inscrit leur nom depuis 2010). Et le Tour de Corse va se professionnaliser, passant d’un statut régional à une dimension continentale, plus moderne. La « promotion » de cette course montre bien la volonté du cyclisme corse d’exister sur le calendrier UCI. Maintenant, reste à concrétiser.

Vidéo: les Corses attendent le Tour avec impatience

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