Stéphanie Frappart
Stéphanie Frappart, arbitre principale de la finale de la Supercoupe d'Europe. | Bulent Kilic / AFP

Stéphanie Frappart, trajectoire d'une pionnière

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Stéphanie Frappart fait partie de ces femmes qui ont su faire bouger les lignes et évoluer les mentalités. Première arbitre à officier en Ligue 2, puis en Ligue 1, et désormais en finale de la Supercoupe d'Europe, cette femme de 35 ans a su s'imposer dans le microcosme du football professionnel masculin pour en devenir le symbole des barrières brisées, étape par étape.

8 août 2014, début de l’aventure Ligue 2

Chamois Niortais–Stade Brestois. Un match de Ligue 2 comme il y en a tant chaque saison. Ni spécialement attirant, ni spécialement repoussant. Sauf que cette rencontre, somme toute anodine, allait entrer dans l'histoire du monde du football professionnel français. Pour la première fois, une femme s'apprêtait à être arbitre principale lors d'un match organisé par la LFP. Un bon vieux 0-0 dont le score passera bien après toute la dimension symbolique de cette soirée d'été, qui allait, sans le savoir, bousculer l'avenir de Stéphanie Frappart, et l'exclusivité masculine de la discipline. 

Alors qu’aujourd’hui, après plus de quatre saisons et quasiment 80 matches à son actif, la présence de Stéphanie Frappart sur les pelouses n’étonne plus personne, son trajet a parfois été tumultueux. Une pincée de stéréotypes par-ci, une dose de machisme et de misogynie par-là, d'autres auraient sans doute baissé les bras. Comme lors de ce match nul à Laval lors duquel, frustré par un penalty non attribué à son équipe, David Le Frapper, entraîneur d’alors, déclarait "qu’elle devait sûrement faire du patinage" et que "lorsqu'on est une femme venant arbitrer un sport d’hommes, c’est forcément compliqué". Mais l’intéressée a préféré passer rapidement à autre chose, déclarant dans la plus grande simplicité "que c’était un comportement qui dépassait le milieu du foot". En attendant, ce dernier n’est plus en charge d’une équipe A, tandis que Frappart gravit les échelons aussi vite que grande est sa force mentale.

28 avril 2019, première dans l'élite

Il aura fallu attendre quatre-vingt-sept longues années pour qu’une femme donne le coup d’envoi d’une rencontre de Ligue 1. C’était le 28 avril dernier, sur la pelouse du stade de la Licorne d’Amiens. Au terme d’une rencontre dénuée de but et de spectacle, Stéphanie Frappart a, elle, livré une prestation rigoureuse. "Je ressens beaucoup de fierté, je me dis que j'ai réussi ce que je voulais faire, que j'avais les qualités pour arbitrer en Ligue 1", a estimé l’intéressée au sortir d’un match rondement arbitré, où elle est restée imperturbable malgré quatre cartons jaunes donnés après avoir fait face aux habituelles protestations.

"Quand on ne parle pas de l'arbitre, c'est qu'il a été bon. Je dis bravo", a estimé l’entraîneur amiénois, Christophe Pelissier, après la rencontre. Une première sortie historique pour la native d’Herblay, en région parisienne, qui a réussi avec brio son premier vrai test. Deux mois plus tard, elle était nommée par la LFP "arbitre de l’élite du football français" pour la saison 2019-2020. Et s’est ouvert toutes les portes du possible…

7 juillet 2019, finale de la Coupe du monde féminine

Ce sont ses trois coups de sifflets finaux qui ont entériné le gain de la 4e Coupe du monde remportée par les Etats-Unis, aux dépens des Pays-Bas (2-0). "Avant tout, je suis supportrice des Bleues car je suis française et passionnée de foot". Même si Stéphanie Frappart avoue à demi-mots qu’elle aurait peut-être préféré regarder le match devant sa télé – un arbitre ne peut pas officier si son équipe nationale est toujours en lice -, son soir de consécration, elle ne l’oubliera jamais : "C’est une émotion indescriptible parce qu’on travaille toute pour en arriver là, un peu comme le font les joueuses".

Irréprochable pendant les trois matches qu'elle avait dirigé lors ce Mondial 2019, l’arbitre française, dont l’ascension est fulgurante, n’oublie pas son rôle à jouer pour toutes les femmes rêvant de devenir arbitre : "j’espère que cela va encourager les jeunes filles et les femmes à s'engager dans l'arbitrage, l'un de mes rôles c'est aussi de susciter des vocations, j'ai entrouvert des portes". Plus rien ne lui paraît intouchable. Même une rencontre de Coupe du monde masculine ? "Ce n'est pas si utopique à condition de passer par des étapes intermédiaires, comme la Ligue des champions", déclarera-t-elle après coup

14 août 2019, finale de la Supercoupe d'Europe

En attendant la Ligue des champions, c'est tout de même sur la scène européenne que Stéphanie Frappart s'est une nouvelle fois hissée en pionnière. Et avec la manière. "Si nous avions joué comme elle a arbitré, nous aurions gagné 6-0", déclarait Jürgen Klopp, l’entraîneur de Liverpool, à l'issue de la victoire poussive de son équipe aux tirs au but. Pour sa grande première, l'arbitre française, assistée par sa compatriote Manuela Nicolosi et l'Irlandaise Michelle O'Neill, a fait l'unanimité. "Je suis très heureux de faire partie de ce moment historique", s'enthousiasmais Franck Lampard, la légende des Blues.

Du côté de l'intéressée, si l'on pouvait craindre un décalage physique avec les pointes de vitesse des dragsters présents au sein des deux camps, elle est apparue sereine en conférence de presse d'avant-match : "Je n'ai pas peur de ça. Rien ne change pour moi". Toujours bien placée, l'arbitre principale de 35 ans a livré une prestation de haute volée pour ce qui restera comme la première rencontre majeure masculine arbitrée par une femme sur la scène européenne. Une nouvelle barrière de franchie, sans fausse note. En attendant la suite...