Michel Platini
Le président de l'UEFA, Michel Platini | AFP - DPA - PATRICK SEEGER

Michel Platini, suspendu mais candidat à la FIFA jusqu'à quand ?

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Quelques heures avant l'annonce de sa suspension pour 90 jours (pouvant être étendue de 45 jours supplémentaires) par la Commission d'éthique de la FIFA, Michel Platini avait pris soin de déposer les éléments nécessaires à sa candidature à la présidence de l'instance du football mondial. Et la Commission d'éthique a précisé que cette suspension n'écartait pas "automatiquement" le Français: "La commission électorale décidera". Ce sera son prochain obstacle. Le temps presse, et son image sera forcément écornée avant le vote pour la présidence de la FIFA, le 26 février.

C'était une course contre-la-montre. Et cela le restera jusqu'au 26 février. Jeudi matin, alors que des fuites faisaient état d'une suspension à son encontre, Michel Platini a réagi. Avec un communiqué, dans lequel il regrette "cette fuite délibérée, insidieuse dans sa nature et inacceptable dans son procédé (qui) n'a d'autre but que de salir ma réputation. (....) Si je suis suspendu, je me battrai jusqu'à ce que la vérité éclate". En déposant les éléments nécessaires pour qu'il puisse présenter sa candidature. Quelques heures après, le verdict tombait: comme Sepp Blatter, il était suspendu à titre conservatoire, avec effet immédiat, pour 90 jours, cette suspension pouvant être étendue de 45 jours supplémentaires. Or, le vote pour élire le nouveau président de la FIFA se déroulera le 26 février. Les 90 jours l'emmènent jusqu'au 6 janvier. Les 45 jours supplémentaires jusqu'au 20 février. 

Le Français qui peut théoriquement contester sa suspension devant la  commission de recours de la Fifa puis devant le Tribunal arbitral du sport,  devra en tout état de cause surmonter un autre obstacle: celui de la commission  électorale de la Fifa qui a le pouvoir de déclarer inéligible un candidat en  vertu de plusieurs critères, dont celui de l'intégrité. Or, quelle commission mène cette enquête d'intégrité? La commission  d'éthique qui vient de le suspendre. "D'un point de vue légal, Platini peut  encore se présenter, confirme une source proche de la Fifa. Mais il doit passer  le test d'intégrité de la Commission d'éthique gérée par ceux qui viennent de  le suspendre..." 

Un boulevard pour les outsiders​

Mais Michel Platini a déjà avancé sa ligne de défense, qui pourrait faire mouche. En dénonçant des fuites dans son communiqué, en accusant "une source officielle de la FIFA" d'en être à l'origine, l'ancien N.10 de la Juventus remet en cause un membre de commission d'éthique, qui aurait alors enfreint le code d'éthique qui interdit à tous ce genre de publicité avant l'officialisation. Platini, soulignant sa "disposition à  collaborer dans le respect des règles de procédure les plus strictes", accuse  ainsi: "La Fifa les a quant à elle clairement bafouées". Un vice de forme pourrait-il le remettre en selle plus rapidement ? Le président de l'UEFA sait aussi que la FIFA, depuis des années, est un théâtre d'ombres. Et le pouvoir de nuisance de Sepp Blatter, de ses soutiens ou d'autres, peut encore faire des dégâts. C'est pour cela qu'il en appelle à une juridiction extérieure: "Il reviendra à une  justice sereine, indépendante et impartiale de faire la lumière sur les faits  qui ont valu à la commission d'éthique de la Fifa d'ouvrir une procédure  d'instruction", écrit-il dans son communiqué.

Mais Platini va devoir compter ses soutiens. La Fédération allemande, par la voix de son président Wolfgang Niersbach, a ainsi déclaré quelques heures après la suspension: "Tout était encore clair il y a 14 jours. La DFB était parmi les nombreux  supporteurs de Platini. On doit désormais revoir la situation, a dit Niersbach.  C'est avant tout à lui de juger s'il peut maintenir sa candidature avec cette  lourde charge".

En entraînant dans sa chute Michel Platini, Sepp Blatter a peut-être remporté sa plus belle victoire depuis plusieurs mois. Et comme le Sud-Coréen Chung Mong-joon, également candidat à la présidence de  la Fifa, a été suspendu pour six ans, la course à la présidence ressemble de plus en plus à un 110m haies. Le prince jordanien Ali bin Al Hussein, le Brésilien Zico ou le président de la Fédéraiton du Libéria, Mussa Bility, voient un boulevard s'ouvrir devant eux. Un outsider pourrait toutefois se déclarer: le Sud-Africain Tokyo Sexwale, ancien compagnon de cellule de Nelson Mandela, nommé récemment à la tête du Comité de surveillance de la Fifa pour Israël et la Palestine. A moins que la FIFA décide, simplement, de reporter la date de l'élection, puisque Issa Hayatou, plus ancien des vice-présidents, assure désormais l'intérim. Mais le Comité international olympique (CIO) a réclamé un "candidat extérieur de haute intégrité". Le feuilleton n'est pas encore fini.