Jimmy Vicaut
L'athlète français Jimmy Vicaut | AFP - JONATHAN NACKSTRAND

Jimmy Vicaut, un nouveau statut à assumer

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Christophe Lemaître dans les choux, le sprint français s’est trouvé ce printemps un nouveau chef de file, Jimmy Vicaut. A 21 ans, l’élève de Guy Ontanon est devenu cette année le 3e français de l’histoire à passer sous la barre mythique des 10 secondes (9’95 aux championnats de France à Charlety). Suffisant pour en faire un prétendant à la médaille dans la ligne droite ? Peut-être surtout que celle-ci s’est nettement dégagée avec les forfaits de nombreux favoris.

Le 13 juillet dernier, Jimmy Vicaut est enfin entré dans la cour des grands. Celle des sprinteurs qui courent le 100m en moins de 10 secondes. Son titre de champion de France et le chrono qui va avec (9sec95 réalisé aussi en demi-finale) ont fini de l’installer au sommet du sprint national. Devant Christophe Lemaître qui donc, ne l’est plus. Dauphin de l’athlète d’Aix-les-Bains durant deux ans (2e aux France en 2011 et 2012, et 2e aux championnats d’Europe à Helsinki en 2012), Jimmy Vicaut a vu la baisse de régime de son partenaire de relais coïncider avec son inéluctable montée en puissance. Car franchir cette barre des 10 secondes n’était qu’une question de temps.

Son entraîneur depuis cinq ans, Guy Ontanon, le déclarait avant les championnats de France : "La pression devient très forte. Les questions des médias portent toujours sur ce point et il en oublie la technique. Alors quand ça sera fait, il pourra se concentrer sur autre chose", assurait-il. Tout simplement parce que Vicaut en avait le potentiel. « (Il) a le profil type du sprinteur pur: comme un boxeur, il est prédateur, orgueilleux, ne lâche rien. Il aime l'idée de chercher à gagner quel que soit l'enjeu, de chercher à se dépasser quelle que soit la limite", précise Ontanon. "Comme tout sprinteur qui se respecte, Jimmy aime être un Don Quichotte de la piste, aime être face à des montagnes, face à des monstres, face à l'idée d'aller affronter des monuments, d'aller prendre des coups sans avoir peur de s'effondrer", décrit ce professeur de sport de 55 ans.

"Graine de champion"

Formateur reconnu (il a entraîné Muriel Christine Arron, Ronald Pognon ou ou encore Martial Mbandjock), Guy Ontanon a sculpté Jimmy Vicaut, tel un diamant brut qui restait à polir. L’histoire entre les deux hommes débutent en 2008 quand l’athlète qui n’a alors que 16 ans débarque dans le bureau du technicien accompagné de ses parents. "Devant moi, je vois un gamin en culotte courte m'annonçant qu'il veut devenir un sprinteur professionnel, je vois un chaton prêt à croquer les félins, avec l'envie de tout casser. Je me retrouve face à de la graine de champion", raconte Ontanon. Une graine qui ne demande qu’à pousser. "Mais il partait de loin parce qu'il ne savait techniquement pas courir. Il n'était pas coordonné. Et il était tellement raide qu'il n'arrivait pas à toucher le sol avec les mains et qu'il arrivait à peine à toucher ses genoux."

Soucieux d’apprendre et de progresser, le sprinteur redouble d’efforts, parfois au détriment de sa santé. "Au début, c'était même un problème parce qu'il n'osait jamais dire qu'il était fatigué. Un athlète qui n'accepte pas la fatigue se met en danger et risque de se blesser", poursuit Guy Ontanon. Et les chronos commencent à diminuer. De 10sec76 à son arrivée chez Ontanon, il réalise 10sec 28 aux championnats du monde juniors en 2010 (médaille de bronze), puis 10sec07 aux championnats d’Europe juniors en 2011 (son premier titre individuel), avant cet après-midi de juillet 2013 où il a définitivement éclos. Passer sous les 10 secondes c’est fait, devenir champion de France c’est fait. Reste désormais à confirmer sur la scène mondiale, là où l’horizon, habituellement bouché sur la ligne droite, s’est dégagé ces dernières semaines.

Peut-il le faire ?

Si Usain Bolt semble seul au monde sur la ligne droite, les forfaits des Jamaïquains Yohan Blake, le champion du monde en titre, d’Asafa Powell et de l’Américain Tyson Gay, vice-champion du monde en 2009 laissent à Jimmy Vicaut une grande chance d’accéder à la finale. "La finale lui tend les bras et tout est possible à ce niveau. Là-bas, les compteurs seront remis à zéro", confie Jean-Pierre Vazel, l’ancien coach de Christine Arron. Les progrès techniques réalisés depuis quelques années encouragent à l’enthousiasme. Son pouvoir d'accélération entre 30 et 80 mètres "bluffe vraiment" Ontanon. "Et mieux, son relâchement des 60 et 70 mètres, des orteils au bout des cheveux est étonnant, jouissif au point que j'en suis ému aux larmes", avoue-t-il.

"Alors, ses bras gagnent en amplitude. Ses genoux sont haut, ses cuisses bien à l'horizontale. Son tronc ne bouge pas. Tout est réuni et gainé, engagé uniquement vers l'avant : bref, un roc qui vole sur la piste à 41km/h, presque au sommet de son art." Son coach le dit, Vicaut peut voir loin en Russie. "S'il accède à la finale, tout peut arriver avec ce garçon. Il est costaud. Et il n'a peur de personne. Il a le potentiel du record de France (9"92, ndlr) dans les jambes". Et celui de réussir à monter sur le podium du 100m aux Mondiaux, là où Lemaitre a toujours échoué. Réponse ce week-end.

 

Vidéo: Vicaut se sent prêt