Gevrise Emane
Gevrise Emane | AFP - MIGUEL MEDINA

Emane et Pietri sur la route de l'or

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Gévrise Emane (29 ans), championne d'Europe en titre des moins de 63 kg, a été sacrée championne du monde à Paris. Elle a battu en finale au golden score - à la décision des arbitres- la redoutable Japonaise Yoshie Ueno, double championne du monde. La Néerlandaise Anicka Van Emden et la Slovène Urska Zolnir remportent la médaille de bronze.

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La Française Gévrise Emane, frustrée depuis trois ans après un changement de catégorie difficile à digérer, a montré jeudi un immense appétit, allant jusqu'à croquer la double tenante du titre Yoshie Ueno en finale des -63kg des Mondiaux de judo. Rien, pas même l'auréole de "meilleure judokate en activité" décernée dimanche à la Japonaise de 28 ans par la fédération internationale, n'aurait pu complexer la Française, portée par son public, assurée comme elle le disait quelques jours avant le rendez-vous parisien, qu'il était "enfin l'heure". "Cette médaille a le goût de l'effort, du travail, du +je ne lâche rien+ et aussi d'une grosse remise en question", disait-elle en descendant du podium.

"Après Pékin, je n'étais pas bien, je me suis posé des question j'ai pensé a arrêter. Avec mon entraîneur on a décidé de changer de catégorie, de se lancer un nouveau défi avec les Jeux parce que c'est la seule médaille qui me manque aujourd'hui."Avant d'aller chercher une breloque à Londres, Emane a bouclé ses quatre premiers tours sur ippon, montrant chaque fois une faim égale, ne prenant aucune adversaire à la légère histoire de ne pas répéter l'erreur de Pékin et cette triste défaite d'entrée de Jeux. A l'époque, la meilleure ennemie d'Emane, encore dans la catégorie des -70kg avant son changement la saison suivante, s'appelait Masae Ueno, la grande soeur de Yoshie. En demi-finale, Emane était encore favorite lorsqu'elle infligea un yuko à l'ancienne double championne d'Europe néerlandaise Elisabeth Willeboordse.  En revanche, malgré un dernier face à face victorieux en finale du Masters de Bakou, elle avait tout à craindre de son combat contre Ueno, lauréate du titre mondial en 2009 et 2010, invaincue en championnats du monde. 

Sanglots de joie

Le duel a été crispant, serré, indécis longtemps, sous les yeux de Teddy Riner, exceptionnellement sorti de sa retraite de Marcoussis pour soutenir sa coéquipière. Au bout de cinq minutes, aucune concurrente n'avait inscrit le moindre point poussant l'arbitre à prolonger le combat de trois minutes, à la mort subite. Au bout de ce laps de temps, le score était toujours vierge, mais l'avantage était clairement à Emane au vu du nombre et de la qualité des attaques. C'est en tout cas ce qu'ont décidé les trois arbitres unanimes, provoquant les sanglots de la nouvelle championne, plutôt coutumière des explosions de joie.

Loïc Pietri s'est incliné face au Moldave  Sergiu Toma lors du combat pour la médaille de bronze des -81 kg. Pietri, 20 ans, qui participait à ses 2e Mondiaux, a été dominé sur ippon  après 53 secondes de combat. Alain Schmitt (27 ans) a été éliminé en huitièmes de finales. Il a été battu après prolongation sur décision des arbitres par le Brésilien Leandro Guilheiro, vice-champion du monde 2010. Schmitt avait pourtant successivement éliminé l'Italien Francesco Bruyere, le Canadien Guillaume Perrault et le Sénégalais Baye Diawara. Enfin, Clarisse Agbegnenou, la benjamine de l'équipe de France (18 ans), a été battue dès son premier match par la Néerlandaise Anicka van Emden en moins de 63 kg.

Déclarations :

Gévrise Emane (championne du monde -63 kg): "C'est énorme, magnifique, j'y croyais pas ! J'étais trop contente. Ce combat face à Ueno, c'était dur. Je savais qu'il ne fallait pas que je lâche et je n'ai pas lâché. Je ne pouvais plus rien dire ! Je n'avais que les yeux pour pleurer. Gagner à Paris, c'est énorme. Quand j'ai vu le Golden score, je me suis dit: +là va falloir y aller+. Et quand tout le monde scande votre nom, c'est magnifique. (à propos de sa descente de catégorie) Ca a été un challenge parce que je n'avais jamais fait de régime. Il a fallu apprendre à associer les aliments, perdre du poids mais essayer d'arriver en forme le jour de la compétition. Tout ça c'était nouveau pour moi mais j'ai appris. Je suis allée voir une diététicienne-nutritionniste. Ca m'a permis de descendre au poids sans trop faire de yo-yo."