MLS : Pour Aurélien Collin, la reprise envisagée aux Etats-Unis reviendrait "à forcer le destin"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Aurélien Collin
Avant Philadelphie, Aurélien Collin a notamment porté les couleurs d'Orlando et du Sporting Kansas. | AFP

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Alors que les Etats-Unis s'approchent de la barre des 100 000 morts liés à la pandémie de Covid-19, un projet de reprise début juin du championnat de football, la MLS, est en discussions. Comme en NBA, un rassemblement général pour un long tournoi en Floride se profile. Le défenseur français Aurélien Collin, présent sur le territoire depuis 2011, n'est pas favorable à cette idée.

Arrêtée après deux journées début mars, la Major League Soccer réfléchit à la reprise de la saison de football aux Etats-Unis. La date, fixée au 1er juin, n'a toujours pas bougé, mais tout le monde s'accorde à dire qu'elle est trop ambitieuse pour être crédible. D'après les derniers éléments évoqués par la presse américaine, le football reprendrait progressivement, par un rassemblement des 26 franchises de la Ligue à Orlando début juin, avec la perspective d'un tournoi débutant le 3 juillet prochain.

Des négociations sont toujours en cours, mais le gouverneur Ron DeSantis a déjà ouvert les portes de sa Floride. "Faite-le. On veut vous avoir ici", a insisté le Républicain au cours d'une conférence de presse. Si ce scénario est adopté, les joueurs de MLS commenceraient par trois semaines de camp d'entraînement et de matches amicaux, avant un "vrai" tournoi à huis clos à l'ESPN Wide World of Sports Complex. Un tournoi qui ne remplacera pas la saison 2020. D'après The Athletic, les décideurs entendent bien la terminer, peut-être sous une forme allégée, avec seulement des matches intra-conférence, avant des play-offs à 18.

Plusieurs voix s'élèvent déjà parmi les joueurs du championnat contre cette issue. L'ancien Nantais Alejandro Bedoya, capitaine de la franchise de Philadelphie, estime qu'une "prison dorée" attend les joueurs à qui l'on promet des semaines de confinement dans des hôtels. Son coéquipier Aurélien Collin est du même avis. Celui qui arpente les chemins de la MLS depuis 2011, avec d'ailleurs un titre remporté en 2013 sous les couleurs du Sporting Kansas, nous donne de ses nouvelles. Il exprime son appréhension vis-à-vis de la reprise et nous délivre son avis sur le salary cap, en vigueur aux Etats-Unis et envisagé en Europe.

Quelles sont les dernières nouvelles concernant le projet de reprise du football en MLS ?
Aurélien Collin
: "Rien n’est sûr, il y a encore des discussions entre la Ligue et le syndicat des joueurs. Ils doivent s’entendre d’abord sur la réduction des salaires. Pour la reprise, l’idée serait d’amener tout le monde à Orlando à l’ESPN Complex. Je ne sais pas comment ils vont s’organiser, mais la situation aux Etats-Unis est catastrophique. A priori, on resterait des semaines et des semaines dans des hôtels, privés de sortie et de contacts avec notre famille."

Vous ne semblez pas très enthousiaste face à ce scénario...
AC
: "Je n’ai pas envie de laisser ma femme pour un tournoi de trois mois. J’ai des coéquipiers qui ont des enfants, c’est encore pire. Pour moi, c’est forcer le destin. On va surveiller comment la Bundesliga ira dans un mois. On verra si le déconfinement en France se passe bien. Ce serait en tout cas un grand pas en avant et une bonne nouvelle pour les Etats-Unis."

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Certains clubs ont donné leur feu vert pour un retour des entraînements, mais en individuel. Vous y participez ?
AC
: "Mon club (Philadelphia Union, ndlr) a réintroduit un entraînement individuel optionnel. Je n'y vais pas parce que c'est sur terrain synthétique dans l’Etat d’à côté, dans le Delaware, dans les facilities des 76ers (la franchise NBA de Philadelphie, ndlr). Les règles, c’est fou. Tu peux courir, tu peux toucher la balle mais tu n’as pas le droit de faire de passes. Si t’es tout seul, tu peux toucher le ballon n’importe où… C’est la Ligue qui met la pression pour ne pas endormir les fans."

En Europe, peu de joueurs osent critiquer les protocoles de reprise prévus par leur ligue. Mais on sait que Troy Deeney refuse de reprendre à Watford. Danny Rose, lui, se voit un peu comme un “rat de laboratoire”
AC
: "Je suis d’accord avec eux. Le football représente un intérêt pour beaucoup, qui veulent qu’on revienne sur le marché le plus rapidement possible. Aujourd’hui, le plus important c’est la santé. J’ai parlé avec des amis en Espagne et en Angleterre, les opinions sont les mêmes. Je ne peux pas parler de la situation en Europe, mais aux Etats-Unis la situation sanitaire est très sérieuse. On parle d’une reprise le 6 juin, mais en Californie on évoque plutôt juillet-août. On est comme sur un plateau, le pic est très long."

En attendant d'en savoir plus, vous restez confiné ?
AC
: " Je ne parle à personne. Je vais seulement acheter ma nourriture et j’attends que ça passe. Je me maintiens physiquement. C’est un crise mondiale. On se réfugie à l’abri de tout le monde. J’ai pris ce temps pour lire. J’ai pris une place à l’université pour étudier la théologie. Je patiente tranquillement. C’est entre guillemets des vacances à rester chez soi."

Quand Barack Obama chambrait Aurélien Collin pour son style

Cela vous laisse aussi le temps de réfléchir à votre avenir. Vous avez 34 ans, est-ce que vous prévoyez de prendre votre retraite ? Est-ce que vos plans ont changé à cause de la situation ?
AC
: "Je ne sais pas. Je ne sais pas du tout. Je ne joue plus trop depuis les trois dernières années. Aujourd’hui, je fais quelques matches par an. Mon club se focalise sur la formation et le développement de la jeunesse. Tout en restant à fond et professionnel sur le terrain, ma fonction est d’aider la nouvelle génération américaine pour l’aider à grandir. C’était difficile au début, mais j’ai accepté. J’ai même pris la tâche à cœur. Maintenant, je ne sais pas si je peux rester ici et jouer quelques matches chaque année… C’est sûr que j’aimerais redevenir titulaire, mais c’est compliqué. Je pourrais peut-être aussi devenir entraîneur dès l’année prochaine. Je ne sais pas."

Autre sujet, en Europe, on entend beaucoup de voix en ce moment évoquer un salary cap, un modèle mis en place en MLS. C’est une bonne chose pour le football ?
AC
: "Je le vis très bien. C’est très sage. C’est en partie pour cela qu’aucun club américain n’est endetté. Le fait que la Ligue contrôle tout et qu’un montant maximum que les clubs ne doivent pas dépasser fait que le championnat est un peu plus homogène. C’est un très bon système pour moi."

Wayne Rooney, lui, voulait mettre fin à ce salary cap...
AC
: "C’est normal de penser comme ça quand tu as joué dans un grand championnat européen. Quand tu arrives aux Etats-Unis, tu ne peux pas trouver ça autrement que bizarre. Après, c’est son avis et ce n’est pas lui qui va changer le fonctionnement de la Ligue. "

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On sait que ce système marche aux Etats-Unis parce que les championnats fonctionnent en ligue fermée, sans logique de descente ni promotion. La disposition américaine est-elle trop différente pour la voir débarquer en France ?
AC
: "Ce serait très difficile. Ici, c’est culturel. Les grandes ligues existent depuis plus d’un siècle. Peut-être que j’exagère, mais les systèmes sont en place depuis des dizaines d’années. Pour que ça arrive en France, il faudrait tout changer, d’autant que beaucoup de clubs sont endettés et que les inégalités sont devenues trop grandes."

N’y a-t-il pas aussi un problème d’inégalités salariales en MLS à cause du système de Designated Players (chaque franchise peut rémunérer 3 joueurs au dessus du plafond) ?
AC
: "C’est vrai. Cette histoire de “DP” est en cause. Il faudrait qu’un jour cela disparaisse et que le salary cap soit assez grand pour qu’il n’y ait plus besoin de faire d’exceptions. Atlanta, Toronto, Portland, Seattle, Los Angeles Galaxy… Toutes ces franchises sont capables de dépenser beaucoup d’argent pour payer leurs joueurs. Il y a des inégalités, mais c’est aussi parce que c’est nouveau. La formule de la MLS est jeune et il n’y a pas encore autant d’argent qu’en NBA ou en NFL. Dans 20 ou 30 ans, quand un vrai salary cap sera en place, tout sera mieux organisé et encore plus homogène."