Emmanuel Mayonnade (Metz handball): "Cette crise va nous rapprocher de nos supporters"

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Auteur·e : Manu Roux
Emmanuel Mayonnade, le coach de Metz Handball et de l'équipe féminine des Pays-Bas
Emmanuel Mayonnade, le coach de Metz Handball et de l'équipe féminine des Pays-Bas, le 11 mai 2019 | AFP

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Champion du monde avec la sélection des Pays-Bas en décembre dernier mais privé de dessert avec le club de Metz qu’il entraîne au quotidien, Emmanuel Mayonnade aura vécu une saison décidément très particulière. Après quatre mois d’arrêt, le technicien et ses joueuses ont repris le chemin de l’entraînement mardi dernier. Mais l’annulation du « Final 8 » de la ligue des champions reste difficile à digérer.

Après cette longue période d'arrêt, êtes-vous heureux de retrouver enfin vos joueuses ?
Emmanuel Mayonnade :
"Oui, ça y est, on retrouve enfin nos petites habitudes. Les joueuses ont d’abord dû satisfaire la semaine dernière aux tests médicaux obligatoires liés au Covid-19, en enchaînant avec des tests de mobilité avec le préparateur physique et les kinés, indispensables après une aussi longue période d’inactivité. Et mardi matin, on a repris officiellement l’entraînement avec des courses et une petite séance handball. Et depuis, on alterne avec de la musculation. On y va très progressivement et patiemment en essayant d’éviter aux joueuses tous les risques possibles."

Le « Final 8 » de la Ligue des champions, prévu au départ début septembre à Budapest et pour lequel Metz était en lice, a finalement été annulé fin juin. Comment avez-vous réagi à cette annonce ?
E.M. :
"On a vraiment été très déçu même si, au départ, ce projet d’organiser cette compétition aussi tôt dans la saison pouvait apparaître un peu loufoque. Outre l’aspect financier très important surtout par les temps qui courent (une qualification pour le dernier carré aurait rapporté un minimum de 150.000 euros au club, NDLR), on s’imaginait vivre une préparation boostée par cet événement et créer une émulation très vite avec les nouvelles arrivantes. Du coup, notre première échéance de la saison, c’est la reprise du championnat de France le 9 septembre. Donc là, on est parti pour une longue préparation de dix semaines !"

"Un stage d'avant-saison avec 18 joueuses, ça coûte cher..."

Avoir autant de temps devant soi pour préparer son équipe, ce n’est pas le rêve de tout entraîneur ?
E.M. :
"(Rires) Ne m’en parlez pas! C’est génial! Bon, il va quand même falloir que je me renouvelle pendant la préparation parce que faire dix semaines sur le même rythme, ça risque d’être complexe. Et ça ne va pas être facile d’occuper intellectuellement les joueuses durant cette longue période. Mais on est quand même content à Metz handball d’avoir du temps cette saison parce qu’on part presque d’une page blanche. Beaucoup de joueuses-cadres sont parties ces dernières semaines (Grace Zaadi, Laura Glauser, Laura Flippes, Xenia Smits entre autres), d’autres sont arrivées, donc cette reprise est placée sous le signe de la nouveauté, de la légèreté et de l’insouciance. On doit apprendre à se connaître."

Financièrement, outre le manque à gagner relatif à l’annulation des finalités de la Ligue des champions, ressentez-vous déjà les effets de la crise sur votre quotidien ?
E.M. :
"C’est encore un peu tôt pour pouvoir répondre. Pour l’instant, la seule conséquence, c’est la décision de ne pas faire de stage d’avant-saison en dehors de Metz. Parce que partir cinq-six jours avec dix-huit joueuses ça fait vite cher, surtout s’il faut prendre le train ou l’avion. On a réfléchi à prendre le minibus mais on arrivait vite à 10.000 euros. Donc avec mon président, on s’est entendu pour ne pas faire de stage et s’éviter ainsi des dépenses trop conséquentes. Même si par rapport à la nouveauté du groupe, pouvoir passer quelques jours ensemble dans un autre contexte que celui de l’entraînement habituel aurait été bénéfique."

Plus généralement, redoutez-vous les effets de la crise sur le sport collectif féminin dans les mois à venir ?
E.M. : "J’ai un peu peur que s’il y a un choix à faire entre le sport masculin et le sport féminin, nous soyons défavorisés. On l’a vu avec le Final 4 de la Ligue des champions: celui des garçons a très vite été fixé et stabilisé à fin décembre alors que le nôtre est d’ores et déjà annulé. Pourtant il y avait d’autres options possibles dans le calendrier...Par rapport aux difficultés que nous pourrions rencontrer durant cette période post-crise, j’ai déjà organisé plusieurs réunions assez longues avec les joueuses ces derniers jours. On a la volonté cette saison d’être plus proches de nos supporters qu’on ne l’a jamais été. Parce que cette crise nous a vraiment fait prendre conscience que ce sont eux qui nous font vivre dans le handball féminin. La plus grosse part du budget de Metz handball, ce sont les 4000 spectateurs qui payent leurs billets pour assister aux matches à domicile. S’il fallait reprendre à huis-clos, on pourrait tout arrêter parce que jamais on n’arriverait à subvenir à nos dépenses sans rentrée d’argent liée à la billetterie. Même une reprise avec un siège occupé sur deux serait très problématique pour nous."

Et la sélection des Pays-Bas dans tout ça ? Vous avez réussi à garder le contact avec vos joueuses durant cette période ?
E.M. : "Oui car la situation là-bas n’a pas été aussi dramatique qu’en France donc même si je n’ai pas pu me déplacer, une partie des joueuses a pu se retrouver et s’entraîner au centre national avec mon adjoint pendant quasiment un mois, trois fois par semaine. Le préparateur physique de l’équipe avait même chargé un camion pour amener du matériel de musculation directement aux domiciles des joueuses !"

Finalement, à titre personnel, ce sont vos deux derniers mois de répit avant d’entrer dans un tunnel entre le championnat et la Ligue des champions avec Metz, l’Euro et les JO avec les Pays-Bas ?
E.M. : "C’est exactement ça! (Rires). Ces derniers mois, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de me stimuler intellectuellement mais quand ça va partir, ce sera pour de bon !"

Manu Roux ManuRouxJO