Marjorie Mayans : "J'ai envie de performer avec le XV de France pour faire la Coupe du monde 2021"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Pierre Séguéla
Marjorie Mayans accrochée par l'Australienne Cassandra Staples, lors du tournoi de rugby à sept de Sydney, le 1 février 2020
Marjorie Mayans accrochée par l'Australienne Cassandra Staples, lors du tournoi de rugby à sept de Sydney, le 1 février 2020 | AFP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Alors qu’elle visait cet été une médaille olympique à Tokyo, Marjorie Mayans annonçait début mai la fin de son aventure avec l’équipe de France de rugby à 7 après dix ans de bons et loyaux services. L’annonce du report des Jeux en 2021 a bouleversé la donne. A bientôt 30 ans, elle ne s’imaginait pas enchaîner, à un mois et demi d’intervalle, le tournoi olympique de Tokyo à 7 puis la coupe du monde du rugby à XV en Nouvelle-Zélande. La troisième ligne de Blagnac fait le choix de revenir au XV de ses premières amours pour se donner une chance de disputer sa troisième coupe du monde et, qui sait, décrocher le Graal au pays du long nuage blanc. Rencontre sur ses terres, au bord de la Garonne, avec cette joueuse emblématique du rugby féminin.

Comme avez-vous vécu le confinement ?
Marjorie Mayans
: "Ça c'est plutôt bien passé pour moi. J'étais dans mon appartement à Blagnac avec une petite terrasse et un petit jardinet de plain pied. Donc j'avais de l'espace. C'était bien en comparaison à d'autres personnes qui étaient bien moins bien loties. C'était la première fois que je passais autant de temps dans mon appartement. J'ai pu en profiter aussi pour avoir du temps pour moi, pour me reposer, prendre un peu soin de moi et continuer de m'entretenir physiquement."

Justement qu’elle était votre routine sportive ?
MM
: "Déjà mon compagnon était avec moi et on a pu s'entraîner ensemble, c’était chouette. J’ai pu faire un entraînement quotidien en prenant un jour de repos le week-end. Un peu de course longue pour bosser l'aérobie, du renforcement musculaire et du gainage pour ne pas trop perdre en volume même si je n'avais pas beaucoup d'accessoires de musculation. Je voulais garder une certaine tonicité musculaire en vue de la reprise."

On sait que vous affectionnez le plaquage dans le jeu, cette période de mise à distance doit être un vrai cauchemar pour vous ?
MM : "Sincèrement, pas vraiment. J’en ai profité pour me ressourcer et pour laisser mon corps se reposer un peu. J'ai pas mal enchaîné ces dernières années avec beaucoup de contacts, de coups et de chocs encaissés. C'est bien de pouvoir se régénérer et de ne pas avoir tout le temps des bleus.
Pour autant, j'ai vraiment hâte de reprendre notamment quand je revois des matchs de rugby, ça me donne très envie d'y retourner.
"

La fin de l’aventure avec le 7

Le report des Jeux Olympiques de Tokyo a tout chamboulé pour vous ?
MM
: "C'est vrai que je comptais arrêter le rugby à 7 après les JO de Tokyo. On sentait pendant le confinement que ça tanguait un peu. Quand la décision est tombée, il y a un choix qui s'est imposé à moi. Je me suis dit que finalement tenter de courir les deux objectifs (JO et Coupe du monde) en une saison c'était peut-être un peu prétentieux pour moi. Je me suis convaincue qu'il fallait me focaliser sur un seul objectif et j'ai opté pour le XV.Déjà je voulais retrouver mes premières amours avec le XV ; ça faisait déjà quelques années que je m’étais vraiment plus investie sur le 7. J’ai eu envie de retrouver une vie de club et ma vie à Toulouse. Alors qu’avec le 7 j'étais souvent à Marcoussis ou en déplacement sur le circuit international. Et puis je n'ai pas encore quinze ans de rugby devant moi. J'ai besoin d'un peu plus de temps personnel pour préparer mon avenir et être un petit peu moins aux quatre coins du monde."

« Dans un an, pour les Jeux, l'équipe de France aura de réelles chances de médailles ; et quand je parle de médaille, je parle de médaille d'or »

"J'ai passé dix ans à faire du 7. Paradoxalement c'est un jeu qui n'est pas du tout fait pour mon profil athlétique. Je joue pilier à 7 et j'ai un profil un peu particulier en ce sens que je n'ai pas de vitesse longue comme la plupart des filles. Il y a eu des moments de doute où je me suis dit que le 7 ce n'était pas fait pour moi que je n'arriverai jamais à progresser physiquement. Et finalement j'ai réussi à franchir des limites insoupçonnées. On a eu en plus des moments hyper difficiles, en 2012 et 2013, quand on est rentrées sur le circuit mondial avec l'équipe de France. On se battait pour la dixième ou la onzième place. C'était dur, on prenait des valises, des 40 points d'écart, avec les Australiennes et les Néo-Z. Je me souviens que David (David Courteix, sélectionneur de France 7) nous disait qu'on y arriverait un jour. Sincèrement il était un peu le seul à y croire à ce moment là. Finalement, on s'est toutes accrochées et on a bâti un gros projet et une grosse histoire et ça paie aujourd'hui. L'équipe est plus que performante, les jeunes sont prêtes techniquement et mentalement. Dans un an, pour les Jeux, l'équipe de France aura de réelles chances de médailles ; et quand je parle de médaille, je parle de médaille d'or. Pour ma part, je me suis accrochée pendant dix ans pour apporter tout ce que je pouvais : mes qualités de combattante, mes qualités techniques et rugbystiques ; je n'ai jamais triché, je me suis toujours donné à fond sur les tournois, pendant les entraînements. Ça m'embête de ne pas finir sur les Jeux parce que c'était l'ultime objectif mais je n'ai aucun regret concernant ces dix années passées à 7."

Comment ont réagi vos partenaires de 7 après cette annonce ?
MM : "Elles savaient toutes que je souhaitais arrêter après Tokyo. Quand elles ont appris mon arrêt à l'issue de cette saison écourtée, elles ont été toutes hyper gentilles, elles retiennent toutes les super moments qu'on a passés ensemble. Et puis ce n'est pas comme si j'arrêtais complètement ma carrière, je veux poursuivre avec le XV de France ce qui fait que je vais rester proche du groupe du 7. Le contact n'est pas rompu, je n'ai pas l'impression de tourner une page définitive. On aura encore l'occasion de se revoir toute la saison."

La fin de cette aventure ne vous laisse pas un goût d’inachevé ?
MM : "Le 7 m'a apporté le goût du travail. A dix-huit ans je n'étais pas une grande bosseuse ; ça a développé mes qualités techniques, physiques et tactiques. Ce jeu m'a aussi fait progresser dans ma vie en collectivité et dans ce que je pouvais apporter au groupe. J'ai tout vécu à fond, j'en ai vraiment profité. Je pars en me disant que l'équipe est prête à être dans le top niveau mondial. Franchement, ça ne me laisse aucun regret (En 2018, l’équipe de France s’est inclinée en finale de la Coupe du monde face à la Nouvelle-Zélande)."

Retour aux premières amours avec le XV

Vous faites le pari de vous consacrer exclusivement au XV. Quels sont vos objectifs ?
MM : "Premièrement c'est pour retrouver ma vie de club et être performante avec mon club. Blagnac a toujours été mon club de coeur et j'ai envie d'être un peu plus présente pour retrouver les matchs de championnat le dimanche. Ensuite, j'ai envie de performer avec le XV de France. J'ai envie de faire le 6 nations et la Coupe du monde 2021. Quand je me fixe des objectifs comme ça c'est que je pense que je peux apporter des choses à l'équipe. C'est sûr que jouer une coupe du monde en Nouvelle-Zélande et tout faire pour arriver en finale et pourquoi pas y retrouver les Blacks Ferns et les battre chez elles ça serait le rêve. Mais d'abord il va falloir se concentrer sur les matchs de préparation et le tournoi des 6 nations. Ce sera déjà des étapes à franchir. Effectivement quand on joue le Tournoi c'est pour faire le Grand Chelem. J'espère que ça sera pour cette nouvelle édition et que je ferai partie de l'aventure. Ensuite j'espère poursuivre cette aventure en Nouvelle-Zélande."

Vous faites partie de la dernière équipe de France à avoir fait le Grand Chelem et battu les Anglaises, en 2018. Depuis les Red roses se sont imposées cinq fois consécutives face au XV de France toutes compétitions confondues. Alors cette année, aller les jouer chez elles c’est mission impossible ?
MM : "Le grand chelem 2018 avait été fort en émotions et le match des Anglaises avait été très rude. C’était mon deuxième Grand Chelem après celui de 2014 et c'était vraiment grand. Maintenant ne dit-on pas jamais deux sans trois (rires). J'espère vraiment qu’on va faire ce Grand Chelem cette saison et quitte à battre les Anglaises autant aller le faire chez elles."

A titre personnel, il va falloir aller chercher une place de titulaire en troisième ligne avec le XV de France. Beaucoup de joueuses de talents peuvent prétendre à ce poste. C'est un vrai défi à relever ?
MM : "Oui c'est clair. On bosse en équipe et tant mieux qu'il y ait du niveau à tous les postes. Effectivement, en troisième ligne il y a du monde et les places vont être chères ! Mais ce ne serait pas un challenge si je pensais d'avance y être. C'est très bien qu'il y ait de la concurrence. Et si je participe à l'aventure alors que des filles très performantes sont restées sur le carreau c'est que je l'aurais mérité et je vais me battre pour ça."

"Comme un Chabal au féminin"

Vous avez acquis une grande notoriété grâce à vos plaquages destructeurs. Certaines actions de jeu sont même devenues virales sur la toile. Que vous inspire cette médiatisation ?
MM
: "C’est vrai que depuis la Coupe du monde 2014 en France, le rugby féminin a connu une certaine médiatisation. J'ai été une des premières joueuses à être concernée par ce phénomène. Je suis consciente que mon profil de grosse plaqueuse avec des longs cheveux blonds ça marche sur la toile et les réseaux sociaux. Je crois qu'il faut en profiter et savoir rester soi-même. C’est un excellent moyen de faire partager le fait que faire du rugby quand on est une fille c'est super et qu'on vit des moments géniaux. J'aime le fait qu'on puisse donner envie à des petites filles de faire du rugby, c'est ça qui est surtout important dans la médiatisation. C'est donner une bonne image de notre sport pour que les petites filles et les petits garçons s'identifient à nous et que ça leur donne envie de faire du rugby."

Cette médiatisation fait de vous une ambassadrice du rugby féminin ?  
MM
: "C'est vrai que je fais partie des chanceuses qui ont eu ces quelques coups d'éclats sur le terrain ou en tous cas ces gestes qui passent bien à la télévision et que ça a contribué à ma médiatisation. Au rugby tous les acteurs du jeu ont un rôle hyper important sauf que certains et certaines ont des rôles un peu moins visibles et visuels par rapport à la TV. Donc je fais partie des filles qui ont la chance d'être plus exposées. J'essaie d'en profiter pour véhiculer les valeurs de combat et d’engagement qui me semblent essentielles au rugby. Et puis je défends l’universalité de ce sport pour que les filles aussi puissent jouer au rugby sans devoir se justifier. Il faut savoir que ça a été un débat pendant des années. Beaucoup de filles ont commencé le rugby à 18 ans parce que leurs parents ne voulaient pas les laisser jouer avant."

Rencontres à XV avec Marjorie Mayans

Retour intérieur

Marjorie Mayans en équipe de garçon - album de famille
Marjorie Mayans en équipe de garçon - album de famille © DR Marjorie Mayans

De ce point de vue, votre parcours est atypique et exemplaire ?
MM : "C’est sûr. Quand j'ai commencé  le rugby, j’ai juste demandé à mes parents si je pouvais essayer et ils n'y ont vu aucun problème. En effet, ils ne pensaient pas que j'allais continuer mais ils ne m'ont jamais empêché de poursuivre et ils m'ont toujours encouragée. Je suis contente qu'aujourd'hui beaucoup plus de parents prennent ce chemin là et que filles comme garçons puissent pratiquer le sport qu'ils aiment sans avoir peur d'un jugement quelconque, sans être l'objet de réflexions sexistes par rapport à leur sport.

D'où vous vient ce goût pour la défense et les tampons ?
MM : "J'ai commencé le rugby à l'âge de neuf ans avec des garçons. A l'époque, j'étais toute menue et vraiment pas épaisse. Mon père m'a tout de suite dit "Marjo si tu veux pas te faire mal plaque aux jambes". J'ai très bien compris la consigne, j'ai vite plaqué aux chevilles, limite un peu dangereux et kamikaze, mais au moins c'était efficace. Faire tomber mes adversaires et gagner mes duels, c'est ce qui m'a plu tout de suite. Et puis au fil des années j’ai améliorée ma vision du jeu et du placement en défense."

Marjorie Mayans à ses début
Marjorie Mayans à ses début © DR Marjorie Mayans

Le fait de ne jouer qu'avec des garçons jusqu'à l'âge de 13 ans ça vois a forgé un mental ?
MM : "Je ne garde que des très bons souvenirs de ces années en équipe de garçons. J'ai tout de suite été bien intégrée par mes coéquipiers et les staffs ; ça c'est toujours super bien passé. Et puis j'adorais me dire que c'est pas parce que j’étais une fille que je ne pouvais jouer au rugby. Au contraire, ça me motivait pour plaquer tous les mecs pour leur montrer que sous prétexte que j'étais une fille ils allaient pouvoir passer à côté de moi pour aller marquer."

Et l'après-rugby dans le monde d’après ?
MM : "J'ai plusieurs pistes. J'ai fait du droit, j'ai un master I. Il va être temps de reprendre ça. Je voudrais reprendre notamment dans le droit du sport pour terminer ce cursus juridique que j'ai dû interrompre pour me préparer au JO de Rio. A une époque, j'ai aussi envisagé de passer le concours de commissaire. Mais c'est un projet qui est depuis passé au second plan même si je ne ferme la porte à rien. J'aime aussi l'événementiel, c'est un domaine qui me plaît.
Il y a pas mal de choses qui me plaisent mais pour l'instant je n'ai encore rien de concret. C'est vrai que j'ai passé pas mal de temps sur le circuit du 7 et sincèrement le temps m’a fait défaut pour préparer la suite. Voilà j'aimerais avant tout reprendre mes études et me former réellement. Je suis consciente que mon arrêt du rugby va être difficile. Que ça soit dans un an, dans deux ans ou trois ans, je ne sais pas quand. Il faut que je prépare mon après carrière. Je n'ai pas envie de mal le vivre. N'importe quel sportif qui arrête sa carrière a un petit coup de blues et s'il s'est mal préparé ça peut devenir difficile. Tous les sportifs de haut niveau ont l'habitude d'avoir un emploi du temps hyper-timé, d'être en permanence encadrés. Donc rien que de devoir gérer son emploi du temps et être autonome, ça peut devenir compliqué si on s'est pas bien préparé.
"

Avec une envie de garder un pied dans le monde du rugby et du sport ?
MM : "Effectivement, je vais passer le diplôme d'entraîneur. J'ai passé 20 ans à faire du rugby, j'ai envie de contribuer au développement du rugby féminin et de ce sport en général. Avec le diplôme d'état, je vais pouvoir entraîner à temps partiel et mener de front mon futur projet professionnel. Cette saison, je vais commencer à entraîner les cadettes de Blagnac et j'en suis super contente. C'est un choix qui me permet d'évoluer avec des jeunes pour leur transmettre mon expérience et leur faire prendre du plaisir au rugby. Dans l’immédiat, je retrouve Blagnac mon club de cœur avec l’envie de faire une belle saison à XV et de partager de belles émotions."

Marjorie Mayans vue par Laura Di Muzio

Jean-Pierre Séguéla

Coupe du Monde Féminine de Rugby