Alexandre Texier, un été sur la glace

Publié le , modifié le

Auteur·e : Laurent Bellet
Alexandre Texier
Alexandre Texier en action pour les Blue Jackets de Colombus | AFP

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A 20 ans, et après 5 mois d’arrêt sur blessure, Alexandre Texier envisage son été, loin des plages. Des play-off inédits à 24 équipes, un premier tour contre Toronto, l’attaquant français des Blue Jackets de Colombus est prêt pour un été qu’il envisage bien glacé.

La voix est franche, directe, sans hésitation. Depuis sa ville natale de Grenoble qu’il a retrouvée il y a quelques semaines, Alexandre Texier s’avoue totalement rétabli après une fracture de fatigue des lombaires. Le 31 décembre dernier, Alexandre Texier est en piste devant les 20 000 spectateurs du Nationwide Arena, l’antre des Blue Jackets de Colombus. Ce soir là, la victoire a un goût amer. Depuis quelques semaines, Alexandre a supporté les douleurs au bas du dos mais le temps a fait ses effets : "Cela devenait compliqué pour moi, se souvient Alexandre. J’essayais de bien me préparer mais j’avais vraiment de fortes douleurs dans les lombaires et à la fin, je ne pouvais plus patiner".

Drôle de réveillon pour Alexandre et une gueule de bois qui va durer. Depuis cette date, Alexandre est resté sur le bord de la glace, pour assister, impuissant, aux rencontres des Blue Jackets. Un premier accroc dans une carrière amorcée comme une fusée par l’ancien porte-couleurs des Brûleurs de Loups de Grenoble. Car Texier va vite, très vite. Avec les Brûleurs, il fête son 18 ème anniversaire avec un coup du chapeau (3 buts) sur la vétuste patinoire de Dijon. Une année pour voir avec les Brûleurs avant le saut dans le réputé championnat finlandais sous les couleurs de Kalpa. Et, là encore, Alexandre accélère. 24 points en 59 parties la première année, 41 points la deuxième, les chiffres alertent la maison mère. Colombus rapatrie celui qui a été son 1er choix lors du repêchage de 2018 (2ème choix des Blue Jackets mais l’équipe de l’Ohio n’avait pas de 1er choix cette année là...).

Un passage par Cleveland pour s’adapter (rapidement) au format des glaces, puis Alexandre est propulsé dans la NHL, à 19 ans : "C'est vrai que c’est allé vite. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir. Les petites patinoires (56 m par 26 mètres de largeur en NHL, 60 par 30 en Europe ), le jeu plus physique, cela n’a rien changé pour moi explique Alexandre. J’essayais simplement de prendre ma chance dans la meilleure ligue du monde. Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours rêvé de la NHL alors je me suis dit "joue ton hockey". En fait, c’est dans la tête, je ne me suis pas mis de pression, j’ai écouté et j’ai simplement essayé de m’amuser sur la glace".
La méthode a fait ses preuves. Les Blue Jackets ont passé un tour dans les séries avant de flancher contre les Bruins de Boston mais Alexandre a marqué des buts et... les esprits.

Le rêve de la Coupe Stanley

Aussi, lorsqu’il débarque au camp d’entrainement des Blue Jackets en septembre dernier, Alexandre n’est plus tout à fait un débutant. La formation accélérée dont il a bénéficié a ouvert des portes, changé les mentalités : "C’est vrai que l’intégration lors du camp a été plus facile. Je connaissais les gars et j’ai senti plus de confiance envers moi. Tous les sportifs ont besoin de ce ressenti pour pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes. Je faisais partie de l’équipe" reconnait Alexandre.

A 20 ans (il en aura 21 au mois de septembre), Alexandre découvre la vie d’un hockeyeur professionnel de la NHL. Il y a indiscutablement de très bons côtés (un salaire en début de carrière de 2,5 millions de $ pour 3 saisons) mais aussi l’envers de la médaille. Un match tous les 2 jours, des luttes âpres sur la glace lors de chaque rencontre dont il tire quelques enseignements pour son développement : "J’ai rapidement pris conscience que ce qui fait la différence, c’est la régularité, la constance. Il y a 82 matchs de saison régulière et l’idée, c’est vraiment d’être présent, en action lors de chaque match, chaque présence sur la glace" explique, lucide, le jeune grenoblois.

Avec 36 parties disputées cette saison (6 buts et 7 mentions d’assistance pour une fiche de + 3 ), Alexandre a fait le job. Certes, la mission a été écourtée mais les effluves de la ligue lui ont donné le goût et l’ambition pour la suite : "Maintenant que j’y suis, j’ai un rêve : gagner la Coupe Stanley. C’est la seule, la vraie. C’est sûr que ça paraît gros mais j’ai toujours fonctionné comme cela. Je voulais jouer pour les Brûleurs, partir à l’étranger, jouer dans la NHL. J’ai atteint ces objectifs. Alors, bien entendu, la compétition est féroce dans la NHL. Il faut y rester mais je veux faire ma carrière, accrocher une place dans le Top 6 d’une équipe ( les 2 premières lignes plus offensives )" affirme Alexandre. Désormais totalement rétabli, Alexandre a retouché la glace à Colombus avant de poursuivre et terminer sa rééducation à Grenoble.

Toronto au premier tour des séries

Gary Bettman, la patron de la NHL, l’a confirmé cette semaine. La NHL va relancer sa saison et il y aura des séries à 24 équipes ( au lieu de 16 ) cet été, sans spectateurs, dans 2 villes ( une pour chaque conférence ). En fait, les 4 meilleures formations de chaque conférence disputeront un mini championnat (3 matchs) pour déterminer un classement tandis que les 16 autres chercheront à se qualifier dans un affrontement en 3 de 5 (3 victoires nécessaires pour accéder à la ronde suivante impliquant toutes les équipes). Dans la NHL, les séries, c’est un autre hockey, plus rapide, plus physique, plus intense : "J’adore ces matchs couperets, c’est vraiment le meilleur moment de la saison" rappelle Alexandre. "Tu gagnes, tu passes, sinon tu rentres à la maison. Il n’y a plus de calcul pour savoir qui est le meilleur sur le papier. C'est à la loyale, sur la glace. J’ai vraiment hâte".

Et pour le premier tour de ces séries estivales, les Blue Jackets - 9ème de la saison régulière dans l’est - vont se retrouver face à l’une des franchises majeures de la NHL : les Maple Leafs de Toronto, l’une des 6 formations originelles de la NHL (New York Rangers, Detroit, Chicago, Boston, Montreal et Toronto). Toronto, ville totalement éprise de hockey, qui n’a plus remporté la Coupe Stanley depuis 1967 : "Ce sont de vraies places de hockey et on ressent vraiment l’histoire, le passé, la passion de ces équipes lorsqu’on les rencontre. J’aime cette atmosphère" savoure déjà Alexandre.


L’atmosphère, la passion inhérente aux séries sera différente cette saison. Pour la sécurité sanitaire de tous, les dirigeants de la NHL ont choisi d’organiser toutes les séries, à huis clos, dans 2 villes qui seront dévoilées ultérieurement. A Grenoble, Alexandre Texier poursuit sa préparation en vues de ces séries qui s’annoncent aussi acharnées que silencieuses : "Cela manque, 5 mois sans compétition, c’est long mais physiquement, je suis bien, j’ai de l’énergie. Une blessure, ça arrive à tout le monde, l’essentiel, c’est de revenir encore plus fort" lâche le jeune grenoblois.

Désormais, il compte les jours. Il attend les consignes des Blue Jackets avant de reprendre le chemin du camp d’entrainement avant le début des séries. A 20 ans, il ne rêve pas de plages ensoleillées mais plutôt de coupe glacée. Ou plutôt d’une en particulier, la Coupe Stanley, un trophée exclusivement réservé à une certaine élite. Dont Alexandre Texier, 20 ans fait déjà partie, et pour longtemps sans doute.

Laurent Bellet

Hockey