Eric Cantona
Eric Cantona | AFP

Quand Cantona évoque le Qatar, Sagnol et les Bleus...

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Dans son style bien particulier d'ex-star du football reconvertie en artiste revendiqué, Eric Cantona est sorti de son mutisme dans un entretien accordé à l'AFP. Réalisateur du documentaire intitulé "Football et immigration, 100 ans d'histoire commune", l'ancien international français aujourd'hui âgé de 48 ans s'est exprimé sur l'actualité du football.

La finale de la Coupe du monde a été le dernier math auquel a assisté celui que l'on surnommait à Manchester, 'Eric The King'. Et plutôt que de parler pendant des heures de la maîtrise de la Mannschaft lors de cette finale de Coupe du monde, Cantona a préféré dénoncer le manque de mixité ethnique dans les tribunes du Maracana. "Les gens qui  étaient au stade pour supporter le Brésil n'étaient pas du tout représentatifs  de la population brésilienne. Des plans dans les tribunes, on a dû voir une dizaine de métis sur 80.000 personnes !", a-t-il pesté. Le Brésil compte en effet une population extrêmement diversifiée avec un peu moins de 50% de blancs et presque autant de métis qui se retrouvent souvent dans les milieux défavorisés.

"Cruyff, la personne la plus influente dans le foot"

"Je n'ai pas regardé beaucoup de matches. Je n'ai même pas vu Allemagne-Brésil, a raconté Canto'. J'étais dans un taxi, je vois dans un bar sur grand écran le score à la mi-temps, 5-0 ! Comment c'est possible ? J'arrive chez moi: 7-1 !" Cantona a senti rapidement que la Seleçao ne gagnerait pas cette Coupe du monde à la maison. "Ils sont allés jusqu'en demi-finale grâce à leur ascendant psychologique", a déclaré l'ancien N.7 des Bleus (45 sélections, 20 buts). "J'aimais bien voir jouer Barcelone ou Manchester United. Barcelone est à la fin d'un cycle. Aujourd'hui ils n'ont plus ce truc d'être pratiquement invincibles, estime Cantona qui suit tout de même ce qui se passe sur la planète football. "Mais c'est  un formidable club formateur, ils vont nous sortir une génération. Cruyff a tout mis en place. Pour moi, c'est la personne la plus influente dans le foot, en tant que joueur et entraîneur".

Cantona nostalgique de Manchester

Le natif de Marseille qui a passé cinq saisons mémorables à Manchester United, semble presque nostalgique au moment d'évoquer le club mancunien. "Manchester, c'est un grand club, ils reviendront", affirme-t-il, avant d'enchaîner sur celui qui fut son entraîner à MU, Alex Ferguson. "Il me manque. C'est un  grand monsieur. Quand je vais là-bas, je le vois. Et son fantôme traîne un peu partout", décrit Cantona. Pour ce qui est de son fantôme, Eric The King se fait faussement modeste. "Oui, mais moi c'est un petit  fantôme", dit-il en riant. Evoquant son empreinte dans le club, Canto ne boude pas son plaisir. "C'est magnifique. Que ça dure, que ça dure..." Mais pour ce qui est de devenir un jour manageur à Manchester ou ailleurs, Cantona préfère reprendre un peu ses distances. "Cela demande beaucoup de  temps. En vacances, c'est les transferts... Moi, j'aime bien faire plein d'autres choses", résume-t-il.

Canto dans le Cosmos

Pourtant, celui qui a porté les couleurs d'Auxerre, Martigues, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Nîmes, Leeds et Manchester, est bien revenu aux affaires footballistiques en 2011. A ce moment, Cantona a en effet été nommé directeur sportif de club new yorkais du Cosmos, lorsque Paul Kemsley en a pris les commandes. Mais depuis le départ de ce dernier, sa situation avec le club qui a notamment vu passer des joueurs tels que Pelé ou Beckenbaueur, demeure floue. "J'allais là-bas parce que le Cosmos réunissait tout ce que j'avais fait jusqu'à maintenant, cette tradition de club mélangeant l'art et le sport. J'y allais pour cette folie là, ce qui n'empêchait pas l'ambition de créer un grand  club. Après, c'est devenu un truc plus sage qui ne ressemblait plus à l'histoire du Cosmos", a-t-il déploré, alors qu'il reste toujours sous contrat.

La "maladresse" de Sagnol

Pour ce qui est de l'actualité du moment, Cantona n'a, comme toujours, pas mâché ses mots après les propos de Willy Sagnol. "Il a sept ou huit joueurs black dans l'équipe, c'est lui qui les choisit, non ? Qui est le capitaine dans son équipe ? Lamine Sané. Ca prouve que c'est plus une maladresse qu'autre chose. S'il avait onze blancs dans son équipe, on pourrait se poser des questions. J'ai envie de croire que c'est une maladresse", a indiqué l'homme de 48 ans. "Mais ce sont des propos très graves, ce genre de discours est très grave", a-t-il ajouté. Loquace sur l'essentiel des sujets, Cantona s'est fait en revanche très concis lorsqu'on lui a demandé si il suivait les Bleus. Après un haussement d'épaules, l'ancien enfant terrible du football français s'est contenté de dire "non".

"Le Qatar, un pays très riche qui s'est payé une Coupe du monde"

Sur la question du Mondial 2022 et de son attribution au Qatar, il se veut plus radical. "Quand on donne la Coupe du monde à un pays, c'est pour développer le football. (...) Mais au Qatar, qu'est-ce qu'il y a à faire ? Ils sont combien d'habitants au  Qatar ?", s'interroge-t-il, sachant que l'émirat compte quelque deux millions d'habitants, dont une majorité de travailleurs étrangers. "A partir du moment où on est dans un tout petit pays, où on devra payer les gens pour aller au stade... pour moi, ce n'est pas fait dans ce but là. C'est un pays très riche qui s'est payé une Coupe du monde. Je pense que c'est  une erreur", a ajouté l'idole de Manchester United. Quant à l'actuel président de la Fifa, Joseph Blatter, Cantona est une nouvelle fois direct. "J'ai toujours défendu les anciens footballeurs. Même si on est obligé de faire de la politique, j'aime bien que Platini soit président de l'UEFA. J'aurais préféré Platini en tant que président de la Fifa que Blatter. Platini ou un autre, d'ailleurs". Il ne s'est en revanche pas porté candidat...

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