Cyril Dumoulin, Equipe de France
Le gardien de l'équipe de France Cyril Dumoulin | JONATHAN NACKSTRAND / AFP

Dumoulin, leader de brillants néophytes

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Déjà qualifiés pour la deuxième phase de l'Euro de handball au Danemark, les Bleus visent une troisième victoire consécutive lors de leur dernier match de poule, vendredi face à la Serbie (20h15). Un début de compétition pour les Bleus sous le signe de la réussite de la nouvelle génération. Kevynn Nyokas (9 buts) avait montré la voie face à la Russie en ouverture de l'Euro. Cyril Dumoulin (17 arrêts) et Igor Anic (4 buts à 4/4 aux tirs) l'ont suivi contre la Pologne. Pour leur première grande compétition internationale sous le maillot de l'équipe de France, ces trois-là prouvent que les anciens peuvent compter sur eux. S'ils continuent sur cette lancée, les Bleus peuvent espérer aller loin.

Dernière minute du match Pologne-France mercredi soir. Servi au pivot, Igor Anic convertit le caviar de Daniel Narcisse et met l'équipe de France devant (27-28). Il reste moins de dix secondes à jouer. Le lancer du Polonais Jurecki se dirige vers la lucarne. Cyril Dumoulin s'interpose. Les Bleus sont qualifiés pour le tour principal. Ils étreignent tous le gardien de Chambéry pour le féliciter. Auteur de 17 arrêts à 44% de réussite, le portier de 29 ans a écoeuré l'équipe adverse. "C'est ma meilleure prestation dans une grande compétition officielle. Il n'y en a pas eu beaucoup (deux) donc ce n'est pas difficile (rires), commente sobrement le héros du soir. J'ai vraiment pesé et apporté ma pierre à  l'édifice." Dans l'ombre de Thierry Omeyer et Daouda Karaboué depuis sa première sélection en 2009, Dumoulin a profité de la blessure du meilleur gardien de tous les temps selon la Fédération internationale de hand et de la retraite internationale du second pour gagner ses lettres de noblesse chez des Experts rajeunis. "On a tout donné en défense et Cyril (Dumoulin, gardien de but) a très bien joué derrière, en étant très agressif. C'est ce qui nous a permis de gagner ce soir", assurait Nikola Karabatic à l'issue de la démonstration de son portier.

Dumoulin prend les bons vents

Déjà auteur de 9 arrêts lors du premier match contre la Russie, celui qui garde les buts de Chambéry depuis le début de sa carrière rejette pourtant le statut de N.1 dans les buts français. "On n'est pas dans un esprit de marquer des points ou de se concurrencer (avec Vincent Gérard) (…). A  titre d'exemple, avant le dernier tir que j'arrête, je manque un peu de lucidité à cause de la fatigue. Vincent le sait et vient me donner des conseils. Il me dit d'aller vers le deuxième poteau et j'arrête le tir. C'est un bon exemple de l'état d'esprit qui règne dans cette équipe et qui nous permet de gagner le match ce soir", affirmait l'homme aux 27 sélections sous la liquette tricolore. Lors des Jeux méditerranéens 2009, où les Bleus avaient remporté l'argent avec une équipe remaniée, son implication avait plu au sélectionneur Claude Onesta. Dumoulin et Gérard n'offrant "pas la même garantie", individuellement, que Thierry Omeyer, ils "devront être capables de réussir à deux, ce que +Titi+ réussissait tout seul", déclarait néanmoins le guide des "Costauds" puis des "Experts" avant le début de l'Euro. Malgré le retour imminent du portier montpelliérain, Dumoulin a démontré qu'il avait les épaules solides.

Nyokas l'équilibriste

Avant lui, Kevynn Nyokas avait déjà emprunté cette voie. Etincelant face aux Russes, l'arrière droit avait parfaitement suppléé Jérôme Fernandez et Valentin Porte. Comme son partenaire de Chambéry, il a connu ses premiers frissons en Bleu il y a trois ans. Convoqué ensuite pour préparer l'Euro et les JO 2012, le gaucher de Montfermeil avait finalement quitté le groupe avant le début de ces compétitions. Avec 9 buts pour 12 tirs tentés lors de son premier match dans le grand bain, l'ancien du Paris Handball a pris sa chance. "C'est quelqu'un qui a des qualités athlétiques exceptionnelles. S'il reste efficace, il va beaucoup nous aider et nous permettra d'aller loin dans la compétition", prophétise le capitaine Jérôme Fernandez. "Quand il est en confiance, c'est un joueur presque inarrêtable, parce qu'il est atypique. Il est capable de traverser n'importe quelle défense et fait partie de ces tireurs qui sont difficiles à lire", abonde Claude Onesta. Son style peu académique et très aérien en font un joueur capable du meilleur comme du pire. Après sa démonstration russe, Nyokas a peiné face à la Pologne (1/4 aux tirs). Pour le sélectionneur national "mettre Kévynn en situation très vite, c'était un peu à quitte ou double.  Cela a bien marché. Il va maintenant falloir le ramener sur terre et aux réalités des matchs à venir" car il est capable de "s'auto-détruire" en cinq minutes, souvent par une volonté de vouloir en faire beaucoup trop." Ses tirs de loin peuvent toutefois faire des ravages et offrent une alternative crédible à Fernandez et Porte.

Anic reçu 100%

A l'image de l'arrière savoyard, Igor Anic a montré qu'il pouvait faire plus que dépanner au relais de Cédric Sorhaindo. Le pivot barcelonais blessé, son alter ego de Cesson-Rennes a marqué quatre buts à 100% de réussite aux tirs contre les Polonais. "Avec avec notre envie, notre  énergie, on doit montrer que l'on peut apporter quelque chose à cette équipe, que ce soit en jouant 5 minutes ou en étant sur le banc, ou dans la vie du groupe. On doit apprendre des cadres mais aussi leur montrer que l'on est capable de bien faire et devenir les cadres de demain", résume le Montpelliérain Mathieu Grébille, autre néophyte de 23 ans. Si ces internationaux en herbe ont été déterminants dans les deux premiers succès des Bleus, Nikola Karabatic en est devenu le patron. "Il est en train de véritablement installer son emprise sur l'équipe de France et de prendre progressivement le relais de joueurs comme Didier Dinart  (parti à la retraite) et Bertrand Gille (blessé). Il en devient le patron, ce qui n'était pas encore le cas" avant l'Euro, affirme Claude Onesta. Aux côtés du demi-centre barcelonais, Dumoulin, Nyokas et Anic peuvent apprécier le chemin qui sépare une belle promesse d'un "Expert." 

Jerome Carrere