Karabatic, demi-centre du monde

Karabatic, demi-centre du monde

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Sacré pour une cinquième fois champion du monde avec les Bleus face au Qatar (22-25), Nikola Karabatic est entré encore un peu plus dans l'histoire. Buteur hors pair, défenseur intraitable et meneur d'hommes émérite , le demi-centre de l'équipe de France peut-il d'ores et déjà être considéré comme le plus grand joueur de tous les temps ?

Il y a avait Michael Jordan en basket, il y a désormais Nikola Karabatic en hand. Si le Français ne possède pas l'aura de son aîné américain, il a, comme lui, marqué l'histoire de son sport. Et à 31 ans, le natif de Nis en Serbie n'a pas fini de dominer sa discipline. A l'instar de la légende des Bulls, Karabatic possède désormais un palmarès long comme son bras de feu : double champion olympique (2008-2012), triple champion d'Europe (2006, 2010, 2014) et du monde (2009, 2001, 2015). Tout simplement gargantuesque. Seuls les "anciens" Fernandez (37 ans) et Omeyer (38 ans) possèdent une médaille d'or de plus que lui. Les titres, comme le talent individuel, placent d'emblée "Kara" parmi les plus grands noms de son sport. Reste à savoir à quelle place.

Il est toujours aussi vain, et subjectif, de désigner le nom du meilleur joueur de l'histoire mais, comme l'a reconnu l'intéressé lui-même dans les colonnes de l'Equipe, il fait assurément partie des prétendants. "Je me mettrais dans le top 5" avouait celui qui ne semble pourtant faire une obsession des lauriers individuels. Hormis lui, qui pourrait prétendre au trône ? Trois noms, trois légendes, reviennent avec insistance dans le débat : Talent Dujshebaev, Magnus Wislander et Ivano Balic. Le Russe, naturalisé espagnol, était un joueur à la fois puissant et créatif, le Suédois a brillé par sa constance et son bras alors que le Croate fut sans doute le plus grand artiste de ce jeu. Mais aucun ne possède le palmarès en équipe nationale du Français. Ils en sont tous même très loin. 

Karabatic va aussi au mastic

Certes, les esthètes pourront toujours préférer les arabesques géniales d'un Balic au jeu tout en puissance de Karabatic. Mais le chevelu croate, à la différence d'un rival avec qui il s'est souvent accroché sur le terrain, ne participait pas aux tâches défensives. Et comme l'a rappelé avec amusement Claude Onesta, "un joueur qui ne fait qu'attaquer n'est qu'un demi-joueur". Karabatic, lui, va au mastic. Au point de réussir l'exploit d'être considéré aujourd'hui à la fois comme le meilleur attaquant et le meilleur défenseur du monde. Rien que ça. Avec son frère Luka, il forme sans doute la muraille la plus infranchissable du hand mondial. Sa puissance physique, tout comme sa science du placement et de l'anticipation, peaufinée sous les conseils de Didier Dinart,  lui permettent d'étouffer l'adversaire. Et dès que la star de Barcelone se retrouve en attaque, les défenseurs tremblent. Les filets aussi, souvent. 

Là encore, le n°13 ne possède pas le bras élastique d'un Mikkel Hansen ni la détente phénoménale de son coéquipier Daniel Narcisse. Pas plus qu'il ne peut tordre son corps en l'air comme Luc Abalo ni donner d'effets irréels au ballon comme Michael Guigou. Au final, Karabatic privilégiera souvent le tir en force à la "roucoulette". L'efficacité avant tout. Avec 33 buts sur l'ensemble de ces Mondiaux, et 1007 depuis ses débuts en bleu, la méthode a fait ses preuves. D'autant que "Kara" ce n'est pas qu'un bras. C'est aussi une vision du jeu et des mains de velours pourvoyeuses de caviars dont profitent allègrement ses coéquipiers qui ne manquent pas non plus de s'engouffrer dans les brèches énormes ouvertes par le demi-centre. Altruiste, il sait faire jouer les autres, il sait aussi parler aux autres. "C'est un meneur d'hommes, il joue toujours sans réserve", dit de lui Cédric Sorhaindo, son coéquipier au Barça. Surveillé de près, souvent malmené, Nikola Karabatic parvient pourtant à se montrer décisif dans les moments cruciaux comme lors de la finale face au Qatar.. La marque des plus grands. Du plus grand. 

Julien Lamotte

Championnat du Monde de Handball