Wawrinka, Carlos Ramos
Stanislas Wawrinka conteste la décision d'un juge de ligne auprès de l'arbitre de chaise portugais Carlos Ramos | PATRICK KOVARIK / AFP

L’arbitrage se dévoile sur toute la ligne à Roland-Garros

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A neuf sur les grands courts et à sept sur les plus petits, les juges de ligne et arbitres de chaise sont en charge de la bonne tenue des matches à Roland-Garros. Constamment évalués, seuls les meilleurs ont droit aux honneurs des grandes rencontres. Lumière sur ces professions quasi-inconnues du grand public.

« Ne vous précipitez pas dans le jugement. Je préfère que vous preniez un quart de seconde de réflexion quitte à ce que l’arbitre de chaise déclare la faute avant vous. » Daniel, ancien arbitre devenu conseiller technique, prodigue ses derniers conseils à une équipe de juges de ligne. Ils sont 270 à officier durant la quinzaine à Roland-Garros en compagnie de 40 arbitres de chaises. Sur ces 310 officiels de 27 nationalités différentes, « 90 sont des femmes », précise Franck Sabatier, responsable des arbitres à la Fédération française de tennis.

Comme Daniel, ils sont dix conseillers techniques à briefer les juges de ligne tous les matins. « Il faut prendre son temps sur terre battue. Parce que si les deux joueurs partent dans un rallye et qu’ils doivent rejouer, ils sont mécontents. » « A la fin du tournoi, les arbitres reçoivent un rapport et une note moyenne, renchérit Franck. Le conseiller technique et l’arbitre de chaise évaluent la prestation des juges de ligne. Un superviseur en fait de même avec l’arbitre de chaise. » Alors que débutent les demi-finales, ils ne sont désormais plus que 60 officiels, sélectionnés sur leurs performances tout au long des Internationaux de France.

Qualité de la formation à la Française

« Pour certains, c’est le dernier jour mais je vous demande de rester correct et assidu. Restez concentrés pour ne pas saloper le match », exhorte Daniel. Outre ces rapports, les arbitres sont classés en différentes catégories, du badge de bronze au badge d’or en passant par l’argent. « Le badge de bronze s’acquiert grâce à un examen, puis la Fédération internationale promeut ceux qui le mérite », détaille Sabatier. Le responsable de la FFT se félicite d’ailleurs que cinq des vingt-cinq badges d’or mondiaux soient Français, preuve de « la qualité de notre formation. » Avec 60 semaines de tournois à l’année sur le sol français, il est vrai que l’Hexagone est bien loti et offre de nombreuses opportunités aux arbitres nationaux.

Pour gagner le droit de porter le blouson rouge sur l’ocre parisienne, il faut cependant faire état de nombreux services. Sur 700 dossiers de candidatures, un peu moins de la moitié ont été acceptés. Pour espérer faire partie des heureux élus, l’expérience prime. « Si les arbitres de chaise peuvent faire de ce métier leur activité principale, les juges de ligne travaillent ailleurs, détaille Franck Sabatier. Ils officient quand ils sont en week-end ou en vacances. » Un sacrifice nécessaire pour franchir les portes de Roland-Garros et récupérer 50 à 200 euros d’indemnités par jour. Sur les 310 arbitres présents aux Internationaux de France, 80 seulement tournent sur les autres Grand Chelem et se consacrent exclusivement à cette profession.

Une diversité qui se retrouve jusque dans l’âge des engagés. Le plus jeune a 15 ans, l’aîné 65. Pourtant, tous cohabitent au QG des arbitres adossé au court n. 10 à deux pas du Suzanne Lenglen. « Au départ, l’arbitrage est contraint par les clubs lors des matches d’équipe, confesse Sabatier. Certains y prennent goût et poursuivent pour gravir les échelons. A la base, tous sont arbitres de chaise mais dans le cursus on les oblige à faire des lignes. » La colère de Stanislas Wawrinka contre un juge de ligne lors de son 8e de finale contre Richard Gasquet a mis en lumière un arbitrage qui aime rester dans l’ombre, de l’aveu même du responsable de la FFT. « Avant, les arbitres n’étaient pas professionnels. Les juges de ligne étaient même assis. Aujourd’hui, certains d’entre eux officient de 20 à 25 semaines par an. Ils comprennent mieux les joueurs. On les forme sur la communication, l’inspection des traces, le body language et la prise de décision.»

"L’interprétation de l’arbitre est plus importante que le réglement"

Dans le camp des joueurs, la professionnalisation a également gagné du terrain. Les coups de sang « à la McEnroe » sont quasi-révolus même s’il existe une no-list sur laquelle les officiels peuvent demander à ne pas arbitrer tel ou tel joueur. Reste à dompter un public qui ne comprend pas toujours les décisions. « L’interprétation de l’arbitre est plus importante que le règlement, affirme Sabatier. Parfois, un joueur va casser sa raquette et écoper d’un avertissement, d’autres fois non. Tout dépend de l’état d’esprit du joueur et de l’ambiance sur le court. »

Autrefois présents le match entier, les juges de ligne tournent désormais toutes les heures. L’arbitre de chaise fait deux matches par jour et les juges de ligne restent sur le même court toute la journée. Un roulement nécessaire pour la bonne tenue des rencontres. « La mission de l’arbitre est plus large que ce que l’on imagine, confesse le membre de la FFT. Il doit s’assurer que les raquettes au cordage reviennent à temps, qu’il y ait suffisamment à manger et à boire pour les joueurs, que les conditions de jeu soient idéales, que les logos ou les casquettes respectent les tailles réglementaires... » Dernier tournoi du Grand Chelem à bouder la technologie Hawk Eye, Roland-Garros les obligent également à bien ouvrir les yeux...

Jerome Carrere