On vous explique comment le sport est impacté par la normalisation des relations au Moyen-Orient

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Gianni Infantino, président de la FIFA, assiste à l'accord entre l'UAEFA et l'IFA en décembre 2020
Gianni Infantino, président de la FIFA, assiste à l'accord entre l'UAEFA et l'IFA, le 14 décembre 2020 à Dubaï. | Karim Sahib/AFP

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En septembre dernier, après de longs mois de négociations, un accord de normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis, parrainé par l’administration Trump, était signé. Depuis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont également décidé de reconnaître officiellement l’État hébreu. Ces accords ont enclenché une vague d’investissements et de partenariats dans différents secteurs de l’économie. Dont le sport, qui se voit impacté par la détente actuelle.

• Un transfert historique

Deux semaines après les accords d’Abraham, signés le 15 septembre dernier, et qui officialisaient la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis, le football du Moyen-Orient assistait à un transfert historique. Dia Saba devenait, en signant dans le club dubaïote d’Al-Nasr, le premier joueur israélien à s’engager dans une équipe d’un pays arabe.

Né dans une ville arabe du nord de l’État hébreu, d’origine palestinienne, l’international israélien (11 sélections, 3 buts) a depuis découvert la UAE Arabian Gulf League, le championnat des Émirats. Le transfert, concrétisé seulement quelques jours après l'accord de paix entre les deux États, a largement été relayé dans les médias israéliens. Alors que les deux pays continuent de nouer des liens, Saba pourrait faire office de pionnier avant, pourquoi pas, l’arrivée d’un premier joueur émirati dans le championnat israélien.

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• Un rachat symbolique

Autre annonce largement évoquée par les médias israéliens : le potentiel rachat du club du Beitar Jérusalem par le richissime émirati, Hamad Ben Khalifa Al-Nahyan. Le 8 décembre dernier, le club du Beitar annonçait l’acquisition de 50% des parts du club par ce dernier. "Le cheikh Hamad et moi-même voulons montrer au monde que les juifs et les musulmans peuvent faire de belles choses ensemble et inspirer la jeune génération", déclarait Moshe Hogeg, président du Beitar Jérusalem, le jour de l’annonce.

Ce rachat a une portée symbolique très importante puisque le club du Beitar est généralement décrit comme un club anti-arabe. Quoi de mieux que l’arrivée d’un Émirati dans ce club pour illustrer la normalisation entre Israël et les Émirats ? Aussi emblématique soit-elle, cette opération de rachat n’a toujours pas été validée. "Peut-être que Ben Khalifa va d’abord devenir sponsor du club, mais les choses ne sont pas simples en ce moment", déclarait Hogeg le 24 janvier dernier au micro du média israélien Sport5.

• Des partenariats de toutes parts

Signe que le rapprochement entre les Émirats et Israël est de la plus haute importance : le 14 décembre dernier, Gianni Infantino, président de la FIFA, assistait à la signature d’un accord entre l’UAEFA (Fédération des Émirats arabes unis de football) et l’IFA (Fédération d’Israël de football), lors d’une cérémonie officielle organisée à Dubaï.

Cet accord entre les deux fédérations doit permettre à l’avenir l’organisation de matches amicaux entre les équipes nationales des deux pays, ainsi que l’organisation d’ateliers bilatéraux, ou encore le partage de connaissances et de technologies. "C’est un accord crucial qui montre que le football unit, qu’il permet de rapprocher les peuples", déclarait Infantino.

L’accord signé fin octobre entre l’UAE Arabian Gulf League et l’Israeli Premier League, les deux championnats locaux, allait dans le même sens. Avec pour objectif de promouvoir le football dans les deux pays et d’envisager la création de compétitions où s'affronteraient des équipes émiraties et israéliennes. Certains clubs des deux pays les ont devancés, nouant des liens entre eux : le Maccabi Haïfa et Al-Aïn ont annoncé en septembre qu’ils s’affronteraient lors d’une rencontre amicale désignée comme "le match de la paix", avant de signer le 3 février un accord formel.

• Des accords qui se limitent pour le moment au football

Depuis la signature des accords d’Abraham en septembre, le football semble être l’unique sport concerné par des discussions et partenariats entre les deux pays. Un choix qui s’explique par le fait que ce sport est le plus populaire aux Émirats et en Israël, comme l’explique Raphaël Le Magoariec, doctorant à l’université de Tours et spécialiste des politiques sportives des États du Golfe : "Si les accords se limitent pour le moment au football, ça s’explique par le fait que le sport est un espace de symbolique, un relais de la politique de communication pour ces deux États."

Les avancées constatées dans le monde du football permettent de mettre en avant cet accord de normalisation par le biais du sport, qui véhicule une bonne image à l’international. Signe, selon Le Magoariec, qu’il ne faut pas "exagérer ces engagements sportifs. Les accords de paix sont surtout stratégiques : ils permettent à Israël d’obtenir des gains économiques et aux Émirats des gains en matière de communication pour transmettre à l’échelle mondiale une image de tolérance."

Le Bahreïn et le Soudan, qui ont signé respectivement des accords en octobre et en janvier avec Israël, ne sont également pas concernés. L’IFA a bien publié un message sur son compte Instagram ("Le football peut nous unir") avec le logo de la Fédération de Bahreïn de football, mais "la situation socio-politique à l’intérieur du royaume semble être un frein", avance Le Magoariec, avant de poursuivre : "De nombreuses organisations politiques à Bahreïn sont opposées à cet accord. La mise en scène sportive pourrait toutefois s’effectuer à l’extérieur du royaume". Toujours en se saisissant du football comme d’un outil de communication redoutablement efficace.

• D’autres sports avaient permis une détente des relations

L’impact de la normalisation des relations sur les autres sports devra donc patienter. Mais certaines disciplines avaient permis jusque-là de mener à la détente actuelle. En 2018, des judokas israéliens avaient pu participer au Grand Chelem d’Abou Dhabi. Après la victoire de l’Israélien Sagi Muki dans sa catégorie, l’hymne de l’État hébreu avait retenti pour la première fois aux Émirats.

En février 2020, l’équipe cycliste Israël Start-up Nation a participé pour la première fois au Tour des Émirats arabes unis. "Nous avons participé à ce processus de paix", nous expliquait Sylvan Adams, patron de cette équipe cycliste, en août dernier. La présence de judokas et de cyclistes israéliens aux Émirats "augurait déjà d’une détente", souligne ainsi Le Magoariec.

À l’image de la diplomatie du ping-pong entre les États-Unis et la Chine pendant les années 1970, le sport a participé à ce processus de normalisation. Et pourrait continuer de le faire : début janvier, plusieurs pilotes israéliens ont participé au Dakar en Arabie saoudite, un pays qui n’entretient aujourd’hui aucune relation officielle avec l’État hébreu.

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