Nikola Karabatic
Nikola Karabatic à la sortie de la salle du tribunal de Montpellier | AFP - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Nikola Karabatic: "Pas envisageable de parier" sur un de ses matches

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La troisième journée du procès sur les paris suspects lors du match de hand Cesson-Montpellier était l'une des plus attendues. A Montpellier, c'est en effet en ce mercredi que Nikola Karabatic, le plus connu et le plus titré des joueurs suspectés d'avoir parié sur cette rencontre, était appelé à la barre. La star mondiale a maintenu sa version de n'avoir jamais parié sur ce match, auquel il ne participait pas car blessé, et a affirmé que "ce n'est pas envisageable pour moi" de miser sur un match de son équipe. Il est "inadmissible qu'on puisse penser que j'ai truqué un match".

Les frères Karabatic à la barre. Voilà ce que beaucoup de gens attendaient dans cette première semaine du procès. Depuis le début de l'affaire, Nikola Karabatic, le leader de l'équipe de France qui vient de remporter la Ligue des Champions avec son club de Barcelone, maintient qu'il n'a jamais parié sur ce match de 2012. Thierry Vildary, qui suit l'affaire depuis le début pour Francetv Sport, a assisté à tous les débats. Face au président du tribunal, l'ancien joueur de Montpellier a gardé le cap, comme l'ensemble des prévenus: "Ce n'est même pas envisageable pour moi", a-t-il répondu au président qui lui demandait s'il pouvait envisager qu'on puisse parier sur un match de son équipe. Et il a même affirmé avoir mal pris le fait que sa compagne ait parié: "J'étais très en colère quand elle me l'a dit. On s'en est expliqué." Mais sa colère n'a pas été entendue lors des écoutes téléphoniques, a insisté le procureur de la République. "Ma colère, je ne l'exprime par au téléphone", a-t-il répondu. Les 1500 euros retirés le matin des paris ? "C'était pour les vacances".

"Je suis un gagneur"

Quant à cette défaite surprise du leader du championnat à Cesson, chez le dernier, il estime: "S'il y avait un match où le MAHB pouvait perdre, c'était bien celui-là. Vous savez, j'ai joué le maintien avec Aix l'an dernier, et on a battu beaucoup d'équipes". Pour lui, c'est clair: "Pas un seul instant, je n'ai pensé que ce match avait été truqué", a dit  le champion olympique, du monde et d'Europe. Et de clamer: "Je suis un gagneur. C'est ce qui fait ma force. Mais il m'est arrivé de ne pas avoir envie de jouer, ou d'être moins motivé pour un match de fin de saison. Même si je ne suis pas motivé sur une ou deux actions, il m'arrive de revenir dans le match."

Le procureur, Patrick Desjardins, a pourtant tout tenté pour déstabiliser son système de défense: "Vous nous annoncez depuis trois ans que vous allez vous expliquer, et puis là, vous contournez", a-t-il lancé à l'adresse du Barcelonais. "Je suis là pour répondre à des questions, pas à des hypothèses", a répondu le joueur. Lorsque le président a relu des écoutes dans lesquelles Géraldine Pillet, compagne de Nikola Karabatic, lui dit: "C'est pas grave, il faudrait qu'il y ait tout le match de truqué", le joueur a semblé déstabilisé. La passe d'armes autour de l'utilisation des téléphones du couple a duré longtemps. "On utilise nos téléphones sans distinction, moi le sien et elle le mien", a justifié le champion du monde, alors que c'est son téléphone qui a été utilisé pour télécharger l'application de la FDJ pour voir les cotes des matches. "Ce qui m'a le plus touché, c'est qu'on puisse penser que j'ai truqué un match, c'est inadmissible. Tous ceux qui me connaissent savent que je ne veux  pas perdre, c'est dans ma nature", a-t-il conclu. A 18h30, c'en était fini de son audition, qui aura duré une heure.

Honrubia: "On a tenté un coup"

Dans la matinée, d'autres joueurs s'étaient succédés à la barre du tribunal de Montpellier, parmi lesquels l'international Samuel Honrubia, qui a reconnu les paris et expliqué: "C'était la fin de saison. On a tenté un coup. On savait qu'on pouvait  perdre (le pari)", a souligné Honrubia, affirmant avoir hésité entre un pari sur la victoire de Cesson à la fin du match le 12 mai 2012, et le fait que  Cesson mènerait à la pause. "Je ne suis pas fier de ce que j'ai fait. Mais il y avait une opportunité: c'était l'hécatombe. Jamais il n'y avait eu autant de blessés et je ne me suis pas posé plus de questions", a affirmé Samuel Honrubia, qui avait misé par l'intermédiaire de son ami Ayoub Chah. 

Ce dernier comparaît pour avoir parié 4.000 euros que lui avait confiés Honrubia, lequel s'était fait prêter cette somme par le Slovène Dragan Gajic. Ce n'est "pas bon de parier contre son équipe", a ensuite affirmé à la  barre Dragan Gajic qui nie avoir parié. Son argent aurait été utilisé à son  insu, selon lui, pour les mises. "J'avais retiré 4.000 euros pour payer un notaire le mardi suivant. Samuel (Honrubia) m'avait demandé de lui prêter de l'argent. J'étais gêné de lui demander pourquoi. Je lui faisais confiance et je lui ai prêté l'argent  jusqu'au lundi", a expliqué le joueur qui évolue toujours à Montpellier mais  qui sera licencié en cas de condamnation. La somme ne lui a pas été rendue à la date prévue. Mais plus tard sous  forme d'espèces et de tickets gagnants. "Je n'étais pas content de cela. (...)  Je ne voulais que mon argent", dit-il. "Vous êtes donc la seule personne à avoir gagné en pariant sans avoir misé", a ironisé le procureur Patrick Desjardins.

Pour le moment, les prévenus demeurent fidèles à ce qu'ils ont dit aux enquêteurs lors de l'instruction. Jeudi, place au visionnage du match, avec les experts vidéos qui seront soumis à rude épreuve par les avocats de la défense.