Simon Martin Brisac
Simon Martin Brisac lors d'un match face à la Malaisie | DR

Portrait : Simon Martin-Brisac, le hockey sur gazon en héritage

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Le hockey sur gazon est souvent une histoire de famille. Elle s’écrit sur trois générations pour Simon Martin-Brisac : petit-fils, fils et frère d’hockeyeurs internationaux. En mars, il disputera avec l’équipe de France la World League à Dublin. Un tournoi qualificatif pour la Coupe du Monde 2018. L’équipe de France ne s’est pas qualifiée depuis 1990.

« Je ne pourrais pas imaginer ma vie sans le hockey. C’est impossible, j’aurais renié ma famille et mes origines. » Simon Martin-Brisac, 24 ans, est né avec une crosse de hockey dans les mains. Son père et son grand père ont joué en équipe de France, son frère aussi, quelques années avant lui. « Petit, avec mon grand frère Nicolas, on courait autour du terrain quand notre père jouait », se rappelle-t-il. Mais ne lui parlez pas d’auto-programmation : il joue « par passion ».

Simon Martin-Brisac dégage une certaine confiance en lui. Peut-être est-ce son physique, celui d’un sportif de haut niveau, athlétique et assez imposant malgré son mètre soixante-quinze. Il n’y pas d’arrogance dans son attitude, juste l’impression d’être légitime. Ses bouclettes brunes, rebelles sur sa tête, lui donnent un air jovial. Il a les dents du bonheur et presque toujours le sourire. Son apparence est soignée, petit pull bleu ciel sous une veste d’hiver noire. Il discute du hockey très volontiers, mais a plus de mal quand il s’agit de parler de lui.

Simon Martin-Brisac ne fait pas du hockey sur gazon pour la gloire. En France, ce sport est pratiqué presque dans l’anonymat et jamais il ne lui a fait gagner de l’argent. Aucun salaire, aucune prime en cas de victoire. Même les résumés des rencontres qu’il rédige chaque semaine pour L’Equipe.fr sont faits bénévolement. Le hockey sur gazon ne compte que 15 000 licenciés dans l’hexagone. L’équipe de France, 17ème nation mondiale, peine à s’imposer dans les compétitions internationales. L’Australie, les Pays-Bas et l’Allemagne se partagent les premières places.

Attaquant au Racing Club de France, son club depuis ses débuts, Simon Martin-Brisac compte aussi 75 sélections en équipe nationale. « Il avait obligation de réussir par tradition familiale, explique Jessica Martin-Brisac, l’ainée de la fratrie de trois. C’était inéluctable, il se devait d’être bon. Dans la famille, le hockey se transmet de père en fils, ce n’est pas que du sport, il y a un enjeu affectif derrière. » Elle, comme sa mère Nathalie, institutrice quand Simon a grandi, n’a pas pratiqué le hockey.  Simon Martin-Brisac décroche sa première licence à sept ans, dispute son premier match en équipe senior à quinze. « C’est un joueur extrêmement technique, capable de faire des choses incroyables, décrit Gaël Foulard, son ancien entraîneur en club et aujourd’hui sélectionneur de l’équipe de France. En cinq ans, je ne me rappelle pas un entrainement qu’il ait manqué, sauf en cas de pépin physique. C’est un vrai compétiteur, il donnera toujours tout.»

« Il existe deux Simon »

Calme dans la vie, il se transforme sur un terrain. « Je peux être une ordure. Je déteste perdre, il m’arrive d’être énervé jusqu’à certains extrêmes, contre les arbitres ou même mes coéquipiers », avoue-t-il. « Il est très impulsif et peut par moments être dans l’excès. Surtout, il est très sensible aux injustices », explique Gaël Foulard. Un fort caractère qui lui vient de son père : ancien capitaine et numéro 10 de l’équipe de France, Thierry Martin a mis fin à sa carrière après avoir donné un coup de poing à un arbitre.

Simon se décrit sensible, pudique. Marqué par le divorce de ses parents alors qu’il n’a que huit ans. Puis, plusieurs années plus tard, par la séparation entre sa mère et son nouveau compagnon, dont il était très proche. « A ce moment-là, il y a eu une métamorphose physique chez Simon, se remémore sa sœur Jessica. Lui qui était tout petit, tout joufflu, est devenu d’un coup fort et musclé. Son corps s’est cuirassé, il s’est blindé contre les émotions négatives car il avait trop encaissé. » Malgré le divorce, les Martin-Brisac ont continué à se voir, parents et enfants, régulièrement. Surtout les dimanches, jours sacrés des matchs de hockey. Simon et Nicolas, les deux frères, sont sur le terrain pour le Racing Club de France. Thierry, le père, est le manager de l’équipe. Nathalie et Jessica, la mère et la fille, sont présentes pour encourager.

Simon Martin-Brisac après son titre de champion de France en 2015 avec le Racing aux côtés de son père Thierry Martin, son grand père Gérard et son frère Nicolas. Tous ont été champions de France.
Simon Martin-Brisac après son titre de champion de France en 2015 avec le Racing aux côtés de son père Thierry Martin, son grand père Gérard et son frère Nicolas. Tous ont été champions de France.

Simon Martin-Brisac habite toujours chez sa mère sur l’Île Saint-Louis et passe le week-end à Boulogne-Billancourt chez son père. Il termine des études de journalisme à Sportcom, une école pour sportifs de haut niveau. « C’est un garçon brillant, pertinent, l’un des meilleurs de sa promotion, décrit Pierre Ballester, journaliste et intervenant à Sportcom. Comme tout sportif, il a la haine de la défaite et de l’échec.» Plus tard, il se voit travailler à la télévision. Dans le sport pour commencer, mais pourrait bien changer après quelques années.

Dans son cœur, l’histoire sportive de sa famille prend toute la place. Son meilleur souvenir : son premier titre de champion de France. En 2015, il est sacré avec son frère, comme leur père et leur grand-père l’ont été dans le temps. « A ce moment-là, ce sont des décennies d’histoire qui se concrétisent. Quand on a gagné, un sentiment de délivrance et en même temps d’accomplissement m’ont parcouru », déclare-t-il avec émotion. « Le hockey est une manière de se dire qu’ils s’aiment entre père et fils, résume sa sœur Jessica, faute de pouvoir se le dire en vrai. »

Manon David

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