Henri Stambouli, OM
Henri Stambouli | PENNANT Franck/MAXPPP

OM 1993 - Stambouli : "Goethals et Tapie transcendaient les hommes"

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Vingt ans, déjà… Aujourd’hui directeur du centre de formation de l’OM, Henri Stambouli était l’adjoint de Raymond Goethals lors de la finale de Ligue des champions, le 26 mai 1993. L’ancien gardien de but souligne l’importance de son « mentor belge » et de Bernard Tapie dans la victoire olympienne. Sans oublier de rendre hommage à ses anciens joueurs.

Deschamps a déclaré que l’équipe de 1993 n’était pas la plus douée. Pourtant, elle a gagné. Comment l’expliquez-vous ?
Henri Stambouli : Cette équipe n’était pas aussi douée que d’autres. Mais tous les joueurs étaient des gagneurs. Même aux jeux d’entraînements ça ralait. Ils me gueulaient dessus « Elle est à nous là », « Mais non, qu’est-ce que tu siffles ? ». Ils voulaient tout gagner, même les exercices mineurs. Surtout, ce groupe partageait des choses en dehors du foot. Des fois, les équipes sont scindées entre les plus jeunes et les plus vieux, untel et untel. Là, Goethals avait réussi à fédérer tout le monde. Cet homme avait d’excellents rapports humains. Quand vous avez 70 ans, vous avez du vécu et vous savez beaucoup de choses. Lui réalisait déjà ce que l’on appelle aujourd’hui des entretiens individuels et poussait les joueurs à se transcender.

Pourquoi avoir choisi d’ouvrir grand les portes de la préparation à Rottach-Egern près de Munich ?
H.S : Pour la préparation, le club avait tiré les enseignements de la finale de 1991 (perdue face à l’Etoile Rouge de Belgrade à Bari, ndlr). L’équipe s’était bunkérisée et avait joué le match trois fois dans sa tête avant de rentrer sur la pelouse. En 93, on ne voulait pas commettre les mêmes erreurs. TF1 était là en permanence, les journalistes prenaient des seaux d’eau sur la gueule. A l’heure actuelle, on recevrait des plaintes pour ça (rires). Il y avait une sorte de symbiose entre tous les gens présents lors de la préparation. L’équipe en a tirée énormément de force et a su profiter de cet environnement pour emmagasiner des choses positives.

Comment avez-vous vécu cette finale face au Milan AC ?
H.S : Pendant le match, j’arrivais à avoir du recul. En tant qu’adjoint, je me concentrais sur les détails. Je regardais beaucoup Barthez. On le sentait tranquille. C’était l’une de ses principales forces. Il se dégageait de la pression et semblait sortir de l’évènement. Il paraissait imbattable et ça a transcendé les autres. Il a transmis cette sérénité et cette confiance à tout le reste de l’équipe. Durant toute la compétition, le groupe m’a impressionné par sa capacité à bien défendre. On était imbattable.

Stambouli : "Cette équipe avait une telle force physique et mentale"

Vous ne craigniez donc pas plus que ça les Invincibles de Milan (les Milanais avaient enchaîné 58 matches sans défaite entre mai 1991 et mars 1993)…
H.S : J’y croyais parce qu’il y avait l’antécédent de 1991 où on avait battu le Milan AC (en ¼ de finale de LDC, ndlr). C’est toujours plus compliqué pour le favori. Il a plus de pression. On l’avait bien vu à Bari où l’OM était dans cette position. Là, on était outsider. Et cette équipe avait une telle force physique et mentale…

Quelle relation entreteniez-vous avec Raymond Goethals ?
H.S : Raymond Goethals était extraordinaire. Il a été comme un père… ou plutôt un grand-père pour moi (rires). Avec lui, j’ai eu un mentor. Il avait un sens de la communication exceptionnel. A l’époque, il était conseiller du président et moi j’étais entraîneur au centre de formation. Raymond venait souvent nous voir jouer. Et dès qu’il a récupéré l’équipe (suite au licenciement de Jean Fernandez en novembre 1992, ndlr), il m’a demandé de venir avec lui. Il m’avait vu travailler et me faisait confiance.

 

Barthez et Goethals avant le début de la finale face au Milan AC
Barthez et Goethals avant le début de la finale face au Milan AC

En quoi consistait votre rôle ?
H.S : J’avais pas mal de responsabilités parce que Goethals avait 70 ans. Au début, j’ai pas mal aidé à la préparation physique car on avait un souci avec le préparateur. Puis comme entraîneur des gardiens. Finalement, Castaneda est venu s’occuper de Fabien (Barthez, ndlr) et Roger Propos a pris la prépa’ physique en main. Goethals me laissait gérer toutes les premières parties de séances et les petits jeux. Il n’intervenait que lors des oppositions de fins d’entraînements.

Un joueur vous a-t-il particulièrement impressionné au sein de l’effectif ?
H.S : Aucun joueur ne sortait réellement du lot. Ils étaient tous très bons. Quand j’y repense aujourd’hui je me dis que c’était exceptionnel. Le groupe des 15 joueurs « titulaires » était d’excellente qualité. Tous dans leur style, les Deschamps, Völler, Angloma, Boli étaient très bons. J’ai tout de même un petit faible pour Barthez. Il était avec moi en début de saison en réserve avant de prendre la place d’Olmeta. Il m’a surpris par sa progression exponentielle. C’était incroyable, presque magique.

Stambouli : "Au retour à Marseille, il y a avait du monde partout"

Quel impact a eu Tapie sur cette victoire en finale à Munich ?
H.S : Il y avait une osmose avec la direction. Tapie était vraiment énorme. Par les mots, il arrivait à motiver les joueurs, à faire qu’ils se surpassent. Ses discours sublimaient le groupe. Il disait aux gars : « Avec moi, tu vas aller dans les plus grands clubs si tu es bon. » Je faisais le tampon entre Tapie et Goethals. Raymond avait l’intelligence de lui faire croire qu’il faisait l’équipe. Moi j’étais un peu le troisième larron mais je n’avais aucune influence sur les compo. Du coup j’étais la personne extérieure. Parfois, Tapie me prenait à témoin : « Il comprend rien l’autre ». Puis Goethals venait à son tour : « Laisse, le président est fou ».

Parlez-nous du retour à Marseille…
H.S : C’est une chose unique que l’on vit une seule fois. J’ai eu la chance de revivre un peu le même genre de chose en Afrique lorsque je suis revenu au Mali avec la sélection (sélectionneur en 2003-2004, 4e de la CAN 2004, ndlr) … Mais ce n’était pas tout à fait la même chose. A Marseille, il y avait du monde partout. Les gens sortaient la tête par la fenêtre de leur voiture, étaient sur le toit,  sur leurs motos, debout sur les abris-bus. Et puis arriver dans un stade plein alors qu’il n’y a pas de match…

Cette victoire en Ligue des champions a-t-elle influé sur le football français ou le club ?
H.S : Ce titre a eu un impact sur l’esprit des gens et la génération championne du monde 98. Tout le monde a été décomplexé par cette coupe d’Europe. Pour moi, les victoires de l’équipe de France à l’Euro 1984  et de l’OM en 1993 ont été les actes fondateurs des succès suivants du football français. Au niveau du club, cela n’a pas changé grand-chose. Niveau infrastructures, c’est RLD qui a beaucoup œuvré. Mais j’espère de tout cœur que l’OM puisse encore gagner une Ligue des champions bientôt…

Jerome Carrere