Pierre Samsonoff, directeur de la Ligue du football amateur à la FFF : "On passe à un système qui contrôle 100% des cas"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Le dispositif a été mis en place conjointement par la FFF, le ministère des Sports et le ministère de la Justice

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Depuis octobre, la Fédération française de football (FFF) mène une expérimentation en coopération avec la Ligue Centre-Val de Loire pour améliorer la détection des agresseurs sexuels. Le dispositif, développé conjointement avec le ministère des Sports et le ministère de la Justice, vise à contrôler l'honorabilité de tous les encadrants des clubs de la région. En vérifiant leurs casiers judiciaires, l'objectif est de prévenir toute agression sexuelle. Alors que la Fédération des sports de glace et depuis hier la Fédération française de motocyclisme sont en pleine tourmente, Pierre Samsonoff, directeur de la Ligue du football amateur à la FFF, juge "qu'il était indispensable de mettre ce dispositif en place".

Quelles personnes font l'objet d'un contrôle par ce dispositif actuellement expérimenté par la Ligue Centre-Val de Loire de football ?
Pierre Samsonoff :
"Par définition, ce sont tous ceux qui sont responsables d'équipes dans un club donné. Ce sont donc les bénévoles, qui exercent des fonctions statutaires au sein des clubs, mais également les encadrants, titulaires d'une licence d'éducateur. Que ces encadrants soient diplômés ou non, leur honorabilité est contrôlée : c'est l'évolution de ce dispositif. Les encadrants diplômés devaient être contrôlés pour obtenir leur carte professionnelle. Dorénavant, tous les membres du club feront l'objet d'un contrôle d'antécédents."

Ce contrôle d'honorabilité à tous les encadrants et les bénévoles devenait-il nécessaire ?
P.S. :
"Nous sommes dans un environnement où, comme dans tous les secteurs associatifs, des adultes jouent un rôle d'autorité vis-à-vis d'enfants. On sait que les clubs sont des lieux où les pervers sexuels ont envie de s'intégrer et que ce n'est pas marqué sur leur visage, il n'y a pas forcément de signes avant-coureurs. Il était donc indispensable de mettre ce dispositif en place, c'est une garantie qu'on doit offrir aux parents."

Après plusieurs mois d'expérimentation, comment jugez-vous l'efficacité du dispositif ?
P.S.
: "Tout est satisfaisant. Sur environ 3 500 dossiers étudiés, nous avons trouvé le cas d'une personne condamnée pour agressions sexuelles sur mineur (voir ci-dessous, NDLR), ce qui doit l'empêcher d'être en fonction. Ce n'est qu'un seul cas, mais c'est un cas de trop que nous n'aurions pas pu trouver sans le dispositif."

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N'appréhendez-vous pas les résultats des contrôles réalisés, en constatant la présence dans les clubs de nombreux potentiels agresseurs ?
P.S. :
"Honnêtement, je ne l'appréhende pas. Des techniques de signalement existent déjà. Mais ce système est lacunaire aujourd'hui, d'où la mise en place du dispositif. On ne part pas de rien, mais on passe à un système qui contrôle 100% des cas avec un risque 0. Je ne crains donc pas que l'on découvre des phénomènes massifs, j'espère simplement que l'on pourra détecter des situations isolées qui n'auraient pas pu l'être jusque-là."

Dans le cas de l'affaire Gilles Beyer, beaucoup au sein du monde du patinage affirment qu'"ils savaient" ce qui se passait. Y a-t-il, au sein du monde du football, le même type de silence ?
P.S. :
"Je n'ai pas ce sentiment-là, je n'ai pas entendu de choses comme ça. Après, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'endroit où ça existe et que des personnes n'ont pas encore osé en parler. Ce qu'on va vivre aujourd'hui, et qui est une crise majeure dans le monde du sport, peut être salutaire pour la libération de la parole. Mais personne au sein des ligues de football et au sein de la FFF ne cache des choses sous le tapis."

Le dispositif prévoit-il d'accompagner les clubs au cas où un dirigeant haut placé serait amené à quitter ses fonctions en cas d'antécédents qui l'empêcheraient d'exercer auprès de mineurs ?
P.S. :
"Le dispositif fait partie d'un volet d'actions plus large qui va de la prévention à la libération de la parole en passant par l'accompagnement des victimes. L'accompagnement des clubs en revanche n'avait pas été pensé dans le dispositif. Il était prévu de retirer la licence de la personne visée par le contrôle, mais la Ligue Centre-Val de Loire de football a proposé l'initiative d'aider les structures concernées. C'est une excellente idée, car ce n'est pas parce qu'un individu est déviant dans un club que tout le club est coupable. Au contraire, on doit accompagner ce club, le renforcer."

L'idéal serait de pouvoir étendre le dispositif aux autres sports. (...) Il y a une volonté de l'appliquer à toutes les ligues régionales dès la rentrée 2020.

Pourquoi ne pas avoir pensé et mis en place ce dispositif plus tôt ?
P.S.
: "Ce dispositif a été pensé il y a déjà quatre ans, mais sous des formes différentes. Le premier rendez-vous avec les ministères des Sports et de la Justice a eu lieu en 2016, mais les discussions ont traîné. La volonté existait mais la matérialisation a été plus compliquée. C'est l'arrivée de Roxana Maracineanu qui a permis de réellement mobiliser l'État autour de cette problématique depuis février 2019."

Pensez-vous que ce dispositif peut être appliqué à l'ensemble des fédérations sportives ?
P.S. :
"Je n'aime pas parler pour les autres fédérations, mais il est important que les parents soient rassurés quand ils déposent leurs enfants dans un club. En termes de système d'information, le football a l'avantage par rapport aux autres fédérations d'être plus complet et de pouvoir fournir des fichiers plus rapidement au ministère de la Justice, mais l'idéal serait en effet de pouvoir étendre le dispositif aux autres sports. Pour le football, je suis très optimiste et il y a une volonté, autant de la part de la FFF que des ministères concernés, de l'appliquer à toutes les ligues régionales dès la rentrée 2020."