Sharapova finale 9062012
Maria Sharapova | PATRICK KOVARIK / AFP

L'année Maria !

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Le sourire éclatant qu'elle a lancé au public de Roland-Garros a éclairé la grisaille des nuages amassés au-dessus du court central. Maria Sharapova a enfin brisé sa carapace en même temps qu'elle ouvrait une nouvelle page de son histoire personnelle, qui lui permettait d'entrer dans la grande histoire du tennis.

Ce n'est pas un hasard si Maria Sharapova est née en Sibérie. Elle promène depuis dix ans et son arrivée sur le circuit mondial un voile de froideur qu'elle ne baisse que rarement et furtivement. Pour mieux se protéger peut-être, elle qui avoue avoir peu d'amis mais bien choisis, pour ne pas s'égarer dans une idôlâtrie qui ne semble pas de mise pour elle. Car si la grande blonde a longtemps été comparée à la météorite Kournivkova pour son côté glamour, Sharapova présente un profil bien différent, celui d'une véritable joueuse de tennis, qui dit elle même que ce qu'elle fait "ce n'est pas un spectacle, c'est une carrière et c'est une chose très sérieuse". Le sérieux est d'ailleurs le leitmotiv de celle qui fut très tôt N.1 en 2005 avant de connaître un parcours ressemblant à ses montagnes russes.

Et aujourd'hui, même si elle en rêvait secrétement depuis quatre ans et une opération à l'épaule qui faillit ruiner sa carrière, sans vraiment oser le croire, elle redevient la tsarine. Elle espérait rapidement retrouver la première place mondiale. Les circonstances lui ont permis d'atteindre cet objectif. Mais elle ne voulait pas en rester là. Il lui fallait aussi aller chercher le seul titre du Grand Chelem qui manquait à son palmarès, sur cette maudite terre parisienne où elle ne s'était encore jamais imposée. C'est désormais chose faite et elle entre dans le cercle fermé de celles qui ont tout gagné.

Humilité et travail

Elle a montré durant cette quinzaine qu'elle s'était enfin adaptée à la brique pilée, qu'elle avait appris à prendre le contrôle des éléments et aussi, dans son extrême concentration, le contrôle d'elle même et de son jeu dans ses petits cris parfois exaspérants, mais à travers lesquels elle expulse toute sa puissance en même temps qu'une partie de son âme. Elle se déplace désormais beaucoup mieux et elle l'a prouvé dans une finale contre l'Italienne, petit lutin toute en vélocité, qui l'a fait beaucoup courir. Mais la Russe était sûre de ses armes. Après son parcours difficile, et un énorme creux de la vague entre 2008 et 2009, où elle était retombée à la 1O2e place, la Russe a dû oublier qu'elle avait longtemps côtoyé le haut niveau et revenir sur des courts annexes, reprendre les bases de son tennis et retrouver le goût du jeu. Mais c'est une combattante, avec un mental d'acier, qui a beaucoup travaillé et s'est énormément remise en cause. Elle a repris avec humilité sa remontée vers les sommets avec une volonté à toute épreuve. Elle attendait la consécration en cette année 2012 où, à 25 ans, et après avoir traversé des périodes difficiles, elle a acquis désormais une maturité qui va sans doute l'aider à retrouver plus souvent le sourire.

La jeune fille timide de Sibérie, révélée au monde à 17 ans avec un  titre surprise à Wimbledon en 2004, a de nouveau envie de jouer sa vie sur le court, avec son orgueil et sa soif inépuisable de victoires. Après tout le travail qu'elle a consenti et qui l'a menée de nouveau à la conquête du Graal, elle ne veut plus être cantonnée à l'image désuète de poupée russe, mais considérée pour ce qu'elle est, une joueuse professionnelle qui a encore des rêves de succès. Sharapova est une championne et elle veut que ça se sache, afin que dans l'imaginaire, son image remplace la taille mannequin par la taille patron.

Christian Grégoire