"Pseudo Supporters", la bande dessinée sur les Ultras qui met fin au huis clos

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
BD "Pseudo Supporters"
"Pseudo Supporters" a été écrite et dessinée par un groupe de quatre amis bordelais. | Gazzetta Ultra

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Privé de stades pleins depuis près d’un an, le football français ne sait toujours pas quand il retrouvera le parfum des tribunes enivrées. En attendant, une bande dessinée consacrée aux Ultras dépeint fidèlement cet univers, riche et complexe, avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Sortie le 23 février, « Pseudo Supporters » met temporairement fin au huis clos, et ça fait du bien. Rencontre avec ses quatre auteurs.

Le monde du football et celui de la bande dessinée, c’est une longue histoire. Mais jamais une BD ne s’était penchée sur l’univers des Ultras, ces inconditionnels de leur club souvent stigmatisés et caricaturés. Et pourtant, depuis toujours, les tribunes du monde entier regorgent de références à l’univers de la bande dessinée.

"Faire une BD sur le mouvement ultra ce n’était pas incohérent vu les références à la BD dans le monde ultra. Par exemple en Italie beaucoup de groupes ont des symboles de BD italiennes, même en France avec Corto Maltese qu’on voyait au stade à Toulon", explique Maks, un des quatre auteurs de "Pseudo Supporters", la première BD faite par et pour des Ultras, mais pas que. Un ouvrage publié au moment où les supporters n’ont jamais autant manqué au football : "Ça tombe dans une période où le stade nous manque tous, donc tant mieux si les gens peuvent se retrouver et épancher leur manque de stade", glisse Baztu.

Un projet d'un an

Il aura fallu plus d’un an à Fafa de Bègles, Baztu, Maks et Tibo pour donner vie à leur projet. À l’origine, ces amis bordelais supporters des Girondins ont relancé une vieille tradition : le fanzine. Cela faisait dix ans que la France des tribunes n’en avait plus. "C’est la contraction de fan et magazine, soit un magazine auto édité et produit par les fans, explique Tibo. C’est un genre de journal qui est propre à tous les mouvements alternatifs : il y a eu des fanzines de punk, de rap, de graff, de politique..." Et dans le monde des tribunes donc.

Le leur s’appelle Gazzetta Ultra, et regroupe des témoignages venus de toute la France. "Le but c’est de faire un truc généraliste, de parler de tout le mouvement ultra", ajoute Baztu. Dans leur fanzine, ils glissent d’entrée quelques planches de leur ami dessinateur : Fafa. Le succès est au rendez-vous. À tel point qu’après quelques numéros, l’évidence leur saute aux yeux : il faut voir plus grand et en faire une bande dessinée. Après plusieurs réunions où Baztu, Maks et Tibo parlent de leur vécu d’ultras bordelais avec Fafa, un storyboard émerge.

"La trame de l’histoire s’est faite petit à petit. On est parti d’évènements qu’on avait envie de mettre en avant, de références à notre quotidien qu’on a vécu ou entendu", détaille Maks. Gérant de société ou professeur des écoles, les trois auteurs sont bénévoles et ne salarient que leur ami dessinateur Fafa. Ils montent leur BD en indépendants. "L’indépendance me va très bien. Il n’y a pas de gens qui viennent nous brider", apprécie ce dernier. "L’inconvénient, c’est que personne ne veut nous distribuer", ironise Tibo, qui remercie la communauté du fanzine sur les réseaux sociaux, qui fait vivre le projet : "On a vendu un quart de notre tirage en précommande". Mais alors ça parle de quoi "Pseudo Supporters" ?

Histoires vraies, détails et autodérision

D’abord, les quatre auteurs sont clairs : leur but premier, c’était de prendre du plaisir. "On n’a aucune prétention : ça nous faisait plaisir de le faire, on pouvait le faire, on l’a fait, en espérant que ça plaise", commence Tibo, suivi par Maks : "On n’avait pas forcément envie d’expliquer le mouvement ultra aux gens qui ne le connaissent pas". Mais plutôt de le raconter, à leur façon par des épisodes courts et efficaces. "On s’est même posé la question de mettre un lexique ou pas, histoire de parler vraiment aux non initiés. Fafa l’a fait lire à des gens totalement extérieur au mouvement ultra, et ils ont tout compris", assure Baztu. À la lecture effectivement, pas besoin d’être un fin connaisseur du monde des tribunes pour passer un agréable moment, même si connaître le monde du football est nécessaire pour apprécier le contenu. À l’inverse, les puristes s’y retrouveront de suite. "Le but c’était d’être crédible et cohérent par rapport à d’autres fictions, notamment sur Netflix et tout ça, qui n’ont pas été faites par des ultras. Même avec l’humour et la dérision, on voulait que les codes et notre univers soient respectés", explique Maks.

"Pseudo supporter" raconte avec humour le quotidien des Ultras d'un club fictif.
"Pseudo supporter" raconte avec humour le quotidien des Ultras d'un club fictif. © Gazzetta Ultra

Les journées au local, la préparation de tifo, le style vestimentaire, les minibus, les banderoles "IDS présents"… Les pages fourmillent de détails, mais aussi de blagues et de beaucoup d’autodérision. "Dans le mouvement ultra on se marre beaucoup, on ne se prend pas au sérieux", rappelle Tibo. "Ça reflète le milieu ultra. Quand on part à l’autre bout de la France ou de l’Europe, on s’en souvient toujours", sourit Baztu.

Et si ça colle à la vraie ambiance des groupes ultras, cela a plu aussi à Fafa, le dessinateur : "Les BD que j’ai faites, je les ai toujours axées sur l’humour, c’est le ton que j’utilise. Si je ne me marre pas dans une BD, je ne la finis pas". Et c’est réussi. Rien que le titre de l’ouvrage est une blague en soit, puisque le terme de "Pseudo Supporters" revient souvent dans le vocabulaire de ceux qui stigmatisent et caricaturent les Ultras. "Ce mot m’a toujours fait marrer. Ça parle de gens que ceux qui emploient ce mot ne connaissent pas", résume, narquois, Fafa. 

Un monde fictif... très réel

Récit frictionnel, "Pseudo Supporters" est inspiré de faits réels transposés dans un univers fictif. "On est beaucoup plus libres de faire ce qu’on veut en étant dans la fiction, on n’a aucune barrière. Avec des vrais clubs, ça devenait trop sérieux, surtout que c’est un milieu où tout le monde se connaît, se regarde", éclaire Fafa.

"On n’a pas la légitimité de dessiner les autres groupes de supporters de l’intérieur, nous on connait notre groupe de l’intérieur, mais on ne sait pas comment ça se passe ailleurs. Et puis c’est un milieu partisan, donc si tu dessines un groupe, tu te coupes d’un autre groupe rival forcément", précise Baztu. La BD met donc en scène les ultras Hurbane, face à trois autres groupes issus de trois villes, représentant chacune un cliché du foot actuel. "On a fait un groupe de Sudistes un peu barrés inspirés de groupes italiens, un groupe un peu hooligans du nord de l’Europe, et enfin un groupe d’ultras d’un club moderne avec une répression très très forte", pose Baztu.

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"Pseudo Supporters", la bande dessinée sur les Ultras qui met fin au huis clos
© Gazzetta Ultra

À la lecture, ce mélange d’inspirations et de références donne un cocktail détonnant, rafraîchissant et plausible. Le monde fictif plein de clins d’œil au monde réel permet de se projeter. Par exemple, les héros de l’histoire, les ultras Hurbanes, arborent des couleurs inédites en France : le vert et le orange. Là encore, une façon de permettre à tout le monde de s’identifier. Entre deux blagues et anecdotes, « Pseudo Supporters » ne s’interdit pas de parler des problèmes - réels - de violences des ultras, mais aussi ceux - tout aussi réels - de violences des force de l’ordre à leur encontre.

"La violence est inhérente à la société, et de plus en plus. Donc on n’allait sûrement pas faire une BD qui occultait cette partie là du mouvement. Quant à la violence policière, on ne s’est pas dit 'oui on veut absolument en parler'. Ça a coulé de source parce que ça arrive dans la vraie vie", rappelle Tibo. "Les ultras ont été victimes des violences policières avant les gilets jaunes et les manifestants, les stades ont servi de laboratoire. On n’a pas cherché à en parler, c’est venu naturellement parce que c’était courant", ajoute Fafa.  Tout cela donne un mélange savamment pesé, et une BD qui se dévore d’une traite, avant de s’attarder sur la qualité des dessins, et qui a pour principal défaut d’être bien trop courte. Mais bonne nouvelle : la suite est déjà en préparation.

. Titre : "Pseudo Supporters"
. Dessinateur : Fafa de Bègles
. Auteurs : Fafa de Bègles / Squadra Gazzetta
. Disponible sur Gazzetta Ultra
. Sortie : le 23 février
. Prix : 20€