Michel Platini
Michel Platini | VALERY HACHE / AFP

Platini: "Honteux d'être traîné dans la boue"

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Pour la première fois depuis sa suspension prononcée à la Fifa, Michel Platini s'exprime, dans une interview au Monde. "Je trouve honteux d’être traîné dans la boue", dit-il. "J’ai été suspendu pour trois mois mais ce qui m’énerve le plus, c’est d’être mis dans le même sac que les autres". Mais le président de l'UEFA, qui est aussi suspendu de ces fonctions-là, a toujours envie d'être candidat à la présidence de l'instance mondiale.

Depuis que la commission d'éthique de la Fifa l'a suspendu trois mois de ses fonctions, Michel Platini ne parlait plus que via des communiqués. Pour la première fois, le président de l'UEFA a accordé une interview, au Monde. Face à lui, ce n'est pas un journaliste spécialisé dans le sport, mais la journaliste politique, Raphaëlle Bacqué. L'ancien N.10 de l'équipe de France n'évolue plus dans la sphère sportive. C'est clairement de la politique, avec ses coups bas et ses embûches. Les appels de François Hollande et de Manuel Valls, pour s'enquérir de son moral voici quelques jours, en attestent un peu plus.

"J'ai toujours envie", scande-t-il au sujet de son ambition de devenir président de la Fifa. Mais il avoue tout son énervement face aux accusations portées à son encontre au sujet de ces 2 millions de francs suisses versés par la Fifa en 2011 pour des prestations antérieures: J’ai été suspendu pour trois mois mais ce qui m’énerve le plus, c’est d’être mis dans le même sac que les autres. Je trouve honteux d’être traîné dans la boue." Reste que le Français reconnaît qu'il n'y a jamais eu de contrat écrit pour justifier cette somme versée. "De toute manière, j'ai appris depuis qu'en droit suisse, un contrat oral  vaut comme un contrat écrit", poursuit le président de l'UEFA. Le Français  sous-entend en outre que Blatter est à l'origine des révélations sur ce  versement, qui a valu aux deux hommes leur suspension de 90 jours par la Fifa:  "Même s'il veut me tuer politiquement, je garde un peu d'affection pour ce que  nous avons vécu ensemble". 

L'absence de contrat écrit pourrait en effet conduire des Fédérations  européennes à retirer leur soutien au Français, comme l'a déjà fait la  Fédération anglaise vendredi dans l'attente de la fin des procédures  judiciaires en cours. "Un tel paiement exige qu'il y ait un contrat, (sinon) nous ne pourrons  plus soutenir (Platini)", avait ainsi asséné il y a une semaine le Danois Allan  Hansen, membre du comité exécutif de l'UEFA. Platini réaffirme que ce paiement, intervenu en 2011 soit neuf ans après la  fin du travail supposé, est le solde de la somme totale. "J'aurais mieux fait  de demander une reconnaissance de dette et ainsi, rien de tout cela ne serait  arrivé", dit-il, en assurant ne pas être "un homme d'argent".

Blatter toujours au manettes

Dans L'Equipe, Christian Constantin, président du FC Sion et proche de Sepp Blatter, explique dans une interview que le toujours président de la Fifa n'est toujours pas prêt à céder son fauteuil: "Son plan, après avoir remis son mandat à disposition en juin, c'était d'abord de bloquer l'accès aux cinq signatures à tous les candidats autres que Michel Platini, en maîtrisant les fédérations. Puis, ensuite d'"exécuter" Michel via la commission d'éthique. Ainsi, une fois Platini devenu inéligible, il n'y avait plus d'élection et l'affaire était liquidée. Sepp restait le seul survivant du chaos".

Selon lui, l'affaire des 2 millions versés au président de l'UEFA "vient de l'intérieur, sachant que depuis cet été, la Fifa est contrôlée par les avocats américains qui veulent lui régler son compte. Comme les Etats-Unis n'ont pas obtenu la Coupe du monde, il était évident qu'un jour il y aurait vengeance, notamment contre ceux qui l'ont donnée au Qatar, comme Platini." Des paroles qui donnent un nouvel éclairage au feuilleton qui dure maintenant depuis plusieurs mois. Mais le Suisse, surnommé le "Tapie suisse", éreinte aussi le Français, résumant cette affaire ainsi: "C'est l'histoire de la cupidité de l'un (Platini) et de la stupidité de l'autre (Blatter). (...) Quant à Michel, je pense toujours que le costume de président (de la Fifa) est trop grand pour lui."