Laurent Jalabert-Luc Leblanc
Laurent Jalabert (au centre) et Luc Leblanc (à droite) en discussion durant le Tour 98 | AFP - PATRICK KOVARIK

L'affaire Jalabert va "créer un malaise"

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Laurent Jalabert, l'un des plus grands champions du cyclisme français des vingt dernières années, était positif à l'EPO durant le Tour 98. L'information rapportée par L'Equipe tombe mal à cinq jours du départ du 100e Tour de France. Les réactions des acteurs du monde du cyclisme ne se sont pas faites attendre. Entre le "malaise" évoqué par certains et les précautions employées par d'autres, les différents acteurs du monde du vélo ne sont pas surpris par ces révélations.

A cinq jours du départ de Porto Vecchio, la nouvelle ne pouvait pas avoir plus de retentissement pour le Tour de France. Laurent Jalabert, contrôlé positif à l'EPO lors du Tour 98, une nouvelle qui sonne comme un coup de massue. Déjà par son timing. A cinq jours du 100e Tour de France, l'évènement sportif de l'été. Mais aussi par le contexte et la personne concernés : le Tour 98, celui de l'affaire Festina, et Laurent Jalabert, l'un des cyclistes français qui a le plus marqué les deux dernières décennies. Les acteurs du monde du cycliste n'ont pas tardé à réagir.

Luc Leblanc, l'ancien champion du monde 1994, n'a pas cherché à accabler l'ancien coureur de la ONCE. "Je ne connais pas les faits concernant Laurent. Mais je pense qu'à un moment, il faut crever l'abcès. Chacun vit avec sa conscience. Moi, j'ai été franc, ça m'a permis d'avancer et de passer à autre chose. Les coureurs du passé doivent montrer l'exemple", a-t-il déclaré dans les colonnes du Parisien. Leblanc est bien placé pour en parler puisqu'il était lui-même passé aux aveux en 2000 lors du procès Festina à Lille. Cette affaire qui avait éclaté au coeur du Tour 98, avait sali le peloton, notamment Didier Rous. Lui non plus n'a pas voulu en rajouter dans le quotidien national. "J'ai assumé tout ce que j'ai fait mais je n'ai jamais jeté la pierre à qui que ce soit".

Une défense guère convaincante

Au moment de se défendre, Laurent Jalabert est resté évasif. "Je ne peux pas dire que ce soit faux, je  ne peux pas dire que ce soit vrai", a-t-il réagi sur France 2. Une posture qui n'a pas convaincu Daniel Baal, l'ancien président de la Fédération Française de Cyclisme de 1993 à 2001. "Ou bien Laurent Jalabert a été propre et il faut qu'il le dise clairement, ou bien il a également été impliqué comme malheureusement la grande majorité des coureurs durant cette période 1995-2005, il faut alors qu'il le reconnaisse comme d'autres l'ont reconnu. Il en sortirait grandi", a-t-il assuré sur le plateau du Grand Soir 3 lundi soir. Sur RTL, Jalabert a rejeté les suspicions sur les médecins de l'époque à qui il a toujours "fait confiance".

"Je n'avais aucune raison de penser qu'il fallait être méfiant. On était soigné mais il était difficile de savoir les médicaments qui nous étaient administrés", avait réagi "Jaja". Là encore, il n'a pas convaincu. "A un moment, on se rend compte si ses performances sont simplement le fruit de son travail ou si on est un petit peu aidé", a déclaré Baal qui a également mis le doigt sur le comportement de sa formation de l'époque, à la fin des années 90, quand était lancé le suivi longitudinal contrôlé. "Je me souviens des difficultés qu'on avait avec Laurent Jalabert qui - étant dans une équipe espagnole Once - ne voulait pas s'y prêter."

Aucune surprise

La fin des années 90 a été une période noire pour le cyclisme, alors gangrené par le dopage. Laurent Brochard, à l'époque partenaire de Richard Virenque, a d'ailleurs été aux premières loges de la déflagration du Tour 98 secoué par l'affaire Festina. La raison pour laquelle il n'est pas "tombé de l'armoire", comme Jalabert, après ces révélations. "Je n’ai rien à dire de spécial par rapport à cela. Il est un peu tard pour divulguer plein de choses, je pense qu’il fallait le faire beaucoup plus en amont. Je crois qu’à une certaine époque, tout le monde le dit, les coureurs étaient dans des équipes organisées comme l’était Festina, donc je ne sais pas car je ne connais pas l’avis des autres coureurs. Mais bon, la plupart du peloton était pareil, ce qui fait que je ne suis pas aussi surpris que cela", a-t-il dit sur BFMTV.

Même son de cloche chez Cyrille Guimard, toujours sur BFMTV, ancien directeur sportif de Castorama et Cofidis : "Une surprise ? Non, je ne suis pas plus surpris par cette info que par les aveux d’Ullrich. Tout le monde savait pour Ullrich. En 1998, tout le monde avait reconnu qu’à partir de 1996, 90% des coureurs marchaient à l’EPO. A l’époque l’EPO était même "légalisé" à partir du moment où vous ne dépassiez pas 50 ou 51 d’hématocrite. Qu’on retrouve de l’EPO dans les urines de Jalabert, ça ne me choque pas. Si vous faites la même chose pour tous les coureurs, on retrouverait de l’EPO".

"Tout le monde s'en moque"

Ces révélations ne sont donc pas les premières à éclabousser le monde du cyclisme. Mais elles touchent Jalabert pour la première fois, lui qui n'avait jamais été contrôle positif durant sa carrière. "Est-ce qu’il faut faire un procès pour ça à Jalabert ? A mon avis, non", estime Cyrille Guimard. Didier Rous et Luc Leblanc, eux, s'inquiètent une nouvelle fois de l'image du cyclisme après cette nouvelle affaire. "Ce qui m'attriste, c'est qu'on est à quatre jours du départ du Tour et ça va créer un malaise", a commenté Leblanc. Rous, lui, est plus vindicatif : "Plutôt qu'à déterrer les morts, on ferait mieux de consacrer cet argent à rendre les contrôles encore plus performants qu'ils ne le sont. Les aveux d'Ullrich, tous ces secrets de Polichinelle, tout le monde s'en moque". Le Tour, comme Jalabert, ne sont sûrement pas de son avis.

Vidéo : retour sur le Tour 98

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