Nodjialem Myaro
La présidente de la Ligue Féminine de Handball, Nodjialem Myaro. | DR

Tests de grossesse illégaux - Nodjialem Myaro (Présidente de la LFH) : "On est face à des versions contradictoires"

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Un jour après le communiqué de l'Association des Joueurs Professionnels de Handball (AJPH) dénonçant des "pratiques inacceptables" au sein du club de Nantes Atlantique Handball, Nodjialem Myaro, la présidente de la Ligue Féminine de Handball, nous a donné un entretien exclusif. Elle réagit à l'affaire des tests de grossesse illégaux et dénonce "des informations contradictoires".

Quelle est votre première réaction par rapport à cette affaire ?
Nodjialem Myaro
: "Ecoutez, c’est désagréable de découvrir ce genre d’affaire, de situation. C’est très désagréable !"

Vous avez pu prendre connaissance des différentes versions entre le président et certaines joueuses ?
N.M.
: "J’ai deux versions différentes du côté des joueuses. Et du côté du club qui a une position, une vision différente des choses. Effectivement, il y a eu des tests qui ont été faits, en informant les joueuses en début de saison (été 2019), sans un consentement écrit, sans avoir une verbalisation de ces tests. Pour l’instant, c’est vrai que c’est encore très frais. J’ai envie que toutes les parties prenantes puissent s’exprimer librement. On a quand même une commission médicale au sein de la fédération. Quand on va avancer sur ce dossier, on va avoir un peu plus d’éléments pour comprendre ce genre de pratiques et le ressenti des ou de la joueuse(s)."

Normalement, il faut qu’il y ait une prescription écrite, pas seulement oral ?
N.M. :
"Apparemment, il y a un consentement écrit qui aurait dû être fait. Et puis après, le médecin du club est aussi soumis au secret professionnel. Donc après, si le test est avéré positif, il n’a pas à le communiquer au club sans l’aval de la joueuse bien sûr."

"Réaffirmer le cadre et remettre de la vigilance auprès de tous les clubs"

Avez-vous été en contact avec le président de Nantes Atlantique Handball Arnaud Ponroy ?
N.M.
: "Oui. Lui aussi a découvert la mise en place de ces tests de manière systématique, il l'a aussi découvert à travers le communiqué de presse de l’AJPH. Il est parti se renseigner auprès de son médecin qui a donné sa version avec ce souci de prendre en charge les joueuses de la meilleure des manières, en faisant passer ces tests pour savoir également les prises médicamenteuses qu’il pourrait y avoir. Car on sait très bien que certains médicaments sont contre-indiqués pendant la grossesse. Maintenant, ce qui va être le plus important pour moi, c’est de savoir concrètement par rapport à la réalité du terrain comment cette information a été portée aux joueuses. Comment elles l’ont vécu. Il y a une prise de parole des joueuses qui s’est faite apparemment avec l’aval de toutes. Une pratique qui apparemment a été bien vécue. Il y a un côté bien sûr subjectif. Je reste très prudente dans cette situation. Car je trouve que ça peut toucher à des valeurs éthiques très fortes. Et à des comportements qui peuvent être déviants."

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Quand vous dites savoir que “cette information a été portée aux joueuses”, vous parlez des tests de grossesse pour savoir s’il y a une prescription écrite ? 
N.M.
: "Apparemment, il y avait une ordonnance écrite. Après, on est face à des versions contradictoires. La seule chose que je peux vous dire clairement aujourd’hui,  ce qui va être important pour moi, c’est le respect de la joueuse. On a un règlement intérieur au niveau de la ligue qui ne prescrit pas du tout ces prises de sang pour pouvoir contrôler la grossesse d’une joueuse. Après, les joueuses ont la liberté d’avoir le suivi médical qu’elles souhaitent. Nous, au niveau de la LFH, il n’est pas du tout écrit dans notre règlement que les joueuses doivent passer des tests avec le bêta-HCG. Ce serait complètement irresponsable de faire ça. Et on n’a pas le droit tout simplement."

Qu’avez-vous prévu de faire ? Quelles sont les démarches à suivre ?
N.M. : "De manière très clair, c’est réaffirmer le cadre. Parce qu'apparemment, il n’était pas si clair que ça. Réaffirmer le cadre et remettre de la vigilance auprès de tous les clubs. Car il y a des clubs qui sont très au clair avec ça et apparemment d’autres peuvent l’être un peu moins. Redéfinir le cadre légal et être très vigilante, et surtout être dans l’attente de l’éclaircissement de la situation."

"On va réagir et on va être le plus juste possible par rapport à cette situation"

Est-ce que vous avez eu des joueuses au téléphone ?
N.M.
: "Non, je n’ai pas eu de joueuse au téléphone."

Quelles sont les sanctions envisageables ?
N.M.
: "L’annonce de cette situation a été faite hier soir. Donc on est pris de court. Le club, nous aussi, devons donner des informations. Je répète : on est en train de parler d’un club et pas de pratiques qui ont été généralisées au sein de la ligue. Je ne souhaite pas que les autres clubs soient entachés par les pratiques d’un seul club. J’ai eu les informations au fur et à mesure. On est au tout début de cette situation. J’ai fait appel à la fédération et la LFH a fait appel à la commission médicale pour pouvoir avancer sur ce dossier et avoir un peu plus d’informations. On va réagir et on va être le plus juste possible par rapport à cette situation. Bien sûr, s’il y a des comportements qui sont avérés comme irrespectueux du code du travail et du respect de la femme, ce sera sanctionné et dénoncéOn est dans un cadre où il y a des informations contradictoires donc on va pousser plus loin parce que je ne veux pas laisser la moindre porte où il y a possibilité d’agissements illégaux, contraires au respect de la joueuse. Tout simplement."