Annecy 2018 pancarte Grospiron responsables 2009
Les responsables de la candidature d'Annecy-2018 | AFP - Jean-Pierre Clatot

La candidature d'Annecy-2018 au bord de la faille

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Après avoir revu ses sites de compétition comme le demandait le CIO, le comité de candidature à l'organisation des JO-2018 à Annecy cherche à combler ses manques et ses failles. Manque de moyens financiers, de lobbying, de personnes capables d'améliorer le projet avant la venue de la commission d'évaluation du CIO en février, la candidature est en mauvaise posture. Et depuis l'échec de Paris-2012, la France n'est plus prête à tout pour avoir les Jeux Olympiques.

"Qu'ils me disent quels sont les besoins, pour quoi faire, pour adopter quelle stratégie, et combien ça coûte. Parce qu'in fine, on se tourne toujours vers l'Etat". Chantal Jouanno, ministre des Sports, a mis les pieds dans le plat. Après les réserves sur le dossier français dévoilées sur la place publique par Guy Drut et Jean-Claude, les deux membres français du CIO, l'Etat semble vouloir faire le point à défaut de reprendre la main car "cela doit être et rester la candidature des sportifs comme le souhaite le CIO. Ce n'est pas moi qui vais aller la défendre", rappelle-t-elle. Pour cela, elle va recevoir "tous les acteurs du dossier", à commencer par Edgar Grospiron, directeur général de la candidature, Christian Monteil, les membres français du Comité international olympique (CIO), Guy Drut et Jean-Claude Killy, le maire d'Annecy Jean-Luc Rigaut et le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) Denis Masseglia.

Les problèmes sont multiples pour Annecy-2018. Outre un retard à l'allumage, un manque de moyens financiers (autour de 16 millions d'euros de budget contre plus de 30 millions affichées par les rivales Munich et Pyeongchang), la première évaluation du CIO plutôt mauvaise a conduit à un resserrement des sites de compétitions notamment, mais ce mauvais départ reste un poids. "On ne sait pas ce qui peut se passer d'ici à Durban" en Afrique du Sud, théâtre de l'élection, le 6 juillet 2011, note Denis Masseglia, président du Comité national olympique français (CNOSF). "En tout cas, il peut y avoir des renversements de tendance tous les jours." Avec sa fougue habituelle, Edgard Grospiron se bat comme un beau diable, mais il se trouve un peu seul et réclame du soutien pour redorer l'image du dossier auprès des membres du CIO, ce qui demande des moyens. "A Belgrade, lors de la présentation devant les comités olympiques européens, nous étions une demi-douzaine quand ils étaient plus de 20 pour Munich", regrette Guy Drut, l'un des deux membres français du CIO. "Je suis en Afrique du sud pour rencontrer les membres du CIO", a indiqué en début de semaine Edgar Grospiron à l'AFP. "Nous sommes trois pour Annecy . En face de nous, ils sont 20, 30 pour une ville. Ils se divisent par groupes de 5 pour inviter les membres à déjeuner. Nous, à trois, on ne peut inviter qu'un membre quand 8 ou 10 sont pris en charge par les équipes adverses". Le problème, c'est que "les pointures" réclamées sont majoritairement déjà pris. "Les bons sont déjà recrutés", estime le président du CNOSF.

L'argent étant le nerf de la guerre, Christian Monteil, président du Conseil général de Haute-Savoie et du conseil de surveillance d'Annecy-2018, a annoncé l'augmentation de budget de 2 à 4 millions d'euros, une annonce soumise préalablement à un vote du conseil de surveillance et au scepticisme de certains: "Je veux savoir qui va payer", a réagi la ministre. "Sur quels fonds" s'interroge Denis Masseglia. Et le temps presse. La prochaine visite d'évaluation des membres du CIO est prévue à Annecy du 9 au 12 février prochains. "Qui va faire quoi, où, quand?", s'inquiète Guy Drut qui lance cette phrase en forme d'ultime avertissement: "Ayant une certaine habitude des candidatures olympiques et de la façon dont elles sont évaluées, nous sommes actuellement mal placés pour l'emporter". Mais se retirer de la course serait probablement encore pire aux yeux du CIO pour une image de la France pas vraiment au beau fixe dans les arcanes du mouvement olympique.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze