Didier Dinart: "L'impression d'avoir été jeté comme un kleenex"

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Auteur·e : France tv sport
Didier Dinart
Didier Dinart évincé de son poste de sélectionneur des Bleus du handball le 26 janvier dernier | AFP

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C'est peu de dire que l'on attendait la première réaction de Didier Dinart, l'ex-sélectionneur de l'équipe de France de handball, depuis son éviction de son poste suite au fiasco de l'Euro en janvier dernier. Pour France tv sport, Manu Roux a recueilli ses premières paroles, ses premiers mots depuis son éviction, en exclusivité.

Les mots sont francs, parfois durs. Il aura fallu plusieurs conversations téléphoniques avant de pouvoir enfin les coucher par écrit, trouver les bonnes formulations. Pour la première fois depuis la fin de l’Euro 2020, l’ex-entraîneur de l’équipe de France Didier Dinart s’exprime et revient sur son éviction. 

Le 12 janvier dernier, au terme d'une deuxième défaite à l'Euro face à la Norvège, l'équipe de France est éliminée sans gloire dès le 1er tour de la compétition. Le lendemain, sans attendre le dernier match de poule face à la Bosnie-Herzégovine, Didier Dinart est confirmé à son poste par Philippe Bana, le Directeur technique national (DTN) lors d'une conférence de presse, et Joël Delplanque, président de la Fédération française de handball, joint par téléphone. Le 26 janvier pourtant, l'annonce est officielle : l’entraîneur de l’équipe de France est démis de ses fonctions et remplacé par son adjoint, Guillaume Gille. Depuis, le technicien guadeloupéen est resté muet sur le plan médiatique. Jusqu'à ce vendredi 5 juin. Presque cinq mois de silence, cinq mois à réfléchir, à ruminer sans doute aussi.

"Jeté comme un Kleenex, après 23 ans passés à servir l’équipe de France"

Le coup a été rude. L’ancien pivot de l'équipe de France, surnommé le "Roc" du temps de sa carrière de joueur, déjà tourné vers le TQO et la perspective des JO de Tokyo comme entraîneur malgré l’échec de l’Euro, a vacillé sans rien voir venir. "Je m’étonne du traitement qui m’a été réservé", déclare-t-il à France tv sport. "On me confirme dans un premier temps à la tête de l’équipe de France au lendemain de notre élimination. La veille de mon éviction, sur un plateau de télévision, on me renouvelle ce soutien et le lendemain, j'apprends par la voix de mon adjoint que je ne suis plus l’entraîneur des Bleus... J’ai un peu le sentiment d’avoir été jeté comme un Kleenex, après 23 ans passés à servir l’équipe de France comme joueur puis entraîneur adjoint puis finalement coach principal."

Pris sous son aile par Claude Onesta qui l’a intégré au staff des Bleus comme adjoint, en lui donnant même de très larges prérogatives lors de sa dernière campagne aux JO de Rio en 2016, Didier Dinart semblait avoir tous les atouts pour s'imposer durablement : le respect inspiré par sa carrière de joueur (double champion d’Europe et olympique, triple champion du monde), son talent d’organisateur du secteur défensif, les bons conseils de Claude Onesta jusqu’en 2017... Promu co-entraîneur (avec Guillaume Gille), sa réussite est même fulgurante. Lors du Mondial disputé en France il y a trois ans, Didier Dinart s’affirme d’emblée comme le véritable patron et mène les Bleus à un nouveau titre de champions du monde, le sixième de l’histoire du handball français chez les hommes. L’adoubement de Mister Di est célébré en grandes pompes à Bercy. Élu entraîneur de l'année en 2016 et 2018 par la fédération internationale, il collectionne très vite les honneurs pour un jeune coach.

Le succès devenu banal chez les Bleus, la défaite anormale

Mais Didier Dinart, 43 ans aujourd’hui, le sait mieux que quiconque: au fil des années et des succès, l’équipe de France a relevé le degré d’exigence et banalisé les médailles d’or. Tout autre métal désormais s’apparente à un maigre lot de consolation. Les campagnes de l’Euro 2018 et du Mondial 2019 terminées à chaque fois en bronze sont vécues comme des semi-échecs par des Bleus, plus aussi souverains que par le passé. L'élimination prématurée lors du dernier Euro déclenche l’état d’alerte au sein de la Fédération, qui s’inquiète pour la qualification olympique, et coûte finalement sa place à Didier Dinart, pourtant bien décidé à poursuivre sa mission dans la lignée de ses prédécesseurs: "J’ai la sensation de ne pas avoir bénéficié du même traitement que Daniel Costantini et Claude Onesta. Daniel est resté six ans sans gagner de titre entre 1995 et 2001, Claude a mis cinq années à remporter son tout premier en 2006, en récupérant pourtant une équipe championne du monde. Moi, titré dès mon premier Mondial comme entraîneur principal, on me remercie sans ménagement à l'issue de l'Euro, seule compétition que je n’aurai pas terminée sur le podium à la tête des Bleus... J’ai du mal à comprendre ce 'deux poids, deux mesures'."  

Et le temps n’a pas encore fait son œuvre, ni dissipé cette amertume. "Je pensais, comme mes prédécesseurs après leurs mandats respectifs à la tête de l'équipe de France, pouvoir rester un temps au sein de la Fédération et être appelé à d'autres missions. Or mon contrat s’achève le 1er septembre et on ne m’a, pour l’heure, rien proposé derrière. Là encore, je m’étonne de cette différence de traitement." On pourrait voir ça comme un appel du pied de la part de l’ancien handballeur. 

Ndlr : Suite à la parution de cet article, Didier Dinart a décidé de revenir sur ses déclarations. De notre côté, nous maintenons l'intégralité des propos qu'il a tenus à notre journaliste Emmanuel Roux cette semaine, à l'occasion de plusieurs appels téléphoniques à l'initiative, à chaque fois, de l'ex-entraîneur des Bleus. 

par Manu Roux et Thierry Tazé-Bernard

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