Nikola Karabatic et son avocat
Nikola Karabatic et son avocat au tribunal de Montpellier | DR

L'heure des réquisitions contre Nikola Karabatic

Publié le , modifié le

Le procureur de la République Patrick Desjardins doit prendre lundi devant le tribunal de Montpellier ses réquisitions à l'encontre des 16 prévenus, dont l'étoile du handball français, Nikola Karabatic, dans l'affaire des paris suspects liés au match présumé truqué de mai 2012 entre Cesson et Montpellier.

Poursuivis pour "escroquerie" ou "complicité d'escroquerie", ils encourent  5 ans de prison et 375.000 euros d'amende ainsi que l'interdiction pendant 5  ans d'exercer l'activité professionnelle ayant permis l'infraction. La justice soupçonne un arrangement des Montpelliérains lors du match de D1  Cesson-Montpellier, le 12 mai 2012, qui a donné lieu à des paris portant sur le  score en faveur de Cesson à la mi-temps (15-12), avec quelque 300.000 euros de  gains au détriment de la Française des jeux (FDJ). Les parties civiles (club, Ligue, Fédération et FDJ), dont les plaidoiries  sont programmées le matin vont demander d'importants dommages et intérêts. Le  club de Montpellier veut ainsi réclamer 1.246.391 euros. En cinq jours de débats, onze prévenus, parmi lesquels quatre joueurs (sauf  Issam Tej, Mickaël Robin, Dragan Gagic et Nikola Karabatic), ont reconnu avoir  misé. Mais tous ont nié l'idée de tricherie. Pour leurs avocats, ils ne peuvent  être sous le coup que d'une sanction sportive, six matches de suspension, en  l'occurrence déjà purgés. Surtout, c'est une forteresse qui a été construite autour de Nikola  Karabatic pour le dédouaner. Selon sa compagne Géraldine Pillet et son frère  Luka, notamment, les paris avaient été pris à l'insu de la star du handball  français. Mais le directeur d'enquête, le commissaire Jean-Marc Droguet a une  "conviction personnelle": "Il a une telle emprise. J'ai peine à croire qu'il ne  savait rien".

Les arguments de l'Expert

"Ce qui m'a le plus touché, c'est qu'on puisse penser que j'ai truqué un  match. C'est inadmissible" et "contraire à mes valeurs", a clamé le champion  olympique, du monde et d'Europe en titre, soulignant qu'il ne "parierait jamais  contre son équipe" et qu'il s'était "mis en colère" en apprenant l'existence desdits paris. Le leader des Experts, surnom de l'équipe de France, a combattu avec force  le rapport de l'ancien arbitre Nordine Lazaar, et du professeur agrégé d'EPS,  Johann Rage. Ces deux spécialistes avaient été nommés par le juge pour analyser  la période litigieuse. Sur un ton quasi professoral, l'actuel joueur du FC Barcelone a démonté de  nombreux aspects techniques. Puis de lancer: "J'aurais aimé que ce match soit  expertisé par des vrais spécialistes, des entraîneurs ou des joueurs de haut  niveau". Les deux hommes qui avaient noté dans leur expertise une "convergence  d'indicateurs anormaux, trop curieuse pour être innocente et conjoncturelle"  ont nuancé leurs conclusions à la barre car ils ont reconnu n'avoir "pas la  certitude à 100%" de la tricherie.

Les deux arbitres de la rencontre tout comme le capitaine de Montpellier  Mickaël Guigou ont eux aussi assuré "n'avoir rien vu d'anormal". Quant au  technicien montpelliérain Patrice Canayer, il a admis "un engagement douteux"  mais a refusé d'interpréter. Déjà champion de France à l'époque, titre largement fêté, privé de cadres  (les Karabatic, Bojinovic...), Montpellier était à l'évidence affaibli. Au  point que l'un des arbitres, Clément Bader, a admis: "En sachant qu'un paquet  d'excellents joueurs n'étaient pas là, j'aurais peut-être parié sur Cesson..." M. Desjardins, qui avait dénoncé dans son réquisitoire de renvoi devant le  tribunal correctionnel une tricherie "en équipe", s'est attaché pendant les  audiences à mettre en évidence une entente préalable. A ses yeux, elle est  démontrée par la concomitance des paris pris à coup de tickets de 100 euros  l'unité à Montpellier, Rennes ou encore Paris autour de 10H00 au moment d'une  cote de 2,9 contre 1 qui permettait aux gagnants de conserver l'anonymat, le  plafond étant à 500 euros le ticket. Sur le fameux top départ que laissent imaginer les innombrables échanges  téléphoniques ? Les prévenus ont fait front. L'heure ? Mais le hasard! "Ça  rentrait dans mon emploi du temps"; "J'allais au tennis"...: A chacun sa  version. Au point d'agacer le procureur: "Vous pensez qu'on vous croie"...

AFP