L'équipe de France de handball sort de l'Euro 2012 serbe
Les Bleues quittent l'Euro en Serbie la tête basse | ANDREJ ISAKOVIC / AFP

Les Françaises se sabordent à l’Euro

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Handicapée par une première mi-temps laborieuse, l’équipe de France de handball féminin a rendu les armes face à la Serbie (18-17). Obligées de s’imposer pour continuer à croire en une hypothétique qualification pour les demi-finales de cet Euro, la bande à Krumbholz a failli en fin de match. Un pénalty pourtant valable de Baudouin invalidé dans la dernière minute pourra bien faire jaser. Les Bleues ont été bien trop maladroites en attaque pour espérer mieux.

"On va avoir un match bouillant. Peut-être trop par rapport à ce qu'on a l'habitude de vivre" prophétisait le sélectionneur français Olivier Krumbholz avant le match. Littéralement paralysées par la portée de l’évènement en première période, devant une salle pleine à craquer et un public tout acquis à la cause de sa sélection nationale, les Françaises ont déjoué. Malgré leur réveil dans le second acte, elles n’ont jamais été capables de prendre le large pour se mettre à l'abri. 59e minute : la France est menée 18-17 et Paule Baudouin se présente à 7 mètres pour punir une faute serbe en zone. Elle lobe Tomasevic mais son ballon heurte la barre transversale, avant de rebondir derrière la ligne. L’arbitre ne bronche pas et invalide donc le but français... valable. Héroïques en défense, les Bleues récupèrent pourtant le ballon et s’offrent l’opportunité d’égaliser voire mieux. Camille Ayglon se présente seule face à la gardienne serbe qui la met en échec… tout comme Tervel quelques secondes plus tard. Triple coup du sort, défaite et élimination pour la France. Tout au long de ce match couperet, les championnes du monde 2003 ont fait preuve d’une maladresse coupable en attaque et sont retombées dans nombre de leurs travers. Des manques rédhibitoires.

Vingt minutes en enfer

"Il n'y a pas que du mauvais, mais il y a des trous noirs catastrophiques", constatait Olivier Krumbholz après les cinq premiers matches de son équipe dans cet Euro. Face aux Serbes, le trou noir aura duré vingt longues minutes en première période. Tout a pourtant bien débuté pour les Bleues. Portées par une Signaté sur la lancée de sa belle fin de match face à la République Tchèque et auteur des trois premiers buts, les Françaises ont proposé une défense agressive dans une Kombank Arena de Belgrade survoltée (3-2, 7e). Mais la Serbe Ognjenovic a suivi le même rythme que l’arrière gauche tricolore, exclue deux minutes pour défense irrégulière (9e). Dès lors, le calvaire des vice-championnes du monde 2011 a commencé. Couplée à la réussite de la gardienne locale Tomasevic, l’incapacité des joueuses d’Olivier Krumbholz à mettre en place des attaques efficaces autant que leurs maladresses les a pénalisées. Seule leur solide défense les a gardées dans le match malgré un 4-0 pour les Serbes au cœur du premier acte. Les faibles taux de réussite de Baudouin (1/3) et de Kamto (0/3) sur la période parlaient d’eux-mêmes. La France se montrait fébrile face au rideau de fer dressé par les filles de l’Est.

Pineau retrouve son rang, retour fracassant des Bleues

Magie du vestiaire, les coéquipières d’Allison Pineau sont revenues transfigurées en seconde période. Signaté a une fois de plus donné le ton d’emblée, initiant un 5-1 qui a permis aux siennes de recoller en huit petites minutes. Au menu, défense acharnée et contre-attaques tranchantes. Ayglon a même redonné l’avantage aux Bleues (12-11, 39e), avant un irrespirable chassé-croisé entre les deux équipes. Pineau a bien retrouvé son rang qui l’avait couronné meilleure joueuse du monde en 2009, les Françaises n’ont jamais réussi à creuser l’écart, restant à portée de tir de leurs adversaires. Quand Rajovic a pris deux minutes (50e), Signaté l’a rejoint sur le banc (51e). Quand Darleux a sorti le grand jeu sur de nombreuses parades, Tomasevic l’a imitée. Les Serbes ont d’ailleurs repris la tête grâce à l’inévitable Ognjenovic (18-17, 57e). Pour ne plus la lâcher. Les Françaises n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer et regarder les joueuses locales fêter leur première accession aux demi-finales d’un Euro.

Olivier Krumbholz (sélectionneur de l'équipe de France) : "C'est un match typique de ce qu'on est et de nos  difficultés actuelles. On a rencontré deux difficultés majeures dans cette  compétition: notre incapacité à retrouver notre vitesse en montée de balle et  le tir. On a fait une première mi-temps médiocre au tir et dans le jeu.  Parfois, j'ai l'impression qu'elles ne comprennent pas quelle est la demande  sur le plan tactique. La deuxième était nettement meilleure, mais on n'a pas  réussi à faire le trou. On s'est laissé enfermer dans un mano a mano. Et après  on recraque complètement au tir dans le money time. Mentalement ça ne va pas.  Il y a des filles qui sont hagardes, qui ne voient pas les évidences.  Mentalement il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut bosser."

Siraba Dembélé (ailière de l'équipe de France): Je n'ai pas de regrets, parce qu'à un moment donné quand il y a un scénario qui se répète à chaque fois, c'est qu'il y a vraiment quelque chose. Il faut mettre le doigt dessus. Je ne sais pas si c'est psychologique, handballistique. Je ne critique pas, parce que je ne suis pas fière de ma performance pendant cet Euro, mais là il y a trop de joueuses qui sont en dedans. Je me mets dedans. A un moment donné, c'est le collectif, mais ce sont aussi les performances individuelles qui comptent. Physiquement, on était à l'ouest."

Allison Pineau (demi-centre de l'équipe de France): "C'est un peu à l'image de notre Euro et de toutes nos dernières compétitions. A chaque fois, on gère mal le money time. Il faut vraiment grandir mentalement. Il faut franchir un cap pour pouvoir aborder ces cinq dernières minutes dans les moments qui sont chauds. Il faut quand même féliciter le groupe pour ce qu'on a fait ce soir. On a relevé la tête. On n'était pas bien à la mi-temps. Mais on est revenu progressivement. Et après on s'est battu avec nos armes, comme on a pu. Il y avait de la volonté, de la solidarité, de l'envie, de l'agressivité. Il y avait des sourires sur les visages, de l'abnégation, des choses qu'on n'avait pas vues sur certains matches. Ce sont des valeurs qu'il faut conserver pour les prochaines compétitions."

Jerome Carrere