Europcar entraînement
Les Europcar en sortie | LIONEL BONAVENTURE / AFP

L’autre épopée des Verts

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En 1976, l’AS St-Etienne avait défilé sur les Champs-Elysées au lendemain de sa défaite en finale de la coupe d’Europe des clubs champions. La France avait la fièvre verte. Depuis l’an dernier, le mois de juillet a des réminiscences de cette passion française pour des hommes au courage et aux vertus exceptionnels, les Verts d’Europcar.

 

Sur le bord des routes du Tour, les supporteurs stéphanois ne sont plus seuls à arborer leur tunique verte. Grâce au passage de la caravane publicitaire, le public du Tour est inondé de maillot promotionnel. Surfant sur le succès de sa précédente Grande Boucle, Europcar a mis le paquet. Ce n’est pas une marée verte comme à Glasgow mais la couleur de l’espoir est bien visible. Le public a choisi son camp et les Europcar se sont mis au diapason en réussissant de magnifiques épopées, celles dont les spectateurs sont friands. La boucle est bouclée, notamment grâce à un Thomas Voeckler surprenant. « Thomas écrit des scénarios improbables, nous confie Jean-René Bernaudeau, le manager d’Europcar. Il n’accepte pas qu’on ne puisse pas être ambitieux jusqu’au bout. » Ce qui plaît aussi aux suiveurs, c’est ce côté David contre Goliath. Equipe du circuit continental, la deuxième division du cyclisme professionnel, Europcar gagne avec des moyens très éloignés de ceux des teams BMC, Sky et autres Katusha. « Les 22 meilleures équipes du monde sont là avec leurs neuf meilleurs coureurs et il y a 21 étapes. Imaginez notre petite équipe Europcar avec son 21e budget, explique Bernaudeau. On a gagné trois étapes, le maillot à pois. On a les coureurs les plus populaires du Tour et le public nous soutient. On vit un rêve les yeux ouverts. Mais on ne va pas faire des miracles tout le temps. »

Qui c’est les plus forts ?

Héros national, Thomas Voeckler provoque chaque matin un véritable attroupement autour du bus de son équipe. A l’applaudimètre, il est de loin le leader du Tour de France. Bien au-delà d’un Bradley Wiggins ou d’un Cadel Evans. Cette popularité exceptionnelle, le Vendéen d’adoption le doit à son tempérament d’attaquant et ses victoires d’étape à Bellegarde et à Bagnères-de-Luchon. « Thomas est énorme, souffle Bernaudeau dont la nuit a été très courte hier. Je ne trouve plus les mots. Il tire tout le monde vers le haut dans l’équipe. Il n’accepte pas l’à peu près, il n’accepte pas qu’on ne soit pas ambitieux. Tout ce qui compte, c’est gagner. » En début de Tour, les Verts étaient pourtant dans le dur à cause d’un genou récalcitrant de leur leader. Mais la troupe de Bernaudeau a fait le dos rond. « Quand c’est difficile, on est heureux d’avoir des fondations solides, explique le manager vendéen. On a un groupe très homogène et on supporte facilement les tempêtes. Notre obsession c’est le collectif. »

Les dents grincent dans le peloton

Dans le peloton, les autres équipes sont elles moins emballées par cette confiscation du cœur des foules et des hautes sphères des podiums. Elles aimeraient bien un peu d’alternance et de partage. Jean-René Bernaudeau n’est pas dupe du double-jeu de certains de ses collègues mais il s’en moque bien. Le public lui offre un paratonnerre formidable. « On est inattaquable, assure-t-il. On est très fort. Les équipes qui gênent sont les équipes qui fonctionnent. Je sais qu’on est jalousé mais ça ne m’intéresse pas. Le public nous aime et on leur rend. Ce matin il y a des petits garçons qui font du vélo et qui se prennent pour Thomas. » Dans trois jours, les Verts défileront à nouveau sur les Champs-Elysées. Ils auront même la chance d’y passer à huit reprises.