Paris illicites: L'affaire Cesson-Montpellier renvoyée en correctionnelle

Paris illicites: L'affaire Cesson-Montpellier renvoyée en correctionnelle

Publié le , modifié le

Le premier procès de paris sportifs en France aura bien lieu à Montpellier, probablement en juin prochain, selon les informations de Francetvsport. Il concernera l'affaire des paris illicites autour du match de handball entre Cesson et Montpellier du 12 mai 2012. Après trois ans d'instruction et de recours, les juges ont suivi en grande partie les réquisitions du parquet et choisi de renvoyer l'affaire devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Les avocats parties-prenantes dans l'affaire ont reçu aujourd'hui l'ordonnance de renvoi. Nikola Karabatic et les 15 autres mis en examen dans cette affaire comparaitront pour "escroquerie ou complicité d'escroquerie" dans l'Hérault.

Deux mois après les réquisitions du parquet, les juges d'instruction ont décidé de renvoyer l'affaire des paris illicites en correctionnelle. Au total, 16 personnes, parmi lesquelles 8 joueurs du Montpellier Agglomération Handball (MAH) de l'époque (Luka et Nikola Karabatic, Samuel Honrubia, Mladen Bojinovic, Primoz Prost, Mickaël Robin, Dragan Gajic, Issem Tej) doivent répondre des chefs d'inculpation d'"escroquerie" ou de "complicité d'escroquerie" au préjudice de La Française des Jeux pour une somme avoisinant les 300 000 euros.

Dans leur ordonnance de renvoi, les juges ont suivi en grande partie les réquisitions du parquet, selon Thierry Vildary, journaliste à Francetvsport. Seule Jennifer Priez, compagne de Luka Karabatic, a vu son chef d'inculpation modifié en complicité d'escroquerie. Les juges d'instruction ont par ailleurs défini pour chaque mis en examen le montant du préjudice subi par la Française des Jeux. Il va de 4350 euros pour Nikola Karabatic à 87 000 euros pour Samuel Honrubia. Luka Karabatic, le frère de Nikola, se voit reprocher un préjudice de 24 360 euros. Quant à Nicolas Gillet, présenté comme un des concepteurs de ces paris, le montant du préjudice reproché est fixé à la somme de 112 500 euros.

Des peines pouvant atteindre 5 ans de prison et 500 000 euros d'amendes​

Le procès devrait se tenir à la mi-juin, durant une semaine et demi. Et comme durant toute l'instruction, la bataille s'annonce rude entre les avocats de la défense, l'accusation et les parties civiles, notamment le club de Montpellier. Ce dernier va peser de tout son poids et s'apprêterait, selon nos informations, à faire reconnaître un préjudice d'au moins 800 000 euros suite à cette affaire en perte de sponsors, de résultats sportifs, de ruptures de contrats... Du côté de la défense, on va tenter de démontrer, comme tout au long de l'instruction, qu'il s'agit d'une entorse au réglement sportif et pas d'un délit pénal, surtout que certains joueurs n'ont toujours pas reconnu avoir parié. Notons que le délit d'escroquerie est jugé de manière particulière en France. Il n'est pas nécessaire de démontrer que le match a été truqué pour être condamné. Les prévenus risqueraient alors jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et jusqu'à 500 000 euros d'amende.

Il s'agira donc du premier procès de ce type en France. Alors que la rumeur d'un retour de Nikola Karabatic dans le championnat de France, au PSG la saison prochaine, court, le meilleur joueur du monde 2014 va jouer une partie de sa réputation devant le tribunal de Montpellier.

Le rappel des faits

Le 12 mai 2012, le match entre Cesson et Montpellier fait l'objet de paris de la part de certains joueurs. Un montant anormal de paris conduit les enquêteurs du service Courses et Jeux à s'intéresser à ce match de championnat. Près de 100 000 euros sont joués sur ce match. Interpellations, auditions, information judiciaire, mises en examens, recours, deux expertises, les épisodes ont été nombreux depuis la fin septembre 2012, date à laquelle les enquêteurs ont procédé à l'interpellation notamment de Nikola Karabatic, à la sortie d'un match avec son club de Montpellier. Star mondial du handball, il était forcément plus regardé que les autres, ce qui l'avait contraint à clamer publiquement son innocence. Il y avait plusieurs autres joueurs impliqués dans cette affaire, dont le frère de Nikola, Luka, désormais pierre angulaire de la défense de l'équipe de France, sacrée au Qatar en début d'année. Samuel Honrubia (PSG), Mladen Bojinovic (PSG), Primoz Prost (Göppingen), Mickaël Robin (Cesson), Dragan Gajic et Issem Tej (Montpellier), qui évoluaient tous dans le club héraultais à l'époque, étaient concernés par ces paris.

Les principales ​dates de l'affaire

2012

   
    - 12 mai: Montpellier, champion de France, se déplace à Cesson-Sévigné qui  risque la rétrogradation. Montpellier perd (31-28).
    La Française des Jeux (FDJ) alerte le Service central des courses et jeux  (SCCJ) du ministère de l'Intérieur. Elle a enregistré en quelques heures  quelque 80.000 euros de mises sur le résultat à la mi-temps de la rencontre,  des paris anormaux en raison de leur timing (aussi près du match), de leur  montant et du type de paris.
    - 1er août: Un juge d'instruction de Montpellier ouvre une information  judiciaire pour "corruption active et passive, escroquerie et recel  d'escroquerie" aux dépens de la Française des Jeux.
    - 25 sept: L'ouverture d'une information judiciaire sur le match est  révélée par des médias.
    - 30 sept: Dix-sept personnes sont placées en garde à vue, dont Nikola  Karabatic, son frère Luka, leurs compagnes, sept autres joueurs dont deux  anciens de Montpellier transférés au PSG (Samuel Honrubia et Mladen Bojinovic)  et des distributeurs de produits de la FDJ.
    - 1er oct: Les joueurs reconnaissent avoir parié sur le match mais non  l'avoir truqué, selon leur avocat.
    - 2 oct: Treize personnes, dont Nikola Karabatic et six autres joueurs,  sont mises en examen pour escroquerie. Le contrôle judiciaire de Nikola  Karabatic le met "au chômage".
    - 3 oct: Montpellier Agglomération Handball (MAHB), Cesson Rennes-Métropole  Handball (CRMHB) et la Ligue nationale de handball se constituent partie civile.
    - 16 oct: Les contrats des cinq joueurs de Montpellier soupçonnés sont  suspendus.
    Nikola Karabatic déclare que sa compagne a "fait un pari de 1.500 euros"  sur le score à la mi-temps du match du 12 mai, tandis que son frère Luka a  parié "aux alentours de 7.000 euros".
    - 25 oct: La cour d'appel lève le contrôle judiciaire des joueurs.
    - 30 oct: Nikola Karabatic est réintégré dans l'effectif de Montpellier et  appelé en équipe de France.
   
 2013
   
    - 23 jan: L'enquête révèle qu'une application de la FDJ a été téléchargée  la veille de la rencontre sur le téléphone de Nikola Karabatic.
    - 30 jan: Luka Karabatic quitte Montpellier pour Aix-en-Provence.
    - 5 fév: La Ligue nationale de handball inflige une suspension de six  matches aux joueurs impliqués. La sanction est annulée en appel le 29 mars pour  Nikola Karabatic, Dragan Gajic et Issam Tej.
    - 6 août: Le gardien de Montpellier Mickaël Robin est mis en examen.
    - 26 nov: La cour d'appel annule le rapport de l'expert comportementaliste  Pierre Sallet qui avait conclu à "des carences volontaires du niveau de jeu".
   
2014
   
    - 4 sept: Deux experts judiciaires déclarent avoir observé dans le match  une "convergence d'indicateurs anormaux trop curieuse pour être innocente et  conjoncturelle".
   
2015
   
    - 6 fév: L'instruction terminée, le parquet requiert le renvoi en  correctionnelle de Nikola Karabatic et de 16 autres personnes.
   - 1er avril: Les juges d'instruction renvoient en correctionnelle16 personnes

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze