Hockey-sur-glace : Antoine Roussel, de la NHL au sirop d'érable

Publié le , modifié le

Auteur·e : Laurent Bellet
Le Français Antoine Roussel tout à sa rage
Antoine Roussel, l'un des fers de lance de l'équipe de France | AFP - FRANCK FIFE

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L’ailier français des Canucks de Vancouver n’a jamais eu les deux pieds dans le même patin. Dès l’arrêt de la NHL, cap à l’est avec femme et enfants, de Vancouver au Québec. Un road trip de trois jours et demi pour retrouver le sucre d’or, son érablière.

Antoine Roussel est un type assez direct. Pas le genre à tourner autour du pot pour savoir quel chemin emprunter. Aussi, lorsque la pandémie du Coronavirus a sévèrement mis en échec la NHL au point de suspendre la saison, l’ailier de 29 ans et sa femme, en attente de leur troisième enfant, ont rapidement analysé la situation. Immobilisé en Colombie Britannique, le clan Roussel s’est lancé dans une épopée familiale à travers le Canada pour retrouver le Québec, un road trip de 5500 km, trois jours et demi de route "et plus de 55 heures de conduite, sûr qu’on a vu du pays sourit Antoine. Au départ, j’ai vendu ça à mes enfants en leur disant qu’on allait faire un voyage dans une maison qui roule. On était tous les quatre, on a vécu comme en quarantaine avec très peu de contact.On s’arrêtait dans des aires de repos. On a traversé la Colombie Britannique, l’Alberta, des paysages fantastiques. Je suis content d’avoir fait ça une fois dans ma vie. C’était magnifique." 

Sur toutes les arénas de la ligue nationale, Antoine Roussel n’est pas du genre à faire des détours. C’est un adepte de la ligne droite, prêt à bousculer tout ce qui gène, sans craindre l’intimidation. Dans la NHL, on parle de lui comme d’un agitateur. Un type qui a su faire sa place dans cette ligue rude et inhospitalière pour les cousins français. Souvent en tombant les gants, pour s’établir, se faire respecter, se faire une place. C’est ce bonhomme qui s’est retrouvé au volant du van familial pour quelques moments de grâce : "Un jour, on s’est arrêté pour patiner sur le Lake Louise. J’ai pris mon petit bonhomme de trois ans et demi et on était ensemble pour vivre ce moment rare, unique" se rappelle-t-il. Et voilà toute la famille Roussel, bien fatiguée mais riche de toutes ces images qui arrive au Saguenay, à deux heures de route au nord de la ville de Québec.

Antoine et l’érablière

Le Québec, c’est un peu la deuxième patrie d’Antoine Roussel. A 16 ans, après le déménagement de ses parents dans la belle province, Antoine y a appris - à la dure - la culture du hockey. En France, il avait navigué de Deuil La Barre à Nantes pour s’établir à Rouen parmi les meilleurs français de sa génération. Outre atlantique, le choc a été rude mais formateur. Et Antoine y a fondé sa famille, avec sa femme originaire du Saguenay et imaginé sa vie après la NHL : "J’ai acheté une partie de l’érablière de mon beau père raconte-t-il, et, avec la suspension de la saison, cela ne m’a pas dérangé de me retrousser les manches. J’ai mis les mains dans la graisse. Je m’intéresse à la production. Cette année, on devrait avoir un super sirop. Et puis, comme j’ai déjà bien roulé à travers le Canada, je continue et j’assure là les livraisons autour du lac Saint Jean. C’est un peu comme sur la glace, il faut se battre pour faire sa place et j’aime ça."

Et voilà donc Antoine le baroudeur qui a remplacé New York, Philadelphie, Chicago, Toronto ou Montréal, places fortes de la NHL par des bourgades beaucoup moins connues mais bien plus importante pour le Sucre d’Or, (le nom de l’érablière d’Antoine et de son père associé). Désormais son quotidien flirte avec un exotisme un brin désuet et il faut convaincre à St Edwige, au Lac Bouchette ou à l’Anse St Jean pour vendre le sirop du Sucre d’Or : "J’ai un bon produit donc ça va rigole Antoine. C’est gagné pour personne, l’attitude fait la différence. En fait, je prends conscience qu’il y a des points communs entre l’entrepreneur et le sportif. Il faut un peu de talent mais le plus important, c’est la tête. Il faut avoir la volonté de vaincre, de s’imposer." Ainsi, en cette période de confinement, Antoine Roussel prépare la vie d’après, la plus longue, celle qui succédera à l’aventure de la NHL, qu’il avait enfin réussi à décrocher en 2012 sous le maillots des Stars de Dallas. Aujourd’hui, Antoine Roussel s’est imposé dans cette ligue, exigeante, intransigeante. Avec près de 520 matchs au compteur, il est le hockeyeur français qui a disputé le plus de rencontres professionnelles en Amérique du Nord et il compte bien faire encore un bout de chemin.

La NHL peut être en juillet...

S'il y a un mot qui symbolise Antoine Roussel, c’est sans doute l’engagement. Toute sa vie, il a lutté pour s’imposer. Jamais le plus doué - il n’ a jamais été repêché -, il a réussi toujours un peu plus que ce que l’on attendait. A l’image de ce 1er février 2013, lorsque pour ses débuts dans la NHL, il marque - du revers - dès son premier lancé, comme Mario "Le magnifique" Lemieux. "La comparaison s’arrête là "coupe, prudent Antoine Roussel. N’empêche que le natif de Roubaix s’est établi comme un bon joueur de la NHL. Un gars que l’on aime avoir dans le vestiaire. C’était sans aucun doute le sentiment du manager général des Canucks de Vancouver lorsqu'il a recruté Antoine - quatre ans de contrat pour 13 millions de dollars - en 2018. Après une première année satisfaisante - 31 points en 65 matchs -, Antoine a dû mette les pouces. Une charge à New York, neuf mois d’arrêt et un genou à reconstruire... Et - là encore - le mental d’Antoine s’impose avec deux buts pour son retour contre les Sabres de Buffalo en décembre dernier : "J’ai marqué sur ma première présence et ça m’a enlevé une tonne de briques sur la tête se souvient Antoine. J’ai bien produit pour le premier mois puis j’ai eu un passage plus difficile. Je reprenais du poil de la bête au moment ou la saison s’est arrêtée. Dommage car avec les Canucks, on a un très bon alignement. Je ne dis pas que l’on aurait gagné la Coupe Stanley mais honnêtement, on a nos chances." 

Le présent est de rigueur car Antoine - au delà du Sucre d’Or - a vraiment l’ambition de revenir sur la glace, le plus tôt possible et dans le respect des règles sanitaires : "J’ai bon espoir que la saison pourra reprendre au 1er juillet. Ce serait du hockey d’été. J’ai vraiment le goût de rejouer en série avec les Canucks. Jouer l’été permettrait à la NHL de ne pas se retrouver en concurrence avec la NFL" précise le français. En attendant, Antoine s’entretient, tranquillement, en marge de ses livraisons pour le Sucre d’Or. Et il a accueilli avec gourmandise le report du tournoi de qualification Olympique pour Pékin au mois d’août 2021 : "C’est une très, très bonne décision. Pour moi, les JO, c’est un rêve d’enfant. Je suis bien conscient que j’ai moins de hockey devant que je n’en ai derrière affirme-t il. Si je peux aider pour la qualification, je serai là. Si l’on se qualifie et que je ne peux pas disputer les JO, un autre français aura la fierté de représenter le pays aux JO. Dans les deux cas, j’aurai le sentiment du devoir accompli." A ce jour, la NHL n’a pas encore décidé si elle participerait au JO de 2022. D’ici là, Antoine a encore quelques cartons de sirop d’érable à livrer, des play-off à jouer plus qu’à regarder pour, au bout du voyage, tenter de décrocher le graal de tous joueurs de hockey, la Coupe Stanley... Les voyages, Antoine Roussel connait bien et comme il a pris l’habitude de faire un peu plus que ce que l’on attend de lui, tout est possible !!!

Laurent Bellet

Hockey