Teddy Riner médaille Mondiaux 2011
Et de cinq médailles en or pour Teddy Riner | AFP - Bertrand Langlois

Riner, le monde à ses pieds

Publié le , modifié le

A 22 ans, en devenant le premier à décrocher une cinquième couronne mondiale dans sa carrière, Teddy Riner est entré dans la légende. "Quand je regarde Teddy, je vois un extraterrestre", salue David Douillet, champion du monde pour la 1ère fois à 24 ans. Mais tout le monde attend désormais de lui le titre olympique, qui lui avait échappé à Pékin. "Son rêve est d'être champion olympique", rappelle Benoît Campargue, responsable de l'équipe de France.

Rien n'y a fait. Une blessure à la main qui l'a empêché de faire du judo jusqu'à trois semaines avant les Mondiaux. La pression populaire de Bercy pour un titre attendu et annoncé. L'angoisse d'entrer dans la légende avec une 5e couronne mondiale. Les adversaires. Le souvenir de cette défaite controversée en finale des "toutes catégories" des Mondiaux 2010. Tout cela, Teddy Riner s'en est joué. Avec une dextérité et une aisance tant technique que tactique, sans parler de son physique toujours aussi hors-norme. "Je savais ce que j'avais à faire. J'ai été patient. Dès qu'il y a eu une ouverture, je l'ai prise. je suis content car depuis 2008 à chaque fois je suis arrivé avec des nouveaux spéciaux. Je suis content parce que j'ai travaillé et que le travail a payé", se réjouissait-il après sa victoire finale.

De l'avis de tous, c'est sur le plan technique qu'il a le plus évolué depuis un an. Et aucun de ses adversaires n'est parvenu à trouver la parade, à le perturber, à le mettre en danger. "Cette journée a été une journée exemplaire. C'est l'état de grâce qu'on peut avoir quelque fois dans une carrière d'athlète où tout vous réussit, vous n'êtes jamais en danger et vous allez jusqu'au bout. J'ai vu qu'il avait vraiment progressé. Il est beaucoup plus précis techniquement, beaucoup plus précis dans son placement de mains et donc redoutablement efficace", constatait David Douillet, qui lui a remis la médaille d'or sur le podium. "Teddy a vraiment été  exceptionnel. C'est rare que je dise ça mais nous, on ne l'attendait pas avec  une telle aisance technique. Physiquement, il est hors norme par sa qualité musculaire, sa coordination et sa vitesse. Pour quelqu'un de jeune comme lui, il montre aussi une grande intelligence dans le combat", renchérissait René Rambier, directeur technique du haut niveau à la Fédération. "Il y a le plaisir de ce qu'il a réalisé sur le plan de la dextérité technique aujourd'hui. C'était vraiment de très bonne qualité. Après, je relativise toujours les choses, c'est mon rôle auprès de lui, il le sait très bien", tentait de pondérer Benoït Campargue, responsable de l'équipe de France masculine et l'un des membres du "clan" Riner. "C'est la façon dont il l'a fait qui m'a plu. Il a gagné avec la manière, la technicité, avec du judo . Il a attaqué en créant l'opportunité, puis il l'a saisie. C'est le fruit du travail qu'il fait quotidiennement. Vu son parcours, on ne peut pas dire qu'il n'a pas encore progressé. Il a marqué des points sur des techniques différentes, il a plusieurs directions d'attaque. Je trouve cela exceptionnel." 

Bien sûr, sur son parcours, il n'a pas croisé la route du Japonais Daiki Kamikawa, celui qui l'avait privé de cette 5e couronne à Tokyo l'an dernier. Eliminé dès le 1er tour, le champion du monde "toutes catégories" a été rapidement rejoint par son compatriote Keiji Suzuki. Et c'est donc aux Jeux Olympiques de Londres, dans moins d'un an, que la revanche pourra avoir lieu, avec des Japonais bien décidés à empêcher le monstre tricolore d'accéder à l'Olympe. Mais dans le camp français, on ne fait pas mystère des ambitions: "Moi je me prépare pour Londres 2012", lançait d'ailleurs le quintuple champion du monde après son dernier combat. "Je n'aime pas faire des plans sur la comète. On verra après. Pour l'instant je m'attaque aux Jeux de 2012. Maintenant, on va rêver des Jeux". Un avis partagé par Benoït Campargue: "Son rêve est d'être champion olympique." Mais aussi par René Rambier: "Cinq titres de champion du monde, c'est extraordinaire mais il faut qu'il soit champion olympique. C'est le graal. Aujourd'hui, sa motivation c'est ça. Mais il faut le maintenir sous pression pendant un an."

La couronne olympique, David Douillet, qui en a décroché deux, la voit comme un passage obligé, un minimum syndical: "Il faut qu'il soit le plus titré (toutes compétitions confondues). Pour moi ce serait un crève-coeur qu'il n'y arrive pas par rapport au potentiel qu'il a. Ce serait terrible. Il a le déjà le record des titres mondiaux mais il peut encore aller plus haut avec le record absolu des titres olympiques parce que c'est un surdoué, qu'il a démarré très tôt et qu'il est hyper fort. Quand on gagne continuellement comme ça, il faut rester humble et travailler pour continuer, c'est comme cela qu'il sera champion olympique. Maintenant, pour aller plus loin, il faut ranger cette médaille dans un tiroir et repartir à zéro. Ce que l'on peut craindre pour lui, c'est la blessure ou la lassitude."