Victor Dubuisson British Open
Victor Dubuisson au British Open | PETER MUHLY / AFP

Victor Dubuisson n'a pas de limite

Publié le , modifié le

Sa trajectoire ressemble aux deux coups qui l'ont révélé. Inclassable. A 24 ans, Victor Dubuisson ne s'embarrasse jamais. Ni des épines d'un cactus, ni de son image.

Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des idoles. Avec ses yeux d'enfant, Victor Dubuisson a tout vu. Sa vie sur un golf. Son rêve de gagner le Masters à huit ans en regardant l'avènement de Tiger Woods. Déscolarisé à dix, Victor Dubuisson s'est construit tout seul avec un acharnement presque aveugle, son rêve chevillé au corps. Une belle histoire que le golfeur préfère garder pour lui. Un mystère qui fait partie de son charme et qui participe déjà à la fascination qu'il exerce sur les médias. Né très tôt au golf pour tenter de suivre la trajectoire fulgurante du Tigre, le Français est sorti du bois lors de l'Open de Turquie 2013. 108e mondial au départ, il grimpe au 39e rang quatre jours plus tard. Entre les deux ? Une première victoire sur le circuit Européen devant tous les plus grands. Et avec la manière grâce à un jeu inventif quand il n'est pas explosif. Le monde du golf est sous le charme. De Ian Poulter à Jean Van de Velde, Dubuisson a déjà son lot de fans célèbres. Le Landais, resté célèbre pour avoir perdu avec panache un British Open (1999), y voit clair comme dans l'eau de Carnoustie. Après son succès au Turkish Airlines Open il a eu ces mots au sujet de son jeune héritier : "Cette victoire le fait clairement passer dans une autre dimension, et je pense que le ciel est sa limite..." Au lendemain de son succès à Ankara, il y avait franchement de quoi sauter au plafond. En plus de sa dotation de 850.000 euros, ce résultat assurait au Cannois plusieurs entrées sur le circuit PGA et une place réservée au Masters d'Augusta. L'intéressé avait d'ailleurs du mal à réaliser la portée de son exploit. "Je me trouvais dans un état second hier (jour de sa victoire en Turquie, ndlr). Tout le monde me félicitait et me disait que j'allais au Masters et sur tous les autres grands tournois. Il m'a vraiment fallu toute la soirée pour comprendre que j'avais gagné." Ankara n'était qu'un tremplin.

"Cactus Boy"

Classé dans le top 30 mondial, ce qu'aucun français n'avait fait avant lui, Victor Dubuisson fait partie de ces jeunes loups affamés des greens, des surdoués qui bousculent la hiérarchie. Plus rien ne leur résiste. L'aura mondiale du Français ne provient pas de son succès en Turquie mais de la finale du championnat du monde de match-play à Marana. Face à Bubba Watson, il sauve deux fois sa tête alors que sa balle s'est logée en terrain hostile, tenue en respect par les épines d'un cactus, injouable pour la majorité des joueurs. Qu'importe si l'Azuréen finit par perdre le match. Sorti brillamment du désert de l'Arizona, il gagne un surnom, "cactus boy", et une formidable réputation. Le voilà de taille pour affronter la démesure des Grands Chelems. Non content d'y être invité, Dubuisson s'applique d'entrée à y jouer un rôle. Au bord du cut à Augusta (il lui manque un coup), il est déjà 28e de l'US Open en juin. Deux participations qui lui servent à entrer dans le Top 10 du British Open le week-end dernier après avoir été 5e au soir du 3e jour. "Même si le premier jour ne s’est pas goupillé comme je le voulais (+2 le premier jour), cette semaine est l’une des quatre meilleures de ma carrière, affirme-t-il. Je suis content de m’améliorer petit à petit dans les Majeurs. Après l’US Open, j’ai tiré deux trois enseignements qui m’ont permis de rester dans la partie jusqu’au bout. Mon jeu est très complet, il me manque peut-être un peu les putts qui tombent. Je pense que je peux le faire mais… Des fois c’est la bonne semaine, des fois ça ne l’est pas." Plus heureux en chiping qu'en putting, Dubuisson a posé les bases d'un exploit que la France attend depuis 1907, une victoire dans un majeur (Arnaud Massy reste à ce jour le seul Français vainqueur d'un Grand Chelem). C'est en tout cas le premier top 10 au British depuis la 8e place de Raphaël Jacquelin en 2011.

Le Noah du golf ?

En 1983, le tennis français est entré dans une autre dimension après la victoire de Yannick Noah à Roland-Garros. L'Equipe titrait "50 millions de Noah" avant la finale. La Coupe des Mousquetaires dans les mains du Français, ils étaient nombreux à prendre leur licence. La Fédération française de Tennis connaissait alors un boom de ses licenciés. Ce modèle gagnant, la FFG l'envisage avec une victoire de Victor Dubuisson dans un majeur. "Avec 415.000 licenciés, nous sommes actuellement au 4e ou 5e rang mais nous savons qu'il y a 800.000 personnes qui revendiquent le statut de pratiquant. Afin de rendre cette licence +produit attractif+ nous avons besoin de  locomotives, comme Yannick Noah le fut pour la Fédération française de tennis", explique le président de la fédération française (FFgolf), Jean-Lou Charon. Je pense que Victor Dubuisson et Karin Icher inciteront de plus en plus les gens à prendre une licence." L'autre objectif avoué, c'est la Ryder Cup qui sera organisé pour la première fois en France en 2018. Bulldozer médiatique, cet évènement international doit servir de projecteur sur le golf tricolore qui rêve de devenir le premier sport individuel en France. Grâce à ses points obtenus toute la saison, Dubuisson a lui de grandes chances de la disputer dès cette année en Ecosse (Gleneagles). Vu son talent précoce, les attentes sont juste énormes. Un statut qui n'est pas facile à gérer sur les golfs comme avec les médias. Pendant le British, le Cannois a tiré à boulets rouges sur la presse française qui le lui a bien rendu tout en essayant de ne pas trop accabler la "pépite". Laissons-lui du temps pour sortir de sa carapace et nous faire partager sa passion. Et si c'était le plus gros défi de sa carrière ? Parce qu'un club a la main, il sait déjà tout faire.

VIDEO : La naissance de "Cactus Boy"