PORTRAIT. Objectif Rio 2022 pour Sylvain Morvan et l'équipe de France de football sourd

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Sylvain Morvan
Sylvain Morvan, le sélectionneur de l'équipe de France de football sourd. | Sylvain Morvan

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Ancien joueur des Bleus, Sylvain Morvan a pris les rênes de l’équipe de France de football sourd l’été dernier. Depuis, celui qui a été champion d’Europe en 2007, tout en réussissant à jouer avec les valides, est chargé de rebâtir le groupe France dans un contexte sanitaire délicat. En cette journée internationale de l’audition, rencontre avec un homme pour qui le football est bien plus qu’un sport et qui, comme tout footballeur, rêve de Brésil.

Depuis sa naissance, Sylvain Morvan est déficient auditif : sans ses appareils, il n’entend pas. Avec, il peut communiquer tout à fait normalement, ce qui est utile dans son métier d’éducateur spécialisé, notamment dans le sport. Mais en dehors de son travail, Sylvain est un des hommes les plus importants du sport sourd en France puisqu’il est sélectionneur des Bleus depuis cet été. Et lorsque l’on sait que le football est le sport le plus pratiqué par les sourds et malentendants de l’Hexagone, cela pose le personnage. Mais pas de quoi faire prendre la grosse tête à Sylvain Morvan, qui reste un sélectionneur comme les autres, avec des problèmes de sélectionneur : "Avec la Covid, c’est difficile d’organiser les rassemblements, et puis les joueurs sont à l’arrêt. En temps normal, ce sont plus les les clubs qui nous embêtent parfois en ne libérant pas leurs joueurs sourds pour venir en équipe de France, on doit négocier", témoigne-t-il.

Plus de 100 sélections

Déjà nommé sélectionneur en 2017, Sylvain Morvan est revenu aux affaires cet été, après que la fédération handisport ait fait un grand ménage dans les rangs du football sourd. "C’était un grand joueur déjà. Je l’avais moi même sélectionné à l’époque. Il a passé ses diplômes d’entraîneur, a eu cette reconnaissance, en plus des médailles. On est très fier de lui, c’est l’homme de situation, il parle bien, il signe correctement", apprécie Didier Pressard, de la fédération, assez fier de voir un entraîneur sourd diplômé : "Il y en a de plus en plus, ça évolue. Avant ces profils n’existaient pas. A mon époque, j’étais entraîneur sans diplôme, un peu comme ça", sourit le cadre de la FFH.

La mission du champion d’Europe 2007, qui compte plus de 100 sélections avec les Bleus, c’est de reconstruire le groupe France. Pour cela, il repart de zéro et ratisse dans tout le pays : "On a fait un premier rassemblement en octobre, avec première phase de détection de joueurs : j’en ai vu 34 à cette occasion. Ça s’est bien passé. Le prochain rassemblement sera début mars, j’en verrai 34 autres. On ne peut plus attendre, il faut avancer", explique le sélectionneur. Fin du processus : un match entre les deux équipes le 25 avril. Puis viendra le moment du premier véritable rassemblement du nouveau groupe France, début mai, avec un stage de plusieurs jours.

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Choisi pour mener cette reconstruction, Sylvain Morvan ne boude pas son plaisir, malgré le contexte délicat. "La crise sanitaire complique tout. Pour choisir les joueurs, j’ai pris des infos à droite à gauche, auprès d’anciens entraîneurs, d’anciens coéquipiers, j’en connais d’autres même si je suis retraité". Cela fait effectivement dix ans que le sélectionneur n’a plus porté le maillot bleu, avec lequel il a brillé entre 1996 et 2011 : champion d’Europe 2007, médaille d’argent aux Deaflympics de 1997, et plusieurs podiums européens. Mais la singularité du parcours de Sylvain Morvan, c’est qu’il a aussi atteint un bon niveau dans des clubs de football valides : "C’était une belle expérience. Je suis quelqu’un de passionné, je voulais découvrir le plus haut niveau possible", confie-t-il. Résultat : sa carrière jonchée de nombreux clubs l’a conduit jusqu’en DH, soit la sixième division. 

Une performance notable, que Sylvian Morvan doit à sa force mentale : "Pour réussir à performer en tant que malentendant, il faut travailler beaucoup plus que les valides pour montrer que tu peux jouer avec eux, montrer que tu mérites ta place. Il faut s’accrocher. Même les sourds sont capables de jouer à un bon niveau, c’est une question de mental". Et tout cela sans ses appareils auditifs : " Je ne peux pas les mettre sur un terrain, parce que la transpiration pourrait les abîmer, et après ils seraient inutilisables pendant plusieurs jours. Par précaution, je préfère ne pas avoir mon appareil sur le terrain, donc je joue sans, et je n'entends rien". Ce qui gêne parfois la communication, "notamment pour jouer le hors jeu", reconnaît-il, avant d’ajouter : "Pour compenser sur le terrain, un joueur sourd prend beaucoup d’informations, il faut avoir une bonne vision. On doit tout faire avec les yeux, interpréter les signes des coéquipiers, leurs regards. On se base sur leurs gestes, comme un coach".

Des U9 à l'équipe de France

Logique donc de voir l’ancien joueur enfiler le costume d’entraîneur, que ce soit sur le banc de l’équipe de France ou avec ses jeunes U9 de l’Escale Foot d’Orléans : "J’aime autant m’occuper des gamins que des Bleus", assure Sylvain. Pourtant, son rôle principal, c’est bien l’équipe de France, et il sait mieux que personne l’importance qu’elle peut avoir, au-delà du sport : "J’ai porté ce maillot pendant 15 ans, je connais bien le milieu. Quand j’ai commencé à 22 ans, je ne parlais pas la langue des signes, j’étais malentendant donc je faisais un mélange entre paroles et mimes. C’est en Bleus que j’ai appris la langue des signes, avec les joueurs puis avec des amis". Fondamentale dans le quotidien des sourds et malentendants, la langue des signes l’est aussi sur un terrain de football sourd.

A droite, l'équipe de France avant d'affronter l'Allemagne aux Deaflympics de 2017.
A droite, l'équipe de France avant d'affronter l'Allemagne aux Deaflympics de 2017. © METIN AKTAS / ANADOLU AGENCY VIA AFP

"Sur le terrain il n’y a pas de bruit, pas de communication. On crie des fois. On fait beaucoup de mimes, de signes parce qu’on n’a pas le droit de porter des appareils auditifs dans une match de football sourd, c’est interdit. Sinon c’est match perdu. C’est pour que tout le monde soit à égalité", explique le sélectionneur, qui rappelle un critère important : "Pour jouer en équipe de France, il faut avoir un 55% de surdité minimum. On soupçonne certaines autres sélections d’avoir des joueurs valides des fois… " Pour le reste : tout est identique à un match de football classique, avec deux mi-temps de 90 minutes. Seul détail : l’arbitre central signale les fautes par un drapeau, et non par un coup de sifflet. 

Autre différence, en football sourd, la France n’est pas championne du monde. Et avant de parler de ce titre et de redevenir une nation forte de la discipline, Sylvain Morvan et ses hommes ont du travail. Le sélectionneur préfère d’ailleurs se concentrer sur les prochaines échéances, notamment les Deaflympics de mai 2022 qui se déroulent au pays du football : à Rio de Janeiro, au Brésil. Pour cela, les Bleus devront battre la République tchèque en juin puis la Turquie en septembre. "On veut aller à Rio en mai 2022, ce serait magnifique", se projette Sylvain Morvan, qui s’appuie sur un vivier de qualité : "Le foot nous demande beaucoup de concentration et de discipline, on va un peu moins vite que les valides. Mais le football sourd a beaucoup de joueurs de bon niveau, on a quelques joueurs qui jouent en N3. On a même un gardien qui a joué en N1 à Laval". Et bientôt à Rio ?

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